Richmond 1996-1999 : le premier nabab

A partir de 1996, Richmond, vénérable centenaire du rugby anglais, a vu passer des joueurs de stature internationale, anglais, gallois et argentins, attirés par l’argent d’Ashley Levett. Trois ans plus tard, déçu par un professionnalisme balbutiant, il coupait les cordons de la bourse et Richmond mettait la clé sous la porte.

Le Richmond RFC a toujours été en avance sur son temps. Fondé en 1861, Il fut un des huit clubs fondateurs de la RFU en 1871. En 1878, il dispute le premier match organisé en nocturne. En 1909, il participe au premier match à Twickenham contre les Harlequins. Et en 1996, il devint le premier club à devenir officiellement professionnel grâce à l’argent d’Ashley Levett.

Tout commence fin 1996 par un coup de fil d’Ashley Levett à Vinnie Codrington, l’un des dirigeants du club du Surrey. Intéressé par la rachat de Richmond, il l’invitait à venir le rencontrer avec Tony Dorman, autre dirigeant de Richmond, à Monaco où il s’était installé. Les deux hommes ne comprenaient pas ce qui leur arrivait, croyant même qu’il leur faudrait liquider le club avant de le vendre.

Une semaine plus tard, ils se retrouvaient à l’héliport de  Battersea où l’hélicoptère de Levett vint les chercher. « Nous étions là, à nous demander ce qui se passait, se rappelle Codrington. Richmond n’était qu’un petit club de 3e division. Pourquoi nous ? Puis cet énorme hélicoptère noir est apparu pour nous emmener à Monaco. C’était quelque chose de très particulier. »

Business model
Ashley Levett avait fait fortune dans le commerce du cuivre et était connu pour son ambition. Il voyait un potentiel à exploiter dans le club de Richmond et comptait bien mettre à profit les 27 acres de terrain que possédait le club. Il obtenait l’accord des dirigeants de Richmond pour racheter 76% des parts du club et décidait d’investir 2,5 millions de livres par saison. Il se fixait trois objectifs : construire un nouveau stade, attirer un nouveau public et développer le potentiel sportif en créant une académie du rugby.

Richmond n’évoluait pourtant pas dans l’élite du rugby anglais mais en deuxième division et s’il était bien parti pour remonter rien n’était joué. Mais pour Levett ,il fallait dors et déjà renforcer le potentiel de son équipe en recrutant de grands noms. C’est Symon Elliott, un ami de Levett avec lequel il était associé en affaires et qui devait devenir directeur général de Richmond, qui allait s’en occuper.

Campagne de recrutement
En février 1997, il posait les bases de sa campagne de recrutement en déclarant que « nous croyons que Richmond peut devenir une force motrice du rugby britannique et européen. Nous avons quelques contacts avec des membres de l’équipe d’Angleterre. Mais aucune offre n’a été faite. » Il ajoute pourtant : «  ce serait une surprise si Ben Clarke (numéro huit de Bath et du XV de la Rose) ne venait pas. Son père, Bevan, est un ami personnel de Levett et Ben est parrainé par une société de Levett. Il apporte aussi son aide aux entraînements de Winchester, un club dont s’occupe également Levett ».

Peu après, l’affaire était signée « au prix du marché » selon Elliott.  Dans les mois qui suivirent, une fois la remontée assurée, d’autres grands noms du rugby international allait suivre son exemple à commencer par Scott Quinnell, qui repassait du XIII au XV pour 200 000 livres, mais aussi le deuxième ligne de Gloucester, Richard West, le pilier de Bath Darren Crompton, l’ailier de Leeds Jim Fallon et les Argentin Rolando Martin et Agustin Pichot. Tous disaient venir pour le défi sportif. Ils rejoignaient quelques vieilles gloires du club dont l’ancien talonneur du XV de la Rose, Brian Moore Seul le centre gallois Scott Gibbs échappait à la razzia de Levett.

Stratégie de croissance
Levett et le professionnalisme bouleversèrent les traditions locales comme celle de jouer dans numéro 13 dans l’équipe. Jusqu’alors, le deuxième centre portait le numéro 14, l’ailier droit, le 15 et l’arrière, le 16. Mais plutôt que de respecter la numérotation habituelle, Levett s’inspira des pratiques du foot et il décidait d’attribuer un numéro à chaque joueur qu’il garderait toute la saison. Richmond quittait également son terrain de l’Athletic Ground, trop petit, pour le Majestic Stadium de Reading.

Pour sa première saison dans l’élite anglaise, Richmond finissait à une honorable 5ème place. Le public suivait, l’affluence moyenne passant de 600 à 6 000 spectateurs par match. La saison 1998-1999 s’annonçait prometteuse et fut marquée par un coup d’envoi en fanfare avec une victoire de 40 points sur Newcastle. Levett pariait alors à 14 contre 1 sur un titre de champion pour Richmond.

Lock out
Pourtant au printemps 1999, peu après un quart de finale de Coupe d’Angleterre de belle facture contre Leicester, certainement l’un des meilleurs matchs de Richmond au cours des trois dernières années, Levett surprenait tout le monde en annonçant qu’il retirait ses billes. « A la fin, explique Tom Hallett, membre du bureau exécutif de Richmond, il a compris qu’il ne pourrait pas avoir le club qu’il voulait, notamment à partir du moment où nous avons du jouer à Reading. Alors il est parti. »

On estime qu’au cours des trois saisons passées à s’occuper de Richmond, Levett a investi entre six et sept millions de livres. Mais les ambitions qu’il s’était fixées à son arrivée tardaient trop à se concrétiser, notamment la construction de ce nouveau stade qui aurait justifié son projet économique.

Le club était donc mis en redressement judiciaire et rétrogradé au plus bas de la hiérarchie du rugby anglais, dans le Herts and Middlesex One, la neuvième division. Ses actifs étaient fusionnés avec ceux des London Irish. Aujourd’hui, Richmond est remonté en quatrième division, le National Division Two, après avoir enregistré 83 victoires de rangs et engrangé 4 titres consécutivement. En 2005, il signait même Bobby Skinstad, l’ancien capitaine des Springboks, une authentique vedette internationale. Comme aux grandes heures des années Levett.

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