Tim Horan : le centre était presque parfait

En 1989, il donnait la leçon à maître Sella. En 1999, il renvoyait à leurs devoirs tous les apprentis centres de la planète. Entre les deux ? La classe !

Parfois, un surnom suffit à résumer une personnalité. Dans le cas de Tim Horan, ils ne servent qu’à pointer une caractéristique physique et ses goûts alimentaires. Ses partenaires l’ont en effet affublé de deux surnoms. Le premier, « Helmet », ne fait que décrire sa coupe de cheveux qui restait en place en toute circonstance. Le second, « Truckie », lui fut décerné en raison de son goût pour ce que les Australiens appellent le Truckie’s Breakfast, un petit déjeuner copieux comprenant des œufs, du bacon et de la charcuterie.

« Il s’est marié jeune, à 23 ans. Il a trois enfants. Il travaille et s’entraîne beaucoup »

Alors comment cerner le personnage ? L’homme est présenté comme modeste, silencieux même, voire distant en dehors du terrain. Une fois sur le pré, c’était par contre un leader par l’exemple. Certains ont dit de lui que « rien ne semblait le bouleverser »,que c’était « une machine sportive ». Une sorte de G.I. en somme. Finalement, c’est sans doute Peter Fistzimons, l’un de ses coéquipiers chez les Wallabies, qui résumait le mieux sa personnalité en 1999 : « Il s’est marié jeune, à 23 ans. Il a trois enfants. Il travaille et s’entraîne beaucoup ». Un plan sans accroc.

Prototype
Tim Horan est arrivé très tôt sur le circuit international. En 1989, alors qu’il n’a que 19 ans et qu’il n’est pas encore titulaire avec sa province du Queensland, il est appelé chez les Wallabies par Bob Dwyer pour affronter la Nouvelle-Zélande. A l’automne, il est rejoint en sélection par son ami d’enfance, Jason Little, pour la tournée en France. Les deux centres mettront au supplice leurs vis-à-vis, Sella et Mesnel ! Au terme de cette tournée, dans une soirée bien arrosée, les deux jeunes hommes se seraient juré de ne jamais passer à XIII.

Cela fera le bonheur des Wallabies et révolutionnera le jeu des centres pour les quinzistes. Le physique compact d’Horan aurait certainement fait un malheur chez les treizistes. « Tim, c’est un treiziste qui joue à quinze, témoigne Abdel Benazzi (14 centimètres et 14 kilos de plus qu’Horan). Il est vraiment dur. Il a des appuis d’enfer. Je me souviens d’un match avec les Barbarians français. Il prend l’intérieur, je veux l’arrêter : fracture du métacarpe ! Durant la coupe du monde, j’ai pris une fois Tim, et il a encore fait deux mètres avant que je le culbute.

« A le voir affoler les défenses adverses, on se dit qu’avant même de trouver la faille dans le premier rideau il a déjà repéré par où il s’échapperait plus loin vers l’en-but »

C’est donc à quinze qu’il fit école. Mais Horan n’avait rien d’un bourrin comme on a pu en croiser quelques uns au tournant du XXIème siècle. « Car ce trois-quarts a certes des jambes d’un wallaby, écrivait un journaliste de Libération au lendemain de la coupe du monde 1999, mais le plus spectaculaire chez lui reste sa vision du jeu. A le voir affoler les défenses adverses, on se dit qu’avant même de trouver la faille dans le premier rideau il a déjà repéré par où il s’échapperait plus loin vers l’en-but. »

Come-back
Sa carrière fut énorme. En 1991, à seulement 21 ans, il devenait champion du monde en Angleterre. L’année suivante, il remportait le Super 6 (une compétition qui annonçait le futur Super 12) avec le Queensland et s’illustrait sous le maillot des Wallabies face aux Boks en prenant le dessus sur Danie Gerber, autre fameux centre des années 1980-1990.

Gravement blessé au genou en 1994, il revient juste à temps pour disputer la coupe du monde 1995. Mais il n’est que l’ombre de lui-même. Rien à voir avec l’édition suivante qu’il remporte pour la seconde fois. Cette fois, on ne voit que lui. Au premier tour, contre la Roumanie, il marque l’essai le plus rapide de l’épreuve (92 secondes) et touche 10 000 livres pour cela.  Contre l’Irlande, il est ensuite élu une première fois Homme du match.

« Il a été le joueur le plus constant tout au long du tournoi et ses performances en demi-finale contre l’Afrique du Sud et en finale contre la France étaient superbes. Tim est vraiment l’un des plus grands joueurs de tous les temps »

Les Wallabies craignirent le pire au moment d’affronter les Boks en demi-finale lorsqu’Horan resta au lit deux jours durant, incapable de s’alimenter. A quelques heures du coup d’envoi, il annonça à Rod McQueen, son sélectionneur, qu’il pouvait compter sur lui. Avant de laisser sa place au bout de la 74e minute, il fut extraordinaire, transperçant souvent la défense sud-africaine et se jouant de son chien de garde, André Venter. Il est de nouveau élu homme du match. Une semaine plus tard, au lendemain du sacre des Wallabies, il fut logiquement élu meilleur joueur de la compétition. Gareth Edwards, qui présidait la commission qui lui remit ce prix, lui rendit hommage : « Il a été le joueur le plus constant tout au long du tournoi et ses performances en demi-finale contre l’Afrique du Sud et en finale contre la France étaient superbes. Tim est vraiment l’un des plus grands joueurs de tous les temps. »

Il n’avait pas encore 30 ans et espérait encore jouer quelques années au plus haut niveau. Il ne durera que quelques mois. L’été suivant, il honorait sa 80e et dernière sélection contre les Blacks. Dans la foulée, il signait pour les Saracens mais il n’y fit qu’un passage éclair. Le « G.I. » ne pouvait se résoudre au déclin et il préféra raccrocher. « Parfois, on voit de grands joueurs assis sur le banc à la fin de leur carrière. Je préférais m’arrêter un an trop tôt plutôt qu’un an trop tard. »

POUR ALLER PLUS LOIN
La fiche wikipedia de Tim Horan

SOURCES :

  • Horan, le centre du monde  : l’humanité, 06 novembre 1999
  • Horan named top World Cup player : bbc, 07 novembre 1999
  • Saracens win race to sign Horan : the independent, 17 mai 2000
  • Jean-Pierre Lacour, « Les grands du rugby » : Reader’s digest, 2000
  • Tim Horan, « La Coupe d’Europe est une compétition fantastique » : lequipe.fr, 12 octobre 2000
  • Tim Horan, profile : planet-rugby.com
  • « Horan named player of tournament » : sports illustrated, novembre 1999
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