San Isidro Club : il était une fois la révolution…

Club de nantis autant que de rebelles, joueurs respectueux de la tradition et techniciens novateurs… Le San Isidro Club est un club de contradictions. Retour sur les deux temps forts de l’histoire du plus grand club argentin.

Si l’on dit généralement qu’histoire et géographie sont deux sciences complémentaires, dans le cas du San Isidro Club, elles semblent plutôt contradictoires. Que nous dit la géographie ? Le Stade di SIC, la Zanja (la tranchée), est situé au cœur d’un quartier résidentiel  dans la banlieue huppée de Buenos Aires. Ses tribunes en bois évoquent le charme de l’Angleterre victorienne, renvoyant l’image d’un club bien établi, un club de notables.

Si l’on se penche sur les manuels d’histoire, on apprend d’abord que le SIC est né dans la contestation. On découvre ensuite que c’est un club en recherche permanente d’innovation, une recherche qui transforma le rugby des années 1971 pour au final faire du San Isidro Club, le club plus titré du rugby argentin.

La nuit des Sans-culottes
L’origine du San Isidro Club remonte au milieu des années 1930 lorsque se produit une scission au sein du Club Athletic San Isidro (CASI). Le 14 juillet 1935, les joueurs étaient réunis pour célébrer la révolution. Au cours de la soirée, Jorge « el francès » Conrad renversa son verre de vin. Plutôt que de rester tâché toute la soirée, il décida d’enlever son pantalon, déclarant, paraît-il, « nous sommes tous des Sans-culottes ! ». Plusieurs de ses compagnons l’imitèrent et siégèrent ainsi à table jusqu’au bout de la nuit.

L’hommage choqua les très rigoristes dirigeants du CASI. Dans les jours qui suivirent, les sanctions tombèrent, sévères : de un à deux ans de suspension pour l’irrévérencieuse troupe ! Aucune tentative de conciliation ne parvint à infléchir les dirigeants à plus de clémence.

La rupture était définitive. La « Sans-culottes » décidèrent donc de créer le propre club, le SIC, au sein duquel régnerait un véritable esprit sportif. Le 9 mai 1937, le CASI et le SIC s’affrontaient pour la première fois avec pour enjeu l’honneur d’un quartier, enjeu qui perdure aujourd’hui. Deux ans plus tard, le SIC décrochait son premier titre de champion.

La Bajadita
Quarante ans plus tard, le SIC allait s’installer durablement au sommet du rugby argentin en révolutionnant le jeu avec la fameuse Bajadita. C’est à Francisco « Catamarca » Ocampo que l’on doit l’invention de « ce joug humain qui broie l’adversaire soumis à la pression d’une poussé parfaitement coordonnée », une épreuve de souplesse et de force.

Campo expérimenta la Bajadita en 1967 alors qu’il entraînait le Club Regatas de Bella Vista. Fin connaisseur du jeu et de son histoire, il s’inspirait des All Blacks de 1905-1906 qui présentaient la particularité de jouer à sept en mêlée, dans une configuration 2-3-2, en veillant à conserver le dos droit pour assurer une bonne poussée. Campo y ajouté une assise basse (baja), une flexion synchronisée et une position de pieds inversée pour les piliers.

Il fit évidemment face à la critique et à l’incrédulité. Mais cela n’empêcha pas les dirigeants du San Isidro Club de lui confier l’entraînement de son équipe première en 1969. Campo trouvait dans cette équipe les hommes indispensables à la bonne marche de son projet, avec notamment un excellent pilier droit, Alejandro Rocha Cilley. Il comprit immédiatement qu’il devait se sacrifier en poussant et en faisant pression sur son adversaire pour que les sept autres exercent une poussée coordonnée au moment où le talonneur adverse levait la jambe.

« Aujourd’hui, on a appris que la meilleure attaque de trois-quarts peut se briser sur une grosse mêlée »

Francisco Campo mourut prématurément mais il trouva en Carlos « Vega » Villegas le disciple qui allait propager ses idées. La Bajadita fut rapidement adoptée par l’ensemble du rugby argentin avec des succès divers. En 1974, le pack des Pumas broyait la mêlée française pourtant réputée pour être une des meilleures du monde. « Aujourd’hui, on a appris que la meilleure attaque de trois-quarts peut se briser sur une grosse mêlée » reconnut Jeff Desclaux. Quelques années plus tard, Villegas, aidé de Perrasco, propoageait la Bajadita en France (en apportant quelques adaptations mineures par rapport aux préceptes d’Ocampo).

Mais le SIC des années 1970, ce n’était pas qu’une grosse mêlée. C’était aussi une école de jeu dont les maîtres mots étaient : travail d’équipe, discipline et qualité technique des joueurs. La ligne de trois-quarts, composée entre autres de Cutler, Victorica, Matarazzo, Otaola ou Jurado, n’avait d’ailleurs rien à envier aux avants, inscrivant de nombreux essais pour concrétiser leur domination. De 1970 à 1980, le SIC décrocha huit titres de champions, s’installant au sommet du rugby argentin. Une place qu’il occupe toujours aujourd’hui.

[sources]
– Et l’Argentine légua au rugby sa  » bajadita « … : l’humanité, 16 octobre 1999
the history of the « Bajadita »
– La revolución del SIC : sanisidroclub.com.ar
– Bautismo oficial : sanisidroclub.com.ar
– La década del SIC (1970-1980) : sanisidroclub.com.ar

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