Racing Club de France 1959 : à contre-courant

L’an passé, le Racing (devenu Racing-Métro 92) rejoignait l’élite du rugby français. Une belle façon de fêter le cinquantenaire de son titre de champion de France 1959

Le Racing dans les années 1950, c’est avant tout un nom, celui de Roger Leroux, son président qui est aussi considéré comme l’homme fort du rugby français de l’Après-guerre. Daniel Herrero le présente comme « un type de grande autorité, de petite compétence et de vrai charisme. » Sous sa présidence, il perpétue la tradition du Racing, celle d’un club de médecins, d’avocats ou de riches commerçants qui arborent fièrement blazers et cravates. Mais pour décrocher ce bouclier de Brennus qui fuit les Racingmen depuis le début du siècle. C’est dans une entreprise publique qu’il ira dénicher les joueurs qui lui font défaut.

Pour les rugbymen du Sud et du Sud-Ouest qui veulent faire carrière chez EDF, Gurcy-le-Châtel était un passage obligé. Pour Roger Leroux, c’était une pépinière. En 1950, il commença par attirer au Racing un certain François Moncla qu’il fit signer comme arrière mais qui s’imposa rapidement comme un excellent  troisième. Deux ans plus tard, Arnaud Marquesuzaa quittait Mauléon pour rejoindre Gurcy-le-Châtel et signer dans la foulée au Racing. A la fin de la décennie, il devint le centre d’une des plus belles équipes de France, celle de la tournée en Afrique du Sud et du Tournoi 1959. Enfin, en 1954, c’était au tour de Michel Crauste de tomber dans les filets du Racing.

Où sont les Parisiens ?
L’équipe de 1959 ne comptait que deux Parisiens pure souche dans ses rangs : Obadia et Chappuis. Les autres venaient des Basses-Pyrénées (six joueurs), des Landes, de Dordogne, du Cantal, du Lot-et-Garonne, du Tarn ou du Puy-de-Dôme.

Leur histoire commence au milieu des années 1950, au moment où le Racing commence à s’inviter régulièrement dans les phases finales. Quart de finaliste en 1953 et 1956, les ciels et blancs disputent en 1957 aux Lourdais de Jean Prat, la grande équipe de l’Après-guerre, l’une des plus belles finales du championnat. Le Racing s’appuie alors sur un pack solide, une très belle troisième ligne et la seule ligne de trois-quarts supportant la comparaison avec les Lourdais. Largement menès au score, les Racingmen faillirent renverser la situation en fin de match mais échouèrent à trois points de Lourdes (13 à 16).

La saison 1957-1958 fut une saison de transition avant le couronnement de 1959. A l’intersaison 1958-1959, le Racing avait pourtant perdu quelques uns de ses meilleurs éléments comme Michel Vannier, le valeureux arrière qui avait failli laisser une jambe en Afrique du Sud, Dufau parti à Vichy ou Vignes à Biarritz.

Lors des phases de brassages, le Racing sortait de la poule D avec Angoulême, Dax, Tulle et Toulon aux dépens de l’US Bressane, de Bègles et du PUC. Il battait ensuite Montferrand en 16ème de finale (8 à 0), Vienne en 8ème (6 à 0) et Grenoble en quart (14 à 5) avant de retrouver le FC Lourdes en demi-finale. Le rendez-vous est fixé à Bayonne. Même si l’on disait cette équipe lourdaise vieillissante, pour les Parisiens, c’était évidemment la revanche de 1957.

Ce jour-là, ils excellèrent à dérégler le jeu des trois-quarts lourdais, contrant tous les départs au ras de la mêlée, Moncla, Crauste et autres Navarre se montrant tout particulièrement à leur avantage. A quelques minutes de la fin, le Racing mènait 19 à 0 quand Maurice Prat se résolut à décocher le drop de l’honneur. Rien ne prédisait un tel affront pour les Lourdais. La surprise était totale.

« Techniquement, ce fut une catastrophe »
Une semaine plus tard, ce sont les Montois des frères Boniface qui les attendaient à Bordeaux pour la finale. Les Montois avaient eu vent de la performance des Racingmen contre Lourdes et s’attendaient à affronter une équipe de contre. Leur maître à jouer, le demi de mêlée Pierre Danos, influencé par le style que Lucien Mias avait imposé au XV de France, refusa donc d’exposer les siens et décide de faire jouer ses avants. C’était oublier qu’en face de lui se trouvait François Moncla, le fidèle lieutenant de Mias en équipe de France, qui trouva toutes les ficelles pour résister aux charges du pack montois.

Mieux, à la mi-temps, les Parisiens mènaient 8 à 0. Ce n’est que tard en deuxième mi-temps que Lacroix se décida à ouvrir le jeu vers ses magnifiques arrières. L’essai de Guy Boniface n’y fit rien : les Montois, coupables d’avoir cadenassé le jeu, laissaient échapper le bouclier au profit des Parisiens. « Techniquement ce fut une catastrophe, regretta André Boniface dans ses mémoires (Nous étions si heureux).Je pense avoir touché le ballon deux fois, Guy (Boniface) également. Les deux équipes n’ont pas donné une image avantageuse du rugby. »

57 ans après, le Brennus regagnait la capitale dans un quasi-anonymat. Il quittait Bordeaux en seconde classe et arrivait le lendemain matin à Austerlitz où personne ne l’attendait. Chacun filait à son travail.

L’année suivante, c’est un trophée rénové que les Lourdais retrouvaient puisqu’il profita de son séjour à Paris pour s’offrir une cure de jouvence. Un orfèvre se chargea de lui enlever les bosses accumulées depuis un demi-siècle de réjouissance dans le Sud et de le replacer sur un nouveau socle.

Pour le Racing, c’était aussi la fin d’une belle équipe. A l’intersaison, Crauste et Marquesuzaa rejoignaient le FC Lourdes (avec lequel ils furent de nouveau sacrés champion de France en 1960) alors que Moncla signait à Pau (renouant quant à lui avec le titre en 1964). Les Racingmen devraient attendre l’époque du show-biz pour ajouter un nouveau Brennus à leur palmarès.

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