Jean-Pierre Rives : le ferrailleur

Surnommé « Casque d’or » par Roger Couderc, Rives fut pendant près de 10 ans un titulaire indiscutable à l’aile du XV de France. Plus de vingt-cinq ans après sa retraite internationale, il reste le rugbyman le plus connu des Français et l’un des plus respecté dans le monde.

« Dans le rugby, j’aurais connu les deux pires insultes, « pédé » et « star » ». C’est ainsi que Jean-Pierre résume sa carrière de joueur. « pédé », c’est ce qu’il entendit à ses débuts lorsque ses adversaires ne voyaient que sa chevelure blonde, une chevelure détonante dans un milieu marqué par la latinité mais qui lui rendait reconnaissable entre tous. « Star », c’est la façon dont les médias le qualifièrent au terme d’une carrière qui l’aura vu briller sur tous les terrains à la tête du XV de France.

Rives débute en sélection en 1975. Battue par les Gallois au Parc, le XV de France enregistrait huit changements pour aller affronter l’Angleterre à Londres. Rives serait du voyage et en repartirait avec une première victoire. Il y reviendrait à quatre reprises, n’y perdant qu’une fois (en 1979),et se prit de sympathie pour ce stade Twickenham. « Je ne sais pas si le paradis existe, confiait-il dans L’équipe en 1991, mais je suis sûr qu’il y en a des morceaux et Twickenham en est un. »

« J’ai souvent du sang sur mon maillot mais c’est toujours le mien »
Jean-Pierre Rives s’imposa rapidement dans cette équipe de France aux côtés de celui que l’on considérait comme son jumeau, Jean-Claude Skréla. Les deux hommes avaient pourtant des styles différents. Skréla brillait par sa technique et son endurance au combat. Rives témoignait à chacune de ses sorties d’une fantastique vitalité, d’un courage et d’une activité monstrueuse. On le vit souvent maculé de sang mais, comme il fit remarquer en 1983 à un journaliste gallois, « c’est vrai, j’ai souvent du sang sur mon maillot mais avez-vous remarqué, c’est toujours le mien. »

Skréla et Rives, associés à Bastiat en huit, formèrent l’une des meilleures troisièmes lignes que le XV de France ait connu, emmenant le XV de France de Jacques Fouroux vers un deuxième Grand Chelem en 1977. Rives garda un souvenir ému de cette victoire et de cette équipe. « J’ai des souvenirs d’une équipe de potes. Chaque match était une fête et nous voulions la prolonger le plus longtemps possible. » Il fut d’ailleurs à l’origine de la création des Barbarians français quelques années plus tard dont il reste la pierre angulaire près de trente ans après.

A la retraite de Fouroux, les sélectionneurs pensèrent confier le capitanat du XV de France à Bastiat avant qu’une blessure du Dacquois les laisse dans l’embarras. C’est Henri Fouries qui avança le nom de Rives pour prendre le capitanat à la grande surprise de ses collègues. Comment un homme aussi peu bavard, plutôt original pour le monde du rugby pourrait prendre le relais d’une personnalité comme celle de Fouroux ? Le comité laissa finalement sa chance à Rives.

« A Auckland, j’ai pris la plus grande leçon de sport de ma vie »
Le 14 juillet 1979 constitua le sommet de son aventure avec le XV de France. Après la déculottée subie face aux All Blacks à Christchurch, Rives devint fou. Dans la semaine, il mena un footing démentiel dans les forets avoisinant Invercargill pour ressouder sa troupe et le samedi, la France l’emportait pour la 1ère fois en Nouvelle-Zélande. « Si je me souviens de ce jour-là, c’est parce que pour la première fois de notre vie, on a pris une grande leçon d’humilité. Devant ce public néo-zélandais, devant les réactions des joueurs adverses, on se sentait tout petits (…) Ce jour-là, à Auckland, j’ai pris la plus grande leçon de sport de ma vie. »

Ce type de déclaration lui valut la reconnaissance de ses pairs britanniques et dans certains cas, l’amitié des joueurs qu’il avait vaincu comme avec Graham Mourie le capitaine de la sélection néo-zélandaise. Aux yeux des Français, il avait démontré sa capacité à emmener les hommes dans son sillage, à suivre son exemple, à les faire grandir. A être un grand capitaine tout simplement.

Jamais ce « gentleman guerrier » comme le qualifia si justement Henri Garcia ne baissa le pied sous le maillot de l’équipe de France, l’emmenant en 1981 à la conquête d’un nouveau Grand Chelem. Hormis l’Afrique du Sud, il vainquit toutes les grandes nations du rugby mondial et fut le premier rugbyman à franchir la réputation d’un bon international pour devenir une personnalité du sport français

En 1984, au soir d’une défaite à Murrayfield, il raccrochait sa tunique bleue. Une victoire l’aurait conduit ce jour-là à un historique troisième Grand Chelem. Mais quelle importance ? « C’est ça le rugby, expliquait-il, l’histoire d’un ballon avec des copains autour. Quand il n’y a plus ce ballon, il reste les amis. »

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Une réflexion sur “Jean-Pierre Rives : le ferrailleur

  1. Bariz dit :

    L’image qui me restera de ce joueur magnifique à l’humour so british, c’est son refus de quitter le terrain de Prétoria après un choc titanesque face au monstre Van Heerden en 1980.
    Malgré les supplications de l’arbitre et de ses coéquipiers, J.P., complètement sonné, insista pour se faire soigner sur place et termina le match dans le coton,certes, mais avec un énorme courage et un énième bandeau au sommet du crâne (« ralliez-vous à mon bandeau blanc »!).
    Je n’oublierais jamais le troisième ligne sud-africain Rob Louw, qui, en fond d’alignement, jette plusieurs fois un oeil incrédule à ce diable de Français qui titube à ses côtés mais qui tient bon…

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