Michael Jones : un prophète

Et si c’était lui le plus grand ? Après Nicholls, Meads ou Lochore et avant McCaw, Carter ou Lomu, il y eut Michael Jones dans la lignée des All Blacks de légende. Un joueur généreux qui fut trop souvent blessé mais qui apporta une dimension supplémentaire au poste de flanker.

Il a eu les meilleurs entraîneurs néo-zélandais : Brian Lochore, Laurie Mains, John Hart… Il a joué avec deux des plus formidables générations de All Blacks, d’abord celle de Sean Fitzpatrick, Zinzan Brooke, Grant Fox, John Kirwan ou Gary Whetton, puis celle des Jonah Lomu, Andrew Mehrtens, Franck Bunce ou Josh Kronfeld. Il a affronté les meilleurs joueurs des quinze dernières années du 20ème siècle qu’ils soient Australiens comme Simon Poidevin, John Eales, Tim Horan… Anglais comme Lawrence Dallaglio, Martin Johnson ou Dean Richards… Français comme Laurent Cabannes, Laurent Rodriguez ou Abdel Benazzi… et tant d’autres.

Tous n’ont que des compliments pour décrire l’homme comme le joueur. Selon John Hart, son entraîneur à Auckland puis en sélection, Michael Jones était tout simplement « le joueur presque parfait ». Pour John Kirwan, qui fut longtemps son partenaire en sélection, il était un peu « le Michael Jordan du rugby ». L’Anglais Martin Johnson, qui en faisait un titulaire dans son XV idéal, rapportait que « Sean Fitzpatrick dit qu’il était le meilleur joueur contre lequel il ait joué, un joueur mythique ». Son compatriote Lawrence, qui lui aussi le cite dans son XV idéal, précise qu’ « il avait tout : rapide, athlétique, habile, courageux et c’était un excellent coéquipier. Il y a eu beaucoup de grands numéros 7 mais aucun n’est aussi bon que Jones. »

Généreux
Ce respect, Jones l’a forgé tout au long de sa carrière par une générosité sans égale, une générosité qui lui valut deux surnoms ; iceman parce qu’il était réputé pour user de nombreuses bombes de froid pour soigner les coups qu’ils recevait au combat ; mais aussi « l’homme qui valait trois milliards » en raison de ses nombreuses blessures, opérations et reconstructions qui s’ensuivirent.

« Mieux vaut donner que recevoir » répétait-il à l’envie comme dans la Bible. Pourtant force est de reconnaître qu’il a bien reçu tout au long de sa carrière. En septembre 1989, contre les Pumas, il ne se relève pourtant pas. Il a genou en morceaux et va être éloigné des terrains pendant près d’un an. C’est la première de ses graves blessures. « Ce fut un travail de reconstruction totale. Le spécialiste m’a dit que mon genou était tellement endommagé qu’il aurait tout aussi bien pu avoir été heurté par une voiture. Il y avait plein de gens prêts à me dire : « C’est fini Michael, merci pour tout ce que tu as fait ». Je n’étais pas loin d’être d’accord avec eux mais j’avais bien l’intention de revenir. Ma foi était forte et je sentais que si Dieu me disait de revenir sur un terrain, je pouvais y arriver. »

En 1993, une fracture à la mâchoire l’empêche de partir en tournée en Ecosse et en Angleterre. En 1997, son genou le lâche de nouveau peu avant d’affronter les Fidji. A chaque fois, il revient en sélection même si les observateurs déplorent que son rayon d’action se réduise au fil des blessures. Sur la fin de sa carrière, on le vit de plus en plus souvent évolué côté fermé, voire au centre la troisième ligne, loin du troisième ligne côté ouvert au rayon d’action phénoménal de ses débUts.

Croyant
Né à Auckland et élevé par une mère samoane et au sein d’une famille très catholique, Michael Jones n’eut pourtant pas la carrière que méritait son talent. International néo-zélandais, il ne compte « que » 55 sélections (quand le total de Fitzpatrick dont la carrière est concomitante à celle de Jones, s’élève à 92) parce qu’il connut plusieurs graves blessures et parce que ses convictions religieuses lui interdisait de jouer le dimanche. En 1995, le sélectionneur néo-zélandais Laurie Mains décidait d’ailleurs de se priver de ses services pour la Coupe du monde sachant que les All Blacks auraient plusieurs matchs à jouer le dimanche.

Jones commence le rugby au poste de centre avant de se repositionner en troisième ligne. « J’ai joué centre jusqu’à la fin de mon adolescence mais tout a changé quand je me suis ouvert le pied sur un fil de fer barbelé. Quand on m’a enlevé le plâtre, mon frère m’a persuadé que je ne serai plus assez rapide pour jouer derrière et me faufiler dans les lignes adverses. Aujourd’hui, je pense qu’il voulait simplement prendre ma place dans l’équipe. »

C’est donc à l’aile de la troisième ligne qu’il débute à 20 ans avec Auckland. Pour sa première titularisation, il inscrit trois essais contre South Canterbury. Il fit toute sa carrière avec Auckland gagnant deux Super 12 (1996 et 1997), neuf NPC et défendant victorieusement le Ranfurly Shield à 61 reprises (un record) de 1985 à 1993.

Précurseur
En 1986, il honore sa première sélection internationale mais sous les couleurs samoanes. Les règlements en vigueur à cette époque ne lui interdisaient néanmoins pas de jouer avec les All Blacks ce qu’il fit un an plus tard. Il se fait remarquer des sélectionneurs à l’occasion d’un match entre les Barbarians néo-zélandais et l’Angleterre et embarque pour la première Coupe du monde.

Auteur du premier essai de la compétition contre l’Italie, c’est encore lui qui débloque le compteur en finale contre la France. Il forme alors une extraordinaire troisième ligne avec Wayne Shelford et Allan Whetton. Pour la plupart des observateurs, Michael Jones apporte une nouvelle dimension au poste de flanker par sa vivacité, ses qualités physiques, son habileté balle en main et sa sûreté défensive. Au terme de cette Coupe du monde, qu’il remporte avec les All Blacks, Graham Mourie ira jusqu’à dire qu’ « il a joué un rugby aussi bien que n’importe quel flanker aurait rêvé de le faire. »

Indispensable
Transparent lors de la Coupe du monde 1991 au cours de laquelle il rate plusieurs matchs, dont la demi-finale, parce qu’ils sont programmés le dimanche, les sélectionneurs décident de se passer des services de Jones pour l’édition 1995, sachant que les Blacks auraient de nouveau à jouer plusieurs fois le dimanche.

Il fait son retour en sélection au lendemain de la Coupe du monde 1995 pour une tournée en France alors que son mentor John Hart ait succédé à Laurie Mains à la tête des Blacks. « Je ne lui ai pas fait une faveur, se justifiait John Hart. J’avais besoin de lui parce que c’était un défenseur énorme, un formidable stratège et un homme qui apportait une passion particulière lorsqu’il enfilait le maillot des All Blacks. Je savais que quand Michael était dans l’équipe, j’avais au moins un joueur qui ferait honneur à la fougère argentée. »

En 1998, il honore sa dernière sélection avec les All Blacks contre l’Australie. Agé de 33 ans et sur le déclin, il fait les frais d’une des pires saisons des Blacks qui incite les sélectionneurs à renouveler profondément leur groupe à un an de la Coupe du monde. Il joue une dernière saison avec Auckland avant de raccrocher définitivement les crampons.

Au terme de cette saison 1999, un sondage auprès des lecteurs du New Zealand World Rugby Magazine en fait l’un des tout meilleurs joueurs du siècle aux côtés des Meads, Nepia, Fitzpatrick ou Whineray.

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