Fred Allen : ruck and rush

En décembre 2009, la fédération néo-zélandaise remettait enfin sa cape d’international à Fred Allen, capitaine des All Blacks de l’Après-Guerre. Mais plus que le joueur, c’est l’entraîneur qui a marqué les esprits.

Colin Meads le jugeait cruel. Selon lui, les All Blacks modernes n’auraient pas supporté très longtemps l’autoritarisme de Fred Allen, pas plus que ses méthodes d’entraînement particulièrement rigoureuses. Mais ce qui reste avant tout d’un entraîneur, ce sont ses résultats et les 14 victoires en 14 tests font certainement de Fred Allen le meilleur entraîneur que les All Blacks aient connu.

Fred la poisse
Avant d’être entraîneur, Allen fut d’abord un bon joueur. Il jouait le plus souvent comme ouvreur ou premier centre et on le disait « absolument parfait dans son jeu. Il peut taper des deux pieds, il a un bon coup de rein, est habile de ses mains et est un bon stratège. C’est un joueur merveilleux » (Winston McCarthy, journaliste néo-zélandais). Allen avait aussi la réputation d’être un combattant dur au mal.

Sa carrière ne fut pourtant pas à la hauteur de ces qualités. Elle fut d’abord interrompue par la seconde Guerre mondiale alors que Fred Allen émergeait parmi les plus sérieux espoirs de Canterbury. Ce n’est qu’en 1947 qu’il connut ses premières sélections avec les All Blacks contre l’Australie. Il les quittera deux ans plus tard, blessé, au milieu d’une tournée catastrophique en Afrique du Sud (perdue quatre tests à zéro).

En fait, c’est sous le maillot des kiwis, la sélection de l’armée néo-zélandaise, que Fred Allen donna le meilleur de lui-même. C’est surtout sous ce maillot, à l’occasion de la tournée européenne de 1945-1946 qu’il rencontra Charlie Saxton, l’entraîneur des Kiwis, qui l’initia au rugby de mouvement. Dès lors, Saxton serait son mentor et « Ruck and rush » sa devise.

Fred the needle
Les deux hommes durent réunis une vingtaine d’années plus tard pour prendre en main les rênes des Blacks, Saxton en tant que manager et Allen comme entraîneur. Entre temps, Allen avait fait ses armes à Auckland, avec une belle réussite puisqu’il établit le record de 25 victoires de rang dans le Ranfurly Shield.

C’est au cours des trois saisons qu’il passa à la tête de la sélection néo-zélandaise qu’il gagna son surnom de « Needle » (l’aiguille) en raison des commentaires acerbes qu’il distillait aux joueurs qui ne parvenaient pas à se hisser au niveau de jeu qu’il espérait leur voir pratiquer. Certains des entraînements menés par Allen n’auraient d’ailleurs pas dénoté dans le cadre d’une préparation militaire.

Sur le plan du jeu, Allen lançait un défi à la tradition néo-zélandaise. S’il comptait bâtir sur un pack fort, il recherchait un jeu plus ouvert, un rugby total et spectaculaire. Il s’appuya pour cela sur l’une des plus belles générations de joueurs néo-zélandais. Devant, les Strahan, Gray, Lochore, Meads et Kirkpatrick formaient un pack d’un efficacité hallucinante en mêlée ouverte. A la charnière, Laidlaw ou Going, dans des styles très différents, n’avaient pas leur pareil pour éclairer le jeu avec des trois-quarts de le trempe de McCormick, McRae ou Kirton.

Dès 1966, Allen imposa des choix qui en surprirent plus d’un mais qui n’allaient pas tarder à s’avérer judicieux. Comme capitaine, les noms de Meads, Tremain ou Gray circulèrent mais, au final, c’est Brian Lochore qui fut désigné. Pour Allen, il avait « toutes les qualités d’un grand leader sans pour autant être un grand bavard. »

A l’arrière, il n’hésita pas à se passer du titulaire habituel, Mick Williment. A ses dégagements sécurisants et à son placement rassurant, il préféra prendre Fergie McCormick, un joueur plus audacieux et plus entreprenant. Aux sceptiques, Fred Allen répondait, sûr de lui et de sa conception du jeu : « vous verrez que c’est une équipe de qualité. Elle gagnera en marquant beaucoup d’essais et pas en tapant des pénalités. »

Les Lions pour mise en bouche
La tournée des Lions britanniques et irlandais, laminés quatre manches à zéro, donna un aperçu des préceptes de jeu d’Allen et posa les bases pour l’apothéose de la tournée européenne de 1967. Organisée à la hâte après l’annulation de la tournée en Afrique du Sud, elle fut certainement l’une des plus accomplies de la grande époque des All Blacks.

En quatre tests, Lochore et ses boys inscrivirent treize essais et 71 points. Si l’on y ajoute les matchs contre les clubs et sélections régionales, le total grimpait à 71 essais en 17 matchs. Allen repartit pourtant d’Europe avec un regret, celui de ne pas avoir pu se rendre en Irlande (en raison d’une épidémie de fièvre aphteuse) et donc de ne pouvoir réaliser le premier Grand chelem européen des All Blacks. En privé, il assura que ses joueurs auraient gagné ce test de la même façon qu’ils avaient imposé leur jeu lors des quatre autres.

Un an plus tard, Fred Allen quittait son poste fort de ses quatorze victoires en autant de tests-matchs. Son équipe continua de dominer le rugby mondial avant que les Lions de 1971, emmenés par Barry John, ne viennent mettre un terme à cette suprématie, avec un style de jeu que Fred Allen n’aurait pas renié.

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