Brian Moore : les salades de l’avocat

Brian Moore est un type épatant. Agaçant, irritant, énervant, oui, mais vénérable ! Comment pourrait-il en être autrement d’un type qui passait la semaine à provoquer ses adversaires mais ne s’effaçait jamais à l’heure du combat ? Et que dire d’un homme qui bravait les usages du rugby autant que sa fédération pour mener sa barque selon ses convictions ?

1990 fut une année décisive dans la carrière de Brian Moore. Il commença par perdre la Calcutta Cup et le Grand Chelem à Edimbourg, avant de quitter son club de Nottingham pour rejoindre les Harlequins. A partir de là, il apprit à gagner et imposa sa personnalité dans le rugby anglais

Apprenti pittbull
Avant cela, on l’avait découvert sur les écrans d’Antenne 2 un après-midi de mars 1987 à l’occasion d’un Galles-Angleterre. Il bénéficiait de la suspension de Graham Dawe pour entamer un bail de huit ans avec le XV de la Rose. Quelques mois plus tard, il participait à la Coupe du monde mais elle se soldait par un fiasco pour l’Angleterre, sortie dès les quarts de finale par le Pays de Galles.

La RFU, longtemps confortablement assoupie sur ses traditions, comprit qu’il était temps de réagir et accorda plus de moyens à son équipe nationale. Une nouvelle génération, celle des Carling, Dooley, Ackford, Teague, Andrews, Underwood, Richards, Guscott et évidemment Moore allait y faire son trou. Si la France l’emportait sur le fil dans le Tournoi 1988, elle chutait lourdement à Twickenham en 1989 (0 à 11).

Brian Moore  était devenu indispensable dans la cage du XV de la Rose. S’il n’était pas impressionnant physiquement, il compensait par un courage extrême et une belle technique. Désormais surnommé « pitbull » par ses partenaires, les observateurs le jugeaient déjà bien meilleurs que ses grands prédécesseurs, Peter Wheeler et John Pullin.

C’est donc assez naturellement qu’il embarquait pour l’Australie en juin 1989 avec les Lions britanniques. Ce fut son premier fait d’arme. Mis en concurrence avec l’Irlandais Steve Smith, il poussa la rivalité jusqu’à ne pas lui adresser la parole de la tournée. Ambiance… Au final, il fut titularisé pour les tests contre les Wallabies, formant avec l’Ecossais David Sole et le Gallois Dai Young une très belle première ligne, et participa activement à la victoire des Lions dans la série.

Vint ensuite 1990 et cette défaite à Murrayfield, le pire moment de sa carrière : « L’Angleterre avait balayé tous ses adversaires avant que l’Ecosse de David Sole n’efface tout, confessa-t-il. J’avais réservé pour déjeuner le lendemain du match aux Watsonians. Mais j’étais trop désabusé et je suis rentré directement à la maison. »

Parvenu
Quelques mois plus tard, il quittait Nottingham pour signer aux Harlequins qui lui proposaient un bon emploi (Moore était avocat) et tous les avantages économiques de la vie à Londres. Le transfert dérangea le rugby anglais au point que trois ans après « The independent » y consacrait encore un article.

Colin Herridge, secrétaire des Quins et membre de la RFU, y assurait que « [son] club  ne lui avait rien donné, absolument rien. Nous avons simplement fait en sorte que Brian puisse exercer dans le secteur bancaire. Quand il a vu que cette activité ne lui convenait pas, nous lui avons suggéré de réintégrer le barreau. Il a eu le job et il est maintenant associé dans son cabinet. »

Quand un quotidien de Nottingham révéla que c’était bien l’appât du gain qui était à l’origine de la décision de Moore, celui-ci expliqua que « cela aurait été une erreur de ne pas répondre favorablement à quelqu’un qui me proposerait un travail plus intéressant. »

Rappelons que les Harlequins sont connus pour être le club dont les réseaux sont les plus solidement ancrés au sein de la City. Herridge insista sur le fait qu’ils n’avaient fait que mettre les bonnes personnes en relation, comme ils l’avaient fait avec succès en 1988 avec Peter Winterbottom, passé avec succès de sa ferme au monde des affaires : « nous faisons tout ce que nous pouvons pour aider un  jeune homme dans sa carrière et il n’y a pas de crime à cela. »

Homme de médias
Sa carrière professionnelle lancée, Moore allait enfin être un homme comblé avec le XV de la Rose. Hormis la défaite contre l’Australie en finale de la Coupe du monde 1991 (« l’une des plus grosses déceptions de ma carrière »), il allait imposer sa loi sur le Vieux Continent (Grand Chelem en 1991, 1992 et 1995) et rivaliser avec les Sudistes.

Les Français furent ses adversaires préférés et c’est à ce moment que l’on commença à parler du bonhomme un peu partout dans la presse et tout particulièrement de ce côté-ci de la Manche. Il y eut d’abord ce quart de finale de Coupe du monde au Parc, « une expérience inégalée » pour Moore. « En jouant à l’extérieur, nous partions sur un pied d’égalité et ce fut extrêmement sauvage (…) Tout fut simplement éclatant. Ce ne fut pas le plus grand des spectacles mais ce fut encore plus mémorable en raison de l’atmosphère, de la brutalité du match et parce que l’Angleterre a gagné. »

A partir de là, que ce soit à Twickenham ou au Parc, son stade préféré (« un endroit colossal avec du bruit, des pétards, des bandas… c’était si coloré. J’adorais »), il prit l’habitude de gagner une fois l’an contre ces Français qu’il ne cessait de défier par voie de presse.

En 1992, peu après le quart de Coupe du monde, le match fut particulièrement houleux avec deux expulsions côté français dont celle de Moscato le vis-à-vis de Moore. Le talonneur anglais jurait encore en 2005 sur le site de la BBC n’être pour rien dans cette histoire : «  à ce moment de la partie, il jouait pilier. Moscato a été sanctionné par l’arbitre pour un rucking et quand il a vu Jeff Probyn lui ricaner au nez, il est devenu fou. C’était typique des Français à cette époque. »

Moore poursuivit ses provocations chaque année pour atteindre son sommet en 1995 en faisant référence à Cantona qui venait d’écoper d’une longue suspension pour avoir agressé un supporter de Cristal Palace. Dans la semaine qui précédait le match du Tournoi, il déclara aux journalistes que « les Français sont brillants mais brutaux comme quinze Cantona ». Ses mots portèrent plus qu’il ne l’avait espéré : « ils ont tellement fait attention à rester disciplinés qu’ils en ont oublié qu’on jouait au rugby. Ça les a anéantis. »

En juin, il mettait un terme à sa carrière internationale au soir d’un dernier match contre la France, match pour la 3ème place de la Coupe du monde qu’il perdit pour une fois. Après le match, il prit quelques bières avec les froggies, enterrant pour un instant les vieilles rancoeurs.

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