George Nepia : le kid de Wairoa

Révélé à 19 ans, Nepia est considéré comme la « 1ère superstar du rugby néo-zélandais » (1). Mais en raison de la politique autant que des blessures ou de mauvais choix, sa carrière n’a pas été à la hauteur de son talent. Interview carrière avec l’au-delà.

Commençons par le début. Vous êtes né à Wairoa le 25 avril 1905…
George Nepia – (il coupe) Vous êtes sûr ? Il me semble que c’est plutôt 1908 (1)

D’après votre état civil, c’est bien 1905. Parlez-nous un peu de votre enfance et de votre famille.
George Nepia – Peu de temps après ma naissance, mes parents se sont séparés. Je suis parti vivre quelques années chez ma grand-mère maternelle. Mais elle était trop vieille et ne pouvait plus s’occuper de moi. Alors je suis retourné chez mon père et ma belle-mère. C’était un foyer très agréable.

C’est votre père qui vous a initié au rugby ?

George Nepia – Oui, en partie. C’était un bon joueur de rugby et il a joué un grand rôle dans ma formation de rugbyman. Il m’a surtout beaucoup appris dans ma vie d’homme et je dois reconnaître que mon comportement ne fut pas toujours à la hauteur de son enseignement.

« J’ai préféré suivre mes copains au collège maori agricole de Hastings. Mon père ne me pardonna pas »

Pourquoi dites-vous cela ?
George Nepia – Eh bien, quand j’ai fini mes études primaires, j’ai voulu aller au Te Aute Collège d’Hawke’s Bay. Mon père était enchanté par cette idée mais il n’avait pas assez d’argent pour payer la scolarité. Alors, il a avancé de l’argent pour l’inscription et il m’a demandé de chercher des petits boulots pour trouver le complément d’argent. J’ai donc travaillé dans une ferme et sur les chemins de fer. Mais au moment de rejoindre le Te Aute College, j’ai préféré suivre mes copains au collège maori agricole de Hastings. Mon père ne me pardonna pas surtout qu’il n’a pas pu récupérer l’argent qu’il avait avancé pour l’inscription.

Vous regrettez ce choix ?
George Nepia – On regrette toujours de décevoir ses parents. En même temps, ce choix fut certainement décisif dans ma carrière de rygbyman. J’ai en effet rencontré à Hastings un enseignant américain, Erwin Moser. Il est devenu mon mentor et m’a beaucoup aidé à m’améliorer. C’est lui notamment qui m’a appris à taper au pied dans le ballon.

Y a-t-il d’autres personnes qui vous ont impressionné ou qui ont compté dans votre apprentissage de joueur ?
George Nepia – Je me rappelle d’un arrière sud-africain, Gerhard Morkel. Je l’ai vu joué à Napier lors de la première tournée des Springboks en Nouvelle-Zélande et je dois dire qu’il m’avait plutôt impressionné.

C’est à cause de lui que vous vous êtes positionné à l’arrière ?
George Nepia – Non, c’est un concours de circonstances. Lorsque j’ai intégré l’équipe d’Hawkes Bay, on m’a mis à l’aile, avant de me replacer rapidement au centre. C’est lors du Te Mori Rose Bowl de 1924 que j’ai joué pour la première fois à l’arrière afin de laisser ma place au centre au neveu de l’entraîneur. J’ai écouté les conseils de mon cousin Walter McGregor et ça s’est plutôt bien passé puisque j’ai marqué deux essais et que j’ai gagné ma place pour la tournée des All Blacks en Europe.

« La fédération a affirmé que je n’étais pas disponible pour une si longue tournée. C’est faux. »

Quels souvenirs gardez-vous de cette tournée ?
George Nepia – Que des bons souvenirs, bien sûr. J’ai joué tous les matchs de la tournée et on les a tous gagné. Que voulez-vous de plus ?

Peut-être marquer davantage ?
George Nepia – C’est vrai que je ne marquais pas beaucoup mais tout le monde reconnaissait mon influence sur le jeu (2). J’avais un bon coup de pied de dégagement mais je n’étais pas un grand buteur. Lors de cette tournée, je n’étais d’ailleurs que le suppléant de Mark Nicholls pour les tentatives de but. Je crois aussi que le gens reconnaissait la qualité de ma défense. On m’a rarement pris en défaut dans les un contre un.

Tout semblait aller pour le mieux et pourtant on ne vous a pas revu sous le maillot des Blacks avant 1929. Que s’est-il passé ?
George Nepia – Il y a d’abord eu mon éviction de la sélection maorie qui est partie en Europe et au Canada en 1926 et 1927. Je venais de me marier à Kohere Huinga et, grâce à mes beaux-parents, nous nous sommes installés dans une ferme à Rangitukia. J’y travaillais assidûment pour en faire un domaine rentable et la fédération a affirmé que pour cette raison, je n’étais pas disponible pour une si longue tournée. C’est faux. J’étais encore très jeune et après ce que j’avais connu avec les Blacks, j’étais prêt à repartir pour l’Europe.

Ensuite, quand je suis revenu chez les All Blacks en 1929 contre l’Australie, je me suis blessé au dos. Par contre, l’année suivante, j’ai joué tous les matchs de la série gagnée contre les Iles britanniques. Et puis, il ne faut pas oublier que la sélection nationale ne jouait pas beaucoup de matchs à cette époque.

« On m’offrait 500 livres pour signer en Angleterre. C’était tentant et je me suis laissé tenter »

C’est cette raison qui vous a incité à passer à XIII en 1936 ?
George Nepia – Non, ça n’a rien à voir. J’étais parti en tournée en Australie avec les Maoris dont j’étais le capitaine en 1935. C’est là qu’on m’a fait des propositions pour passer à XIII. Nous étions en pleine récession et je n’y arrivais plus avec ma ferme. On m’offrait 500 livres pour signer en Angleterre à Streaham. C’était tentant et je me suis laissé tenter.
Mais ça a été une erreur. Ma famille (3) me manquait trop. Je suis passé par deux autres clubs, Mitcham RFC et Halifax RLFC, puis je suis revenu en Nouvelle-Zélande. Ce passage à XIII me laisse néanmoins un très bon souvenir puisque, peu de temps après mon retour au pays, j’ai été sélectionné avec l’équipe nationale, les kiwis, pour affronter les Australiens, les Kangooroos. Ça a été un match extraordinaire. On était mené 6 à 15 à la mi-temps mais on a gagné 16 à 15.

Après la guerre, vous avez rejoué à XV. Cela n’a pas posé de problème auprès des instances fédérales ?
George Nepia – Non, car ce sont ces instances qui ont promulguées une amnistie des treizistes pour contrer le développement du XIII. J’en ai profité comme plein d’autres joueurs. C’est comme cela qu’après avoir été l’un des plus jeunes joueurs à porter le maillot des All Blacks, je suis devenu à quarante ans le plus vieux joueur à disputer un match de haut niveau. En plus, à l’occasion d’un match entre mon club des Olympians et Poverty Bay, j’ai joué contre mon fils aîné, George. Il est mort sept ans plus tard en Indonésie.

Pour terminer, vous avez enregistré un disque, « Under the maori moon ». Pouvez-vous nous le fredonner ?
Non, ça, c’était pour égayer les troisièmes mi-temps avec mes coéquipiers (sourire). Mais si quelqu’un a gardé un exemplaire de ce disque, je suis preneur.

(1) Philippa Mein Smith (historienne du rugby)
(2) Les commentateurs européens le considérèrent alors comme le meilleur arrière du monde. Dans son « Almanach du rugby », John Wisden en fit l’un des cinq meilleurs joueurs de l’année.
(3) Il avait quatre enfants, trois fils et une fille

SOURCES :
Fiches wikipedia (en), scrum et allblacks.com

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