Ulster 1998-1999 : le rouge est mis

Dans la courte histoire de la Coupe d’Europe, il n’y a eu qu’une seule véritable surprise : la victoire de l’Ulster en 1999. Venue de nulle part, avec un fond de jeu minimaliste mais en étant plutôt vernie, cette équipe a taillé en pièces les plus solides formations françaises. On n’y prêta pas trop attention mais cette victoire annonçait bien le renouveau du rugby irlandais.

« On s’est cassé la gueule devant un peuple poussant son équipe ». Au soir de la finale de H Cup 1999, Fabien Galthié est lucide. Le demi de mêlée de Colomiers vient d’échouer face aux Irlandais de L’Ulster à Dublin. Pourtant au début de la compétition, rien ne présageait du succès irlandais.

Semi-professionnels
Avec l’absence des clubs anglais, la coupe d’Europe semblait promise à un représentant français. Les Celtes, à commencer par les provinces irlandaises, ne seraient que d’aimables concurrents. L’Irlande avait pourtant profondément remodelé son rugby à l’heure du professionnalisme en s’appuyant sur quatre provinces : Connacht, Leinster, Munster et Ulster.

Sur le papier, cette équipe ne faisait pas trop rêver. Tout juste relevait-on les noms de l’ouvreur David Humphreys et de l’arrière Simon Mason dans son XV type. C’était surtout une équipe qui sortait à peine de l’amateurisme dans laquelle seulement huit joueurs étaient professionnels à plein temps. Tous les autres joueurs exerçaient une autre activité professionnelle à temps partiel.

Traquenard
Au terme des deux premières journées de la phase de poule, la cote des Ulstermen, battus à Toulouse et tenu en échec par Edimbourg, était au plus bas. La chance allait pourtant leur ouvrir une voie royale. A la veille de la dernière journée, si l’Ulster était toujours en course pour la qualification à la faveur de trois victoires de rang, on voyait mal comment la première place, synonyme de quart de finale à domicile, pouvait échapper au Stade Toulousain.

Laminés 16 à 118 à Toulouse, les Gallois d’Ebbw Vale tenaient à prendre leur revanche et c’est un traquenard à l’ancienne qui attendait les Toulousains au Pays de Galles. Battus 12 à 19, ils laissaient la première place à l’Ulster qui, de son côté, l’emportait à Edimbourg. Ulstermen et Toulousains se retrouvaient à Belfast en quart de finale et au terme d’un match serré, les Nord-irlandais remportaient la belle (15 à 13).

Montée de fièvre
En demi-finale, c’est le Stade Français de Bernard Laporte, champion de France en titre, qui se dressait sur leur route. Les Parisiens étaient les grands favoris de l’épreuve et peu de monde les voyait échouer, même à Belfast.

« Quand nous sommes sortis des vestiaires, avec tout ce bruit, je savais qu’il n’était plus question de capituler. »

« J’ai lu les journaux pendant la semaine, commenta Simon Mason, et il y avait tellement de choses dites à propos du Stade Français, de leur force, que j’ai pensé que nous allions capituler. Mais quand nous sommes sortis des vestiaires, avec tout ce bruit, je savais qu’il n’était plus question de capituler. Oui, ils étaient très, très forts. Mais l’essai juste après la mi-temps a fait basculer le match en notre faveur. »

David Humphreys se rappelait également très bien de cet essai et de l’ambiance qui s’est emparée de Ravenhill. « Je n’oublierai jamais le bruit du public qui a été phénoménal. J’ai alors dit à l’équipe : « Imaginez ce que ce sera si nous gagnions. Ça vaut le coup de se battre pour ça. » Et nous nous sommes battus, pour chaque centimètre de terrain. » Galvanisés par leur public, les Ulstermen l’emportaient 33 à 26.

« J’ai alors dit à l’équipe : « Imaginez ce que ce sera si nous gagnions. Ça vaut le coup de se battre pour ça. »

La main rouge
A l’approche de la finale, la fièvre née à Ravenhill s’empara de toute l’Irlande. Les billets se sont vendus en quelques heures. Le jour de la finale, 30 000 Nord-irlandais envahissaient les rues de Dublin, arborant fièrement la main rouge symbolique de l’Ulster (1).

« Physiquement, nous sommes en forme mais pour relever le défi, nous devons réaliser une nouvelle prestation historique. »

Les hommes politiques de tous bords (Gerry Adams du Sinn Fein, Mary McAleese, présidente irlandaise, M. Trimble, député nationaliste…) se donnaient rendez-vous à Lansdowne Road. Tony Blair, Premier ministre britannique, se fendit même d’un mot d’encouragement adressé à David Humphreys. « Notre problème va être de garder les pieds sur terre, confessait le capitaine irlandais. Physiquement, nous sommes en forme mais pour relever le défi, nous devons réaliser une nouvelle prestation historique. Nous pouvons le faire. »

Même s’ils n’avaient ni le palmarès ou l’armada des Stades Français et Toulousains, Colomiers se présentaient avec quelques arguments à faire valoir. Entraînés par Jacques Brunel, les Columérins comptaient dans leurs rangs des joueurs comme Marc Dal Maso, Patrick Tabacco, Fabien Galthié, David Skréla ou Jean-Luc Sadourny. C’était surtout une équipe solide et complète qui tutoyait les tous meilleurs dans le championnat de France et qui s’était adjugeait la Conférence européenne en 1998.

Simple et efficace
Les partenaires de Galthié ouvraient le score avant que les Ulstermen prennent les devants grâce à quatre pénalités de Mason. Peu après la reprise, un drop d’Humphreys venant concrétiser une percée du numéro huit Tony Mc Whiter faisait définitivement pencher la finale du côté nord-irlandais. Une quarantaine de minutes plus tard (et deux autres pénalités de Mason), l’Ulster était sacré champion d’Europe (21 à 6) dans une liesse que le vieux stade de Lansdowne Road n’avait plus connu depuis longtemps.

Le lendemain, des milliers de fans envahissaient le centre de Belfast pour accueillir leurs héros. Certains virent dans cette victoire l’annonce d’un renouveau du rugby irlandais qui allait effectivement se concrétiser dans les années 2000 tant au niveau de la sélection nationale que des performances du Munster puis du Leinster en H Cup. Malheureusement pour l’Ulster, son exploit de 1999 fut sans lendemain.

[ Sources ]
The Independent, 11 janvier 1999 ; L’humanité, 30 janvier et 1er février 1999 ; La dépêche du midi, 31 janvier 1999 ; BBC, 29 et 30 janvier 1999 et 1er février 1999.

(1) L’histoire de la main rouge remonte au temps des Milésiens. Le trône d’Ulster était alors vacant et il fut décidé que le nouveau roi serait le prétendant qui toucherait en premier la rive de l’Ulster. Se voyant devancé, l’un d’eux se trancha la main pour la jeter par dessus ses adversaires et gagner la couronne.

Lire aussi :
Ebbw Vale – Toulouse 1998 : Wild Wild Welsh

Publicités
Tagué , ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :