L’épatant docteur Kyle

Avant O’Gara et sa bande, l’Irlande a remporté un Grand Chelem. C’était en 1948 avec comme maître à jouer un jeune homme de 22 ans, Jack Kyle, qui pendant plus de dix ans tint tant bien que mal la barre du rugby irlandais.

Jack Kyle avait à peine 20 ans lorsqu’il enfila pour la première fois le maillot irlandais. C’était contre la France en 1946 lors d’un match que l’IRB ne comptabilisera jamais comme un test match. Le rugby irlandais faisait alors figure de parent pauvre du rugby britannique avec ses deux petites victoires dans le Tournoi (1912 et 1927) et deux Triples Couronnes qui remontaient au XIXème siècle lorsque le Tournoi, le « Tournament », se limitait aux quatre nations britanniques. Comme Karl Mullen, un fameux talonneur, il s’imposa d’emblée dans une jeune équipe d’Irlande qui allait enfin étoffer ce palmarès.

Un style fluide et élégant
L’année suivante, alors qu’il poursuivait ses études de médecine à Belfast, Kyle retrouvait le XV d’Irlande pour le premier Tournoi des V nations de l’Après-guerre, un Tournoi moyen au cours duquel les Irlandais enregistrèrent deux victoires pour deux défaites. Si on lui reconnaissait volontiers un style fluide et élégant, le jeu de Kyle laissait encore les observateurs sceptiques. On reprochait à cette équipe de pratiquer un jeu restrictif, un rugby à 10. Le jeu de Kyle se caractérisait en effet par un bon jeu au pied sur lequel il s’appuyait pour distribuer le jeu sans génie et se faire oublier des défenseurs.

Il fallut que les sélectionneurs irlandais constituent une merveilleuse troisième ligne avec O’Brien, McCarthy et McKay, « the magnificient musketeers », pour que Jack Kyle donne la pleine mesure de son talent. Il reconnaissait d’ailleurs volontiers qu’ « ils étaient [ses] gardes du corps, ceux qui s’assuraient que je dispose de l’espace nécessaire pour m’exprimer  Sans eux, rien de ce que j’ai fait n’aurait été possible. » Après une victoire à Paris en ouverture du Tournoi 1948, l’Irlande s’imposait à Twickenham mais la prestation de l’ouvreur irlandais fit débat à cause d’une passe interceptée qui, alors qu’elle devait permettre à ses partenaires de tuer définitivement le match, offrit aux Anglais l’occasion de revenir dans la partie.

Ses deux dernières sorties dans ce Tournoi furent plus accomplies. Contre l’Ecosse, Kyle se montrait décisif en inscrivant un essai. Il le fut encore contre le Pays de Galles à Belfast en offrant le premier essai à Barney Mullan, puis en gérant parfaitement le jeu de son équipe jusqu’à la victoire finale. L’Irlande remportait le premier Grand Chelem de son histoire et sa première Triple Couronne depuis 1899.

L’admiration des néo-zélandais
Maître à jouer de ce XV du Trèfle, Kyle atteignit quelques mois plus tard le sommet de sa carrière lors de la tournée des Lions britanniques et irlandais en Australie et en Nouvelle-Zélande. Titulaire à 20 reprises sur 29 possibles, dont les six tests, et auteur de six essais, il suscita l’admiration des néo-zélandais au point d’être porté en triomphe par le public de Wellington au terme d’un match contre les Maoris. Cette année-là, l’Almanach du rugby néo-zélandais le présenta comme le demi-d’ouverture quasi-parfait, « un excellent équipier, à la gestuelle sûre, capable d’envoyer des passes longues et précises pour faire jouer ses partenaires. » Son génie de l’attaque ravit les amateurs de feintes de passe, de crochets et de jeu dans la défense. Et, en dépit d’un gabarit léger, Kyle brillait aussi par un joli tempérament au placage. On était bien loin de l’image de l’ouvreur au jeu au pied restrictif.

Si elle fut encore longue, sa carrière internationale fut ensuite moins glorieuse, la faute à la retraite de quelques uns des joueurs clés des années 1940, dont les « Magnificient Musketeers », et à un pack moins solide. Kyle devint alors la cible des défenseurs adverses. Il quittait la scène internationale en 1958, en totalisant 46 sélections, un record. Il endossait la blouse de médecin pour servir pendant plus de trente ans en Afrique.

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