Tournée de 1949 en Argentine : rendez-vous en terre inconnue

Avec cette excursion en Argentine, le XV de France passait pour la 1ère fois l’équateur pour découvrir un autre rugby. En deux mois, il disputa une dizaine de matchs et s’y amusa beaucoup.

Aéroport du Bourget, août 1949. Adolphe Jauréguy est tendu. Il a une peur bleue de l’avion et, avec tous ses partenaires du XV de France, il s’apprête à embarquer dans un quadrimoteur qui doit les emmener pour la première fois en Argentine. Après des escales à Londres et Lisbonne, ils vont rejoindre Dakar, puis survoler l’Atlantique à faible altitude pour atterrir à Rio avant de repartir pour Montevideo et enfin, Buenos Aires.

Le modèle britannique
Pour cette équipe, cette tournée est une inconnue. Jusqu’alors, les tournée au long cours étaient réservées aux trois grandes nations du sud qui, environ tous les dix ans, partaient plusieurs mois en Europe et en Amérique. Les Britanniques, via les Lions, leur rendaient visite à leurs « cousins » de l’hémisphère sud depuis la fin du XIXème siècle.

De l’Argentine et son rugby, les Français ne connaissaient rien ou presque. Les plus curieux auront ouvert quelques livres avant de partir pour apprendre que l’Argentine s’est ouverte très tôt au rugby sous l’influence des Britanniques, et plus particulièrement des Gallois, à la fin du siècle précédent. En 1904, la fédération était fondée et en 1910, une sélection britannique rendait visite aux Argentins à l’occasion des festivités du centenaire. L’influence britannique se faisait encore fortement sentir dans les équipes argentines de la Belle époque où l’on recensait nombre de patronymes anglo-saxons.

« Un rugbyman argentin, c’est un Italien qui parle espagnol et rêve d’être anglais »

Dans l’Entre-deux-guerres, alors que les Argentins recevaient la visite d’une équipe britannique en 1927, puis des Springboks B en 1932, le rugby étendait sa zone d’influence, sortant des beaux quartiers de Buenos Aires pour s’implanter au sein de la meilleure bourgeoisie de Tucuman et Rosario. S’ils restaient soucieux du respect des règles dictées par les Britanniques, à commencer par un respect scrupuleux de l’amateurisme, le rugbyman argentin gagnait dans le même temps en latinité. On ne tarderait pas à le définir ainsi : « un rugbyman argentin, c’est un Italien qui parle espagnol et rêve d’être anglais. »

Balade dans la Pampa
C’est cette société que les Français allaient découvrir en août et septembre 1949. Pour tous ces jeunes gens qui sortaient des années de privation liées à la guerre et au rationnement qui perdura dans les années qui suivirent, le souvenir qui resta de cette aventure pionnière, c’est d’abord celui de ces steaks monstrueux dégustés lors des traditionnels asados. Pour le reste, la tournée fut d’un grand classicisme avec dégradation des chambres d’hôtel et galanterie extrême vis-à-vis de la gente féminine.

D’un point de vue sportif, elle n’a rien de mémorable. Après un Tournoi où l’on pressentait l’amorce d’un déclin de cette équipe, elle représentait l’occasion idéale de remettre le XV de France à flot. Mais René Crabos, le responsable de cette équipe, fut très conservateur dans ses choix, ne convoquant que quatre nouveaux joueurs : Aristouy, Lacramp, Desclaux et Geneste. Cette attitude était d’autant plus étonnante que le comité de sélection avait émis l’idée avant la tournée de secouer ses « sénateurs ».

Le XV de France enregistra dix victoires. Les joueurs furent tout de même surpris par la résistance des Pumas lors des deux tests (courtes victoires françaises 5 à 0, puis 12 à 3).

Néanmoins, cette tournée ne fut pas sans conséquence dans l’histoire du XV de France. La deuxième ligne Soro-Moga qui joua tous les matchs en Argentine, fut ainsi écartée du Tournoi suivant en raison d’un incident avec Guy Basquet chez les Gauchos. Exclus des réceptions officielles, la « bande à Soro » prit la mauvaise habitude de régler ses notes de bar en imitant la signature de Jauréguy. Pour certains d’entre eux, la note finale s’est réglée au retour.

Sources :

  • « XV de France : la grande aventure » : L’équipe, 2006
  • Henri Garcia, « La légende du rugby » : Liber, 1997
  • Jean-Pierre Bodis, « Le rugby : de l’esprit de clocher à la coupe du monde » : Privat, 1999
Publicités
Tagué , , ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :