Cavaliers néo-zélandais (1986) : cash tests

En plein Apartheid, d’authentiques All Blacks partent en tournée en Afrique du sud pour empocher l’argent de généreux sponsors. Les Springboks triomphent, l’IRB est discrédité et le professionnalisme met un pied dans la porte.

A l’automne 1985, les All Blacks partent à la hâte en tournée en Argentine. Initialement, ils devaient se rendre en Afrique du sud mais les sanctions, tardives et plutôt molles, du Board à l’encontre du pays de l’Apartheid les en empêchent.

« Nous n’approuverons pas cette attitude mais nous n’y pourrons rien »
Pour Danie Craven, l’éminence grise du rugby sud-africain, « sans les All Blacks, notre rugby ne sera jamais le même ». Il allait tout mettre en œuvre pour faire venir ces All Blacks en activant son réseau dans le but d’organiser une tournée pirate pour le printemps 1986.

Dans son entreprise, il allait s’appuyer sur Andy Haden, connu comme le premier All Black à avoir monnayé son talent en parcourant le monde. Le deuxième ligne y trouvait l’opportunité de berner des dirigeants qui l’avaient pris en grippe et qui ne lui voulaient pas que du bien.

Longtemps hostiles à l’idée d’une tournée en Afrique du sud, les politiques néo-zélandais allaient  finalement ouvrir la porte à cette tournée. En juillet 1985, dans les colonnes du « New Zealand Herald », le Premier ministre David Lange déclarait, impuissant : « à titre individuel, je ne vois aucune raison pour que les All Blacks ne puissent pas se rendre en Afrique du sud. Nous n’approuverons pas cette attitude mais nous n’y pourrons rien. »

440 000 francs pour un mois de tournée
L’organisation de la tournée prit forme en 48 heures à la fin de l’année 1985 dans les salons de la Volkskas Industrial Bank de Hong Kong. Les représentants néo-zélandais se nommaient Andy Haden, Andy Dalton, le capitaine des Blacks, Ian Kirkpatrick, figure charismatique du rugby néo-zélandais, et Winston Donald, un homme d’affaires d’Auckland.

Côté sud-africain, on retrouvait Louis Luyt, le président de la Transvaal Rugby Union, Mervyn Rey, l’avocat de Danie Craven, et Johan Claasen. Cette figure historique des Boks, était par ailleurs un membre influent  du Broederbord, un ordre secret des tenants de la langue afrikan et du règne de l’Apartheid.

En tant que directeur des opérations extérieures de la Volkskas Industria    l Bank, c’est lui qui réalisa le montage financier de cette tournée. Il parvint notamment à convaincre d’importants sponsors comme Toyota ou les Pages jaunes sud-africaines. Cette dernière assura une somme de 440 000 francs aux joueurs néo-zélandais pour un mois de tournée et treize matchs. En contre-partie, les All Blacks joueraient en jaune et noir (les couleurs des Pages jaunes sud-africaines) et arboreraient le logo de leur sponsor sur leurs maillots.

Avec femmes et enfants
Une fois les détails réglés, il fallut convaincre les joueurs néo-zélandais. Ce fut la mission de Mervyn Rey. En février 1986, il se rendit en Nouvelle-Zélande pour les rencontrer un par un. Deux mois plus tard, par petits groupes et à titre individuel pour ne pas éveiller les soupçons, ils gagnaient l’Afrique du sud, accompagnés pour la plupart de leur femme et enfants car les opposants néo-zélandais à l’Apartheid menaçaient de s’en prendre à leurs proches. Le 21, un communiqué de presse signé par Kirkpatrick (le manager), Colin Meads (l’entraîneur) et Andy Dalton (le capitaine) lançait officiellement la tournée d’une sélection qui s’auto-nommait les Cavaliers.

Il s’agissait pourtant bel et bien d’une sélection All Blacks où l’on retrouvait des joueurs comme Robbie Deans, Wayne Smith, Gary Knight, Andy Dalton, Steve McDonell, Kieran Crowley, les frères Whetton, Andy Haden, Murray Mexted, Grant Fox… tous des titulaires indiscutables chez les Blacks. Wayne Shelford avait même pris le risque de démissionner de son poste d’instructeur de sport dans la marine pour participer à cette tournée.

Sur les trente joueurs pressentis pour la tournée de 1985, il n’en manquait que deux : l’ailier John Kirwan, qui faisait alors une pige en Italie, et le demi de mêlée David Kirk qui renonçait au dernier moment par conviction politique.

Côté springboks, on s’était également paré de ses plus beaux atouts pour l’événement. Les Sud-Africains pourraient compter sur la puissance sauvage de leurs avants, sur un Danie Gerber au sommet de son art et sur la botte de Naas Botha. L’ouvreur revenait alors d’une expérience lucrative dans le foot américain sans que cela ne pose problème aux dirigeants de la SARFU.

« Si vous n’êtes pas assez durs, ils cherchent à vous intimider »
Dans le jeu, les Sud-africains furent fidèles à leur réputation. Lors du deuxième match de la tournée, le flanker du Northern Transvaal, Burger Geldenhuys, brisait la mâchoire d’Andy Dalton. « Je ne veux pas m’excuser d’avoir porté ce coup car les All Blacks jouent comme ça, se justifia Geldenhuys. Si vous n’êtes pas assez durs, ils cherchent à vous intimider. » Bien que la télé ait enregistré les images de l’agression, la SARFU n’y trouva rien de répréhensible et le flanker put participer aux quatre tests avec les Boks.

Battus à Cape Town (15 à 21), les Néo-Zélandais se ressaisissaient à Durban (19 à 18) avant de chuter à Pretoria (18 à 33), puis à Johannesburg (10 à 24).

L’arbitrage fit beaucoup parler tout au long de cette tournée et, selon les Néo-Zélandais, sa mauvaise qualité explique pour beaucoup leur défaite dans la série de tests. D’une part, ils ne comprenaient pas que, tout au long de la tournée, les arbitres aient laissé les Sud-africains user de l’ascenseur en touche, une pratique alors interdite. D’autre part, les prestations du Gallois Keith Rowlands lors des quatre tests prêtaient le flanc à la critique. Les Néo-Zélandais ne comprenaient notamment pas qu’ils aient été sanctionnés à 21 reprises lors du 3ème test, contre seulement sept pour les Boks, alors que les statistiques montraient qu’ils avaient dominé toutes les phases du jue.

Un abattement fiscal de 90% sur les sommes versées pour promouvoir le rugby
Les Sud-africains, arrogants comme jamais, s’appuyèrent sur ces résultats pour rappeler qu’à ce jeu de rugby, ils restaient bien les meilleurs au monde. Ils pouvaient narguer ce Board qui les avait exclus du circuit international mais que l’on entendit très peu à l’occasion de cette tournée. Seul Ronnie Watson, ancien capitaine des Lions et de l’Irlande et membre de l’IRB, s’insurgea contre cette atteinte aux règles de l’amateurisme.

Au terme de cette tournée (qui laissait treize millions de francs aux guichets), Danie Craven fut simplement mis à l’index du Board, tandis que la NZRFU infligeait deux matchs de suspension aux Cavaliers. Ils pourraient revenir en sélection à l’automne et rattraper le train pour la Coupe du monde.

On n’alla pas plus loin car le Board craignait qu’une rupture totale avec le rugby sud-africain ne favorise la création d’une ligue professionnelle. Le gouvernement sud-africain envisageait un abattement fiscal de 90% sur les sommes versées par les sociétés décidées à promouvoir le rugby. La réussite économique et médiatique de cette tournée des Cavaliers avait prouvé que l’argent ébranlait sérieusement les principes d’un rugby purement amateur.

Advertisements
Tagué , , ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :