« Cheeky » Watson : homme blanc, cœur noir

Rapide, percutant et efficace, Daniel « Cheeky » Watson aurait pu être ailier chez les Springboks à la fin des années 1970. Mais il avait des convictions et croyait que tous les hommes, noirs comme blancs, étaient égaux. Cela faisait désordre dans l’Afrique du Sud de l’Apartheid. Il a donc renoncé à sa carrière et fit entrer la politique sur les terrains de rugby.

L’histoire des Watson s’écrit au conditionnel. Luke Watson aurait du  être champion du monde avec les Springboks en 2007. Capitaine des moins de 19 ans, puis des moins de 21 ans, il avait été élu meilleur joueur du Super 14 en 2006. Au printemps 2007, les deux tiers des internautes de sarugby.com estimaient par sondage qu’il devait  faire partie de la sélection pour la coupe du monde.

Mais Jake White refusa de la prendre jugeant son gabarit (1,84 mètre pour 97 kilos) trop léger pour sa troisième ligne. Pour beaucoup, cette décision n’avait rien de sportif. C’était avant tout un choix politique : on faisait payer à Luke les engagements de son père, « Cheeky », aux côtés des noirs en plein Apartheid.

« Convictus »
Une trentaine d’années plus tôt, Daniel « Cheeky » Watson était un jeune ailier prometteur. On lui reconnaissait volontiers des qualités de  vitesse, de percussion et surtout d’efficacité. En 1976, il se faisait remarquer par les sélectionneurs springboks lors d’un match entre la sélection de l’Eastern Province et les All Blacks. Pressenti pour incorporer la sélection sud-africaine, le jeune homme préféra décliner l’invitation, par conviction.

« Cheeky » Watson était en effet issu d’une famille très croyante du Somerset East dans la province du Cap. Agriculteur et prédicateur laïc, son père Daniel John Watson lui inculqua comme à ses frères que tous les hommes étaient égaux. « La chose qui nous fut le plus profondément inculquée était l’amour du seigneur et de ton prochain, confirme Cheeky Watson. Nous avons appris qu’on ne pouvait rien faire l’un sans l’autre. Alors on nous a appris à ne pas faire attention à la couleur de la peau. »

« J’avais 21 ans. Je n’avais ni femme, ni enfants. A cet âge-là, on ne réfléchit pas trop. »

Plutôt que de revêtir le maillot des Springboks, la « vitrine du gouvernement raciste sud-africain », Cheeky Watson entra donc en rébellion. « J’avais 21 ans. Je n’avais ni femme, ni enfants. A cet âge-là, on ne réfléchit pas trop. »

Au cœur des townships
Toujours en 1976, au plus fort de la répression contre les noirs, il fait la connaissance de Mona Badela, journaliste noir et président de l’Union Rugby Kwazakhele, qui l’invite à mettre ses convictions chrétiennes en pratique en encadrant une équipe noire des Townships. Il rejoint donc le Rose RFC dans le quartier noir de New Brighton à Port Elizabeth. Il y a pour coéquipier Zola Yeye, futur manager des Springboks en 2007. L’opposition de la communauté blanche se fait rapidement sentir.

Le 10 octobre, avec son frère Valence, ils sont les seuls blancs d’une équipe noire qui affronte le South Eastern District sur un terrain du centre-ville, là même où les blancs avaient l’habitude de promener leurs chiens. Les tentatives de dissuasion des autorités locales n’empêchèrent pas la tenue de ce match mais le contexte fut particulièrement tendu. Cheeky et Valence Watson durent rejoindre le terrain caché à l’arrière d’un taxi. Certaines sources avancent même qu’il y avait des véhicules blindés autour du stade.

Menaces
En 1978, la famille Watson franchit un cran dans leur opposition au régime de l’Apartheid en rejoignant l’ANC et le parti communiste sud-africain. Les menaces redoublent. Les Watson sont frappés d’ostracisme. Leurs amis ne viennent plus les voir soit parce qu’ils sont eux aussi menacés, soit parce qu’ils ne partagent pas leurs convictions.

« J’ai dit non et c’est la plus belle chose que j’ai fait dans ma vie »

« Nous avons été arrêtés, interrogés et détenus plusieurs fois, confirme Cheeky Watson. Mes enfants ont été menacés, j’ai été menacé, ma femme Tracey a été menacée. Les pneus de notre voiture ont été crevés. » En 1986, leur maison est brûlée.

Mais Cheeky Watson n’a jamais dérogé à ses convictions, même lorsque Mandela fut libéré et que l’Apartheid fut aboli. Il fut un temps président de l’Eastern Union et milita ardemment pour le respect des quotas au sein des équipes de rugby.

En dépit de tout ce qu’il dut endurer à partir de 1976, il ne regretta jamais sa décision. « Un jour, j’ai dû choisir entre être un Springboks et respecter la morale que je croyais bonne. Je n’ai pas hésité. J’ai dit non et c’est la plus belle chose que j’ai fait dans ma vie ».

Sources :
wikipedia ; 20 minutes (octobre 2007) ; the independent (9 juin 2007 et 29 avril 2009)

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