Toulouse-Toulon 1989 : Rugby Paradiso

L’opposition des deux plus grands clubs de la fin des années 1980… Des joueurs de classe à tous les étages… un combat dantesque… un essai fabuleux… La finale du championnat 1989 faisait saliver d’envie tous les amateurs de rugby. Elle est entrée dans la légende.

Avec les remakes, dans 90% des cas, la déception est à la hauteur de l’attente : énorme. Au mieux, la suite parvient à égaler le premier épisode. Et exceptionnellement (Le Parrain 2 vs Le Parrain par exemple), elle le dépasse. Il en va de même avec le rugby au regard de cette finale Toulouse-Toulon 1989, remake de l’édition 1985.

« La force de cette finale pathétique, exaltante, bienfaisante, est d’avoir redonné le pouvoir au jeu et aux champions ».

Cette dernière avait donné lieu à un match serré mais offensif avec un score prolixe pour se conclure au terme de la prolongation sur la victoire des Toulousains (36 à 22). La finale de 1989 dépassa ces sommets de jeu et de plaisir comme on pouvait le lire dans L’équipe : « la force de cette finale pathétique, exaltante, bienfaisante, est d’avoir redonné le pouvoir au jeu et aux champions ».

Une affiche de prestige
Regardons pour commencer par la distribution. Des héros de 1985, il restait 9 Toulousains (Rancoule, Charvet, Rougé-Thomas, Janik, Cigagna, Maset, Cadieu et Portolan) et 8 Toulonnais (Bianchi, Jehl, Carbonnel, Cauvy, Gallion, Champ, Braendlin et Diaz). Sur les bancs, on retrouvait les mêmes entraîneurs avec Daniel Herrero côté RC Toulon et le duo Skréla-Villepreux, désormais assistés de Guy Novés, côté Stade Toulousain. Quant aux nouveaux venus (Trémouille, Tordo, Melville ou Orso pour Toulon, Codorniou, Berty, Cazalbou ou Lairle pour Toulouse), ils n’avaient rien à envier à leurs aînés.

L’affiche était belle. La mise en action n’allait que faire saliver davantage les spectateurs. Première minute, touche sur les quarante mètres toulonnais. Roux dévie mais Tordo relâche la balle dans les mains de Cigagna. Lairle assurait un premier relais suivi par Maset, Cazalbou et re-Lairle qui pointait le premier essai de la partie.  Cueillis à froid, les Toulonnais étaient menés 0 à 6 avec la transformation de Dupuy. Jeff Tordo expliquera pourtant que cet « essai ne trouble pas l’équipe, au contraire, il nous fait rentrer dans le match. »

Si Toulouse se montrait supérieur en mêlée, les Toulonnais prenaient l’ascendant en conquête pour revenir dans la partie. Un drop de Cauvy des 30 mètres suite à une mêlée sur les 22 toulousains le ramenait à 3 à 6. Une pénalité de Charvet à la 11e sanctionnait une brutalité de Tordo et redonnait six points d’avance aux Stadistes. Mais dis minutes plus tard, les Toulonnais avaient comblé leur retard grâce à deux pénalités de Cauvy.

« Un essai de feu et de flamme »
Vint alors la 29e minute et le clou du spectacle. Les Toulousains héritaient d’une pénalité à hauteur de leur 25 mètres et tout le monde s’attendait à ce qu’ils tapent en touche. Tout le monde, sauf les Toulousains qui avaient étudié le replacement des Toulonnais.

« Les Toulonnais virent passer une ombre mais c’est une aveuglante lumière qui embrasa la nuit parisienne. »

Rougé-Thomas feintait de taper en touche mais servait Cigagna qui transmettait à Codorniou. L’ancien Narbonnais fixait son vis-à-vis, libérant un boulevard à Charvet, son compère du centre. Au terme d’une course somptueuse de 80 mètres, il allait aplatir le second essai stadiste, « un essai de feu et de flamme, comme on put le lire dans L’équipe (…)  Les Toulonnais virent passer une ombre mais c’est une aveuglante lumière qui embrasa la nuit parisienne. »

« Je ne sais pas si l’essai de Charvet nous a fait aussi mal qu’on veut bien le dire, expliqua Manu Diaz dans les colonnes de Var main, mais en tout cas il leur a fait du bien ». Les Toulousains viraient en tête à la pause : 15 à 9.

Dignité des vaincus
La seconde période allait être à l’avantage des Toulonnais mais il fallut attendre la 58e minute pour les voir inscrire leurs premiers points sur une pénalité de Bianchi, consécutive à une brutalité toulousaine (12 à15). Ils accentuaient leur domination et le match atteignait des sommets de jeu. Le Stade Toulousain pliait mais ne rompait pas à l’image de ce drop raté de Bianchi (pas très heureux dans ses tentatives) à la 67e. Au contraire, ce sont les Stadistes qui accentuaient leur avance trois minutes plus tard sur une pénalité de Dupuy sanctionnant une irrégularité en touche de Braendlin.

« Attention, Toulon n’est ni triste, ni malheureux. Il est digne et déçu »

Le match était joué (18-12) et c’est un dixième Bouclier de Brennus qui venait orner la vitrine sur Stade Toulousain. Au moment de la remise du trophée, Herrero s’efforçait de rassembler ses troupes accablés sur la pelouse du Parc des Princes, « scène muette, terriblement poignante de ses vaincus qui avaient tant donné, tout donner. »

« Attention, Toulon n’est ni triste, ni malheureux, prévenait quelques minutes plus tard l’entraîneur du RCT. Il est digne et déçu. On ne peut pas être malheureux quand le sport nous donne des rendez-vous comme celui-là. Nous sommes au paroxysme de ce que nous pouvons faire de mieux. »

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