Philippe Dintrans : capitaine abandonné

Il aurait dû être le meilleur talonneur que la France ait connu. Il avait tout pour marquer les années 1980 d’une empreinte profonde. Malheureusement, s’il a surmonté un grave problème physique, Philippe Dintrans n’a pas été plus fort que le pouvoir ferrassien…

Avec son physique trapu, sa gueule carrée et de la rocaille dans sa voix, Philippe Dintrans était aux yeux du grand public l’incarnation limite caricaturale du rugbyman. Pour les spécialistes, également. C’était même, au sens le plus noble, le rugbyman par excellence. Midi Olympique, qui lui décerna son Oscar de l’année en 1982, le présentait comme « le plus volcanique des talonneurs ayant jamais porté le maillot tricolore » (1).

« Je suis un hypernerveux et à l’heure du match, il faut que tout sorte de mes tripes »

Doté d’un dynamisme fou, d’une force de percussion rare, d’un formidable tempérament, sans oublier une habileté balle en main que lui enviaient bien des arrières, Dintrans avait tout du talonneur moderne (2). Il reconnaissait d’ailleurs volontiers ce goût du combat : « Je suis un hypernerveux et à l’heure du match, il faut que tout sorte de mes tripes » (3).

Précocité
Dintrans fait ses débuts en élite lors de la saison 1975-1976. Il a à peine 18 ans. Il ne lui faudra pas plus de trois saisons pour incorporer l’équipe de France. Lors de la tournée de 1979 en Nouvelle-Zélande, il est appelé pour remplacer Alain Paco jusqu’alors considéré comme le talonneur inamovible du XV de France.

« Si je n’avais pas été français, j’aurais aimé être un All Black. Après la Marseillaise, je me délectais du Haka. C’était comme une louche de caviar. J’aurais aimé sauter avec eux à la fin. »

Victorieux à Auckland le 14 juillet, il admirait par-dessus tout ce peuple néo-zélandais. « Si je n’avais pas été français, j’aurais aimé être un All Black. Après la Marseillaise, je me délectais du Haka. C’était comme une louche de caviar. J’aurais aimé sauter avec eux à la fin. » (1)

Pendant cinq ans, il connaît ses plus belles années avec le XV de France. Victorieux du Grand Chelem en 1981, il succède à Jean-Pierre Rives comme capitaine de la sélection en 1984 lors d’une nouvelle tournée en Nouvelle-Zélande. Malgré la défaite, ses qualités ne laissent pas insensibles ses hôtes qui lui décernent le titre de joueur de l’année. Jacques Fouroux, le sélectionneur national, abondait dans leur sens : « dans mon équipe, j’ai deux Philippe, Dintrans et Sella, et ce sont les meilleurs au monde à leurs postes. » (4)

Ferrasseries
Mais en octobre 1985, une hernie discale entraînant une paralysie de la jambe gauche le stoppe net. Les spécialistes lui recommandent d’arrêter le rugby. Sept mois après l’opération, il est pourtant de retour à l’entraînement. Avec humilité, il va tenter de regagner sa place en équipe de France.

« On vient de casser mon jouet (…) Jacques m’a baisé sur l’affectif. J’ai mal perçu alors la puissance du pouvoir agenais. »

Fouroux lui conserve sa confiance et lui fait comprendre qu’il peut récupérer le capitanat pour la coupe du monde. Mais ça ne plaît pas à Albert Ferrasse, le président de la fédération, qui intervient publiquement en faveur d’un de ses Agenais : l’équipe de France partira en Nouvelle-Zélande avec Daniel Dubroca comme capitaine. « On vient de casser mon jouet, reconnut Dintrans. Si on m’avait dit, « je prends Daniel car il est meilleur que toi », je me serais incliné mais tel n’était pas le cas ; Jacques m’a baisé sur l’affectif. J’ai mal perçu alors la puissance du pouvoir agenais. » (4)

La brouille avec Fouroux dura un an avant que Dintrans ne fasse le premier pas à l’occasion d’une soirée chez Castel. Malgré cela, il resta par la suite cantonné à un rôle de remplaçant de luxe en équipe de France. S’il participe à la coupe du monde 1987, c’est du banc de touche qu’il assiste à la finale. Sa dernière sélection en 1990 est un fiasco. A Auch, sur les terres de Jacques Fouroux, il est à la tête de l’équipe de France défaite par la Roumanie.

«J’ai croqué la vie comme un fou. Tous les jours, je m’explosais au stade (…) C’était la défonce complète au jeu, l’explosion totale, sans retenue. »

Deux ans plus tard, il met un terme à sa carrière avec Tarbes (club avec lequel il avait atteint la finale du championnat en 1988). Au regard de ses qualités et de son tempérament, sa carrière semble presque minimaliste. Dintrans n’en tira aucun regret : « J’ai croqué la vie comme un fou. Tous les jours, je m’explosais au stade (…) C’était la défonce complète au jeu, l’explosion totale, sans retenue. Je donnais sans recul et je ne réfléchissais pas. Il ne pouvait rien se passer. » (1)

(1) Midi Olympique, « 50 ans de rugby »
(2) Henri Garcia, « Seigneurs et forçats du rugby »
(3) « 100 ans de rugby en France » : Midi Olympique Editions
(4) Alain Gex, « Jacques Fouroux, entre amis »

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3 réflexions sur “Philippe Dintrans : capitaine abandonné

  1. Serge Carrere dit :

    que de bons souvenirs les annees1980 avec les grands joueurs de l equipe de france et et sans oublie roger couderc

  2. Gillot dit :

    J’ai connu Philippe au Creps de toulouse de 1978 à 1980, nous étions de la m^me promo des P A d’EPS, je jouais Pilier et je l’avais en talonneur, je l’ai vu talonné avec la t^te.
    Surnommé la Tonne, c’est un gars sympa. Cordiaux souvenirs. Christian Gillot

  3. cigalla dit :

    Mon idole dans les années 1980.le meilleur talon du monde de l’époque à mes yeux. Malheureusement la blessure arrive et tout est fini.j’ai moi même connu cet putain de situation et âgé de bientôt cinquante balais je n’ai toujours pas digérer. .

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