Pays de Galles-Angleterre 1893 : la botte de Bancroft

En ce temps-là, le Tournoi se résumait aux 4 nations britanniques. En ce temps-là, les Anglais dominaient le Tournoi, leur Tournament. En ce temps-là, les Anglais étaient arrogants. Il était donc temps que les Gallois leur rabattent enfin le caquet…

En 1893, lorsque le Tournoi s’apprête à ouvrir avec ce Galles-Angleterre, le rugby gallois ne représente rien. Il n’a aucun palmarès contrairement à l’Irlande et surtout aux Anglais et aux Ecossais qui dominent ce Tournament, compétition d’élite… limitée aux quatre Home Unions. Il fait même figure de parent pauvre du rugby mondial quand la France du rugby n’en est qu’à ces balbutiements avec l’instauration d’un championnat national et que l’on ignore tout ou presque des sudistes.

Challengers
Le rugby gallois, aux yeux de ses adversaires anglais, écossais et irlandais, c’est un rugby bien étrange qui ose mêler au sein d’une même équipe étudiants, notables, capitaines d’industries à des ouvriers des vallées minières. C’est que ce rugby n’a pas pu s’installer confortablement au sein des universités aux rangs trop clairsemés. Son implantation se limitait encore pour l’essentiel aux régions charbonnières, le long de la Great Western Railway qui reliait Newport, Cardiff, Bridgend, Neath et Llanelly.

En 1893, le rugby gallois avait donc encore tout à prouver face à ses prestigieux voisins et c’est avec détermination que les Gallois allaient se frotter aux Anglais. Rien n’allait entamer cette détermination pas même le gel qui s’installa sur Cardiff tout au long de la semaine qui précéda la rencontre et qui, jusqu’au dernier moment, faillit remettre en question la tenue de cette rencontre.

La chaleur du diable
Bill Sheperd, l’un des membres du comité de Cardiff chargé d’organiser le match, proposa que les « devils », nom donné aux braseros utilisés pour réchauffer les policiers qui travaillaient dans la rue, soient amenés sur la pelouse afin d’éviter qu’elle ne gèle. Cette astuce et un léger redoux des températures permit finalement au match d’avoir lieu.

Pourtant, l’entame de match fut totalement à l’avantage des Anglais qui concrétisaient leur domination par deux essais signés Fred Lohden et Howard Marshall. A la mi-temps, le score était de 7 à 0 en faveur du XV de le Rose. A la reprise, un nouvel essai de Marshall, qui fêtait de la plus belle façon sa première sélection par un doublé, portait l’avance anglaise à 9 à 0.

La réaction galloise vint d’Arthur Gould qui, à la suite d’une magnifique course qui le vit traverser tout le camp anglais, vint aplatir au milieu des poteaux le premier essai des rouges. La transformation de William Bancroft ramenait le score à neuf à cinq en faveur des Anglais mais tout était désormais jouable pour le Pays de Galles. Quelques minutes plus tard, un deuxième essai gallois signé Norman Biggs ramenait même son équipe à deux points des Anglais.

Le festival de Marshall
L’Arms Park se réchauffait et commençait à croire en un improbable exploit mais c’était sans compter sur Marshall qui échappa de nouveau à la défense des rouges pour redonner quatre points d’avance au Quinze de la Rose (11 à 7).

Peu après cet essai, les Gallois perdaient leur centre Conway Rees sur blessure. Les remplacements n’étant pas autorisés, ils finiraient donc le match à quatorze contre quinze.

Un essai de Gould, son deuxième de l’après-midi, ramenait les Gallois une nouvelle fois à deux points des Anglais (9 à 11). Mais il restait peu de temps à jouer et, même si les Gallois campaient dans le camp anglais, on ne voyait pas comment ils pourraient l’emporter.

Dans les toutes dernières minutes du match, le Pays de Galles se vit accorder une pénalité à une trentaine de mètres des poteaux, en coin, pratiquement le long de la ligne de touche. A la stupéfaction générale, l’arrière Bancroft refusa de taper un coup de pied placé pour se rapprocher du but anglais comme le lui suggérait son capitaine Gould. Contrairement à la plupart de ses coéquipiers, dirigeants et supporter, le jeune arrière connaissait le nouveau barème de points instauré par le Board (la pénalité avait été portée à trois points) et savait qu’en passant cette pénalité, il donnerait la victoire à son équipe.

« We won ! »
L’affaire n’était pourtant guère aisée car placé en coin à une trentaine de mètre de poteaux, avec un ballon de l’époque, il lui fallait réussir un coup de maître. Mais le jeune homme était talentueux et il réussit son coup. En voyant le ballon passer entre les perches, il n’y eut pratiquement que Bancroft et le secrétaire de la fédération galloise, WH. Gwynn, pour comprendre que le quinze du Pays de Galles venait de battre l’Angleterre au terme d’une des meilleures parties, l’une des plus haletantes, qu’il ait jamais produit.

Dans les tribunes, on ne comprenait pas grand chose et, dans un premier temps, il n’y eut pas d’explosion de joie. Il fallut que Gwynn s’écria  » we won !  » ( » nous avons gagné « ) pour qu’un murmure s’empare lentement de la foule avant que celle-ci ne laisse éclater sa joie. Le terrain fut envahi et les joueurs portés en triomphe par le public de l’Arms Park.

Un mois plus tard, cette équipe galloise ramenait d’Edimbourg, là où il n’avait jamais mieux fait qu’un match nul (zéro partout en 1885, sa première victoire (9 à 0). Début mars, une nouvelle victoire face à l’Irlande (2 à 0 à Llanelly) clôturait de la plus belle façon cette campagne internationale : les Gallois remportaient leur première Triple Couronne, une chose inimaginable quelques semaines plutôt. Il leur fallut presque dix ans pour rééditer pareil exploit, les années 1900 constituant le premier âge d’or du rugby gallois

Entre temps, Bancroft était devenu la première personnalité du rugby gallois. Son élégance, voir sa coquetterie, lui valut d’ailleurs le surnom affectif de  » Beau Willy « . Rapide, adroit, fin tacticien, c’était aussi l’une des meilleures gâchettes de son temps, sa pénalité victorieuse face aux Anglais n’étant pas la seule qui décida du sort de son équipe.

Bien avant les Jonathan Davies, Barry John, Gareth Edwards, Delme Thomas et bien d’autres, il fut le premier monstre sacré du rugby gallois.

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