SU Agen 1962-1966 : le deuxième souffle

Entre le FC Lourdes de Jean Prat dans les années 1950 et l’AS Béziers de Raoul Barrière dans les années 1970, il y eut le SU Agen de Pierre Lacroix. Maître du rugby français dans les années 1960 avec trois boucliers de Brennus et un challenge du Manoir, les Agenais laissent le souvenir d’un rugby épanoui. Mais un rugby qui commençait toujours devant.

Agen, c’est un « club école », un « fleuron du rugby français ». Pour avoir durement bataillé avec ses compères toulonnais pendant une trentaine d’années contre les Agenais, Daniel Herrero sait de quoi il parle.

« Agen a toujours joué un rugby chiadé et aiguisé »

« Le jeu d’Agen est précis et complet, explique-t-il. Le combat n’est ni déprécié, ni exclusif. L’attaque classique reste une quête permanente et la relance, un atout dangereux. Agen a toujours joué un rugby chiadé et aiguisé ».

Disette
Pourtant, à l’orée des années 1960, les belles années du SU Agen semblent bien loin. Champions de France en 1930, les Agenais s’approchaient encore du Brennus dans les années 1940 mais échouaient par trois fois en finale (1943, 1945 et 1947). Dans les années 1950, Agen confirmait sa position de bastion du rugby français en se qualifiant chaque année pour les phases finales mais il ne remportait aucun titre, pas même un du Manoir. Une première depuis plus de trente ans.

C’est donc avec un solide appétit que les Agenais s’attaquaient aux années 1960, sa décennie glorieuse. Une équipe est alors bâtie autour de son demi-de-mêlée Pierre Lacroix. Accrocheur dans l’âme, c’est un formidable capitaine, à Agen comme en équipe de France. Trapu et robuste, il passait facilement pour un  neuvième avant, rôle qu’il endossait plus facilement en sélection qu’avec Agen.

Devant lui, on façonna un pack que l’on disait de dimension internationale avec les Paladin, Malbet et Lagiewski en première ligne, Fort et Lasserre en deuxième ligne, sans oublier sa troisième ligne composée de Viotto, Sitjar le poète et Zani l’Italien. Derrière, Hicquet fut longtemps le complice de Lacroix à la charnière et maître à jouer d’une ligne de trois-quarts où brillaient Pomies, Razat et Gruppi.

La plus belle finale de l’Après-Guerre
Après une saison 1960-1961 qui les vit échouer dès les 16ème de finale, la saison 1961-1962 permit aux Agenais de reconquérir le Brennus. Ils sortaient tour à tour Vienne, Mazamet, Pau et Dax pour arriver en finale. Mais la demi face à Dax était tendue et heurtée. Et si Agen se qualifiait au bénéfice des essais marqués (le match se terminait sur un score nul de huit partout), il perdait son pilier Lagiewski, suspendu pour avoir donné un coup de pied à un Agenais.

Il était remplacé pour la finale face à Béziers par un jeune treiziste, Clar, qui se familiarisa très vite avec les mœurs quinzistes du moment. « J’ai relevé la première mêlée, se souvient-il, parce que j’ai vu une main enduite de Dolpic s’avancer vers mon visage. » Malgré cette rude entrée en matière, ce furent les Biterrois qui prenaient l’avantage au point de compter un avantage conséquent (11 à 3) peu après la mi-temps.

« Pierre Lacroix a commandé d’ouvrir les vannes »

« Pierre Lacroix a commandé d’ouvrir les vannes, poursuit Clar, et Razat s’en est donné à cœur joie. » Agen se lançait alors dans un rugby audacieux avec son arrière Razat en fer de lance. Il l’emportait 12 à 11 sur le fil et après un dernier essai de l’ailier Méricq très contesté. Le « rugby chiadé » dont parlait Herero avait fait basculer le match. Ce fut une finale exaltante et poignante, témoigne Henri Garcia, la plus belle finale de l’Après-Guerre ».

Le nouveau maître du rugby français
En 1963 et 1964, les hommes de Lacroix ne dépassaient pas les quarts de finale mais s’adjugeaient tout de même un du manoir. En 1964-1965, au terme d’un parcours sans encombre, ils revenaient en finale du championnat où les attendait Brive. Malgré le culot et le panache de leurs jeunes adversaires, les Agenais maîtrisaient et finissaient par l’emporter 15 à 8 grâce à leur pack. Pour Henri Garcia, « le rugby français avait trouvé un nouveau maître ».

Au printemps 1966, comme en 1962, c’est au Stadium de Toulouse qu’ils remettaient leur titre en jeu. Leur adversaire n’était autre que cette équipe de Dax qui leur avait donné tant de fil à retordre lors de la demi-finale 1962. Une nouvelle fois, le match était heurté et on assista à « une honteuse finale  (…) un désolante série de règlements de compte » selon Henri Garcia.

Le palmarès retenait juste qu’Agen conservait don titre 9 à 8 en s’appuyant une nouvelle fois sur ses avants. Dans la foulée de la finale, les Dacquois Bertho et Lasserre ainsi que l’Agenais Lagiewski étaient suspendus à vie avant que la sanction ne soit ramenée à un an.

Les Agenais durent attendre 1976 pour revenir en finale et battre le maître du moment, l’AS Béziers. Entre temps, en 1968, Albert Ferrasse et Guy Basquet, deux Agenais amateurs de chasse et de bonnes bouffes, s’étaient emparés de la fédération.

[sources]
Henri Garcia, « la légende du rugby » ; Daniel Herrero, « Dictionnaire amoureux du rugby » ; Rugby magazine, avril 2010

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2 réflexions sur “SU Agen 1962-1966 : le deuxième souffle

  1. ROLAND dit :

    « …échouaient par trois fois en finale (1943, 1945 et 1947)… »:
    Hop hop hop! Une erreur là-dedans: Si Agen a bien été battu en finale en 1943 et 1947, il a été champion en 1945 contre Lourdes!

    • ROLAND dit :

      Autres erreurs: Ce n’est certainement pas à un agenais que Lagiewski l’agenais avait donné un coup de pied!
      Et enfin: Le score de cette finale Agen-Béziers de 1962 était de 14-11 et non 12-11

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