Nouvelle-Zélande-Australie 2000 : australian beauty

Moins d’un an après le sacre australien en coupe du monde et le crash néo-zélandais face à la France, Wallabies et All Blacks se retrouvent pour une double confrontation assez hallucinante en termes de jeu et de suspense.

Ce Nouvelle-Zélande – Australie pourrait se résumer à l’histoire d’un homme seul, John Eales. Planté à une trentaine de mètres sur la gauche des poteaux néo-zélandais, il s’apprête à tenter la pénalité qui offrirait non seulement le match et la Bledisloe Cup aux Wallabies mais les remettraient en selle pour une première victoire dans les Tri-nations. « J’étais assez serein quand John Eales s’est élancé, confia Rod McQueen, l’entraîneur des Wallabies. C’est un type assez cool. Avant un match aussi important, il n’est jamais énervé. Il veut juste sortir des vestiaires et aller jouer. »

Showtime
Du jeu, il y en eut beaucoup lors du match aller à Sydney. Les 109 874 spectateurs présents au Stade Olympique (nouveau record d’affluence pour un match de rugby) eurent en effet droit au « match le plus étonnant jamais joué au niveau international » selon le New Zealand Herald.

Les Wallabies abordent cette édition 2000 des Tri-Nations avec un titre de champion du monde et, après leur succès contre les Springboks la semaine précédent pour l’ouverture de la compétition (44-23), un capital de dix victoires de suite. Les Blacks sont beaucoup moins confiants. Encore sous le coup de la défaite contre la France en demi-finale de la Coupe du monde, Wayne Smith a repris une équipe convalescente.

« Je doute qu’il y ait jamais eu de meilleur ou de plus remarquable match de rugby dans l’histoire »

Ce sont pourtant les All Blacks qui enflamment le match. Il n’y a pas deux minutes de jouer qu’Umaga a déjà franchi la ligne d’en-but des Wallabies. Il n’y en pas dix qu’Alatini et Cullen l’ont imité. Avec les transformations de Mehrtens, plus une pénalité, le score grimpe incroyablement à 24-0. Là où n’importe qui aurait été assommée par une telle entame, les Wallabies vont revenir au score avant la mi-temps. Mortlock par deux fois, Latham et Roff inscrivent quatre essais. Mortlock en transforme deux et les deux équipes retournent au vestiaire sur un score de parité : 24-24

La seconde mi-temps fut tout aussi intense. Une nouvelle pénalité de Mortlock donne pour la première fois du match l’avantage aux Australiens (27-24). Il ne le garde que trois minutes avant que Marshall n’inscrive le quatrième essai néo-zélandais du match. Mehrtens le transforme avant d’ajouter une pénalité, donnant sept points d’avance aux Blacks (34-27). Mortlock permet aux Wallabies de recoller à 30-34. A la 73e, le talonneur australien Jeremy Paul marque un essai que l’on croit décisif (35-34). Mais c’était sans compter sur Lomu qui a deux minutes de la fin inscrit un essai spectaculaire qui donne la victoire aux Blacks (39-35). « Je doute qu’il y ait jamais eu de meilleur ou de plus remarquable match de rugby dans l’histoire » reconnut John Eales.

La pression du résultat
Pourtant, quand les deux équipes se retrouvent un mois plus tard, les Blacks ne sont pas plus confiants. Ils ont battu puis perdu face aux Boks mais avec neuf points, ils sont bien en course pour le titre. Ils enregistrent aussi le retour de Josh Kronfeld en 3e ligne.

Dans sa préparation du match, Wayne Smith a d’ailleurs mis l’accent sur les fondamentaux à commencer par la défense pour faire face aux incessantes vagues d’attaque des Australiens. Surtout, il ne veut pas entendre parler des trophées en jeu dans ce match. « Nous avons bien joué cette année parce que nous n’avons pas pensé à la pression du résultat. » Les Néo-Zélandais se rassurent en rappelant que les Wallabies n’ont gagné qu’une seule fois lors de leurs huit derniers matchs en Nouvelle-Zélande.

« Nous avons bien joué cette année parce que nous n’avons pas pensé à la pression du résultat »

Mais toujours aussi sûrs de leur jeu, les partenaires de John Eales n’en ont que faire et entament le match de la meilleure des façons. Mortlock prend le dessus sur Umaga pour marquer le premier essai du match, essai qu’il transforme pour donne l’avantage aux Wallabies (7-0). A la 15e, John Eales gagne une balle sur une touche néo-zélandaise. Larkham décide de sauter pour Roff qui écarte Ieremia d’un raffut avant d’aplatir (12-0).

Quand quelques minutes plus tard, sur une action initiée par Umaga, relayée par Cullen, Cullen permet aux Blacks de recoller à 7-12, on espère revivre les mêmes émotions qu’au match aller.  L’espoir d’un remake se confirme rapidement quand Cullen marque entre les poteaux pour donner un premier avantage aux siens (14-12). Douze nouveaux points furent inscrits avant la mi-temps par Mehrtens et Mortlock (deux pénalités chacun) portant la marque à 20-18 au repos en faveur des All Blacks.

Temps additionnel
La seconde mi-temps fut malheureusement longtemps plus insipide, les défenses prenant le dessus sur les attaques. Seules deux nouvelles pénalités de Mehrtens et Mortlock faisaient grimper la marque à 23-21 pour les Blacks. On en était là lorsque les 80 minutes réglementaires furent écoulées.

Fébriles, les partenaires de Todd Blackadder n’attendaient qu’une chose : que Jonathan Kaplan, l’arbitre sud africain, renvoient les deux équipes au vestiaire. Ils durent attendre six bonnes minutes supplémentaires. Six minutes au cours desquelles le plan de jeu établis par Rod McQueen allait trouver un heureux dénouement. Avant le match, le staff australien avait en effet ciblé la touche comme le point faible des All Blacks.

Pendant toute la partie, les Wallabies ont donc mis la pression sur leurs adversaires dans cette phase de jeu. Plutôt solides sur les premières touches, les All Blacks cédaient une première fois au quart d’heure de jeu lorsque John Eales leur chaparda le ballon qui devait aboutir à l’essai de Joe Roff. Avec des sauteurs comme Eales, Connors, Giffin et Williams, les Wallabies accentuèrent leur emprise au fil des minutes et tout au long de la seconde période, leurs deux dernières pénalités étant le résultat de cette domination.

« Je sentais que l’on perdait du temps sur les touches, que les All Blacks ne jouaient pas vraiment le jeu »

Todd Blackadder, le capitaine black, était bien conscient des limites de l’alignement néo-zélandais. Une fois les arrêts de jeu entamés, à chaque ballon sorti, il n’espérait d’ailleurs qu’une chose, que Jonathan Kaplan siffle la fin du match. Le Sud-Africain restant sourd à ses supplications, il faisait alors traîner la remise en jeu, réunissant ses partenaires autour de lui, espérant perturber les sauteurs australiens par une improbable annonce de dernière minute. Rien y fait et par deux fois, les Blacks furent contrés dans ce secteur de jeu.

C’est le deuxième contre qui amena la pénalité décisive. On avait dépassé depuis cinq bonnes minutes, six minutes et neuf secondes pour être précis selon le comptage du New Zealand Herald. La presse pouvait étaler les faits, la foule pouvait pester contre ce maudit arbitre sud-africain, Kaplan était sûr de son fait : « Il y a trois explications sur la durée des arrêts de jeu, se justifiait-il. La première tient aux blessures : il y en a eu trois ou quatre en seconde mi-temps. La deuxième est liée aux remplacements. La troisième est la perte de temps lors des touches où je sentais que les Néo-Zélandais ne jouaient pas vraiment le jeu. »

« Je crois que c’est Jeremy Paul qui m’a dit que Stirling n’en pouvait plus et que c’était à moi d’y aller »

Il poursuivait : « Si vous ne comptez que le temps des blessures, j’ai compté six minutes mais je n’en ai fait jouer que cinq et demi. Je n’ai donc pas de problème avec le temps ». C’est donc à ce moment de la partie que l’on vit les deux mètres de John Eales s’approcher du ballon à la place du buteur habituel, Stirling Mortlock. « Je crois que c’est Jeremy Paul qui m’a dit que Stirling n’en pouvait plus et que c’était à moi d’y aller » se rappelait-il. « Confiant au moment de buter » comme il l’avoua après le match, il ne ratait pas la cible. Les Wallabies s’imposaient et conserver la Bledisloe Cup.

Alors que l’arbitre sortait sous les jets de canettes du public de Wellington, Wayne Smith était abattu : je suis vidé. Nous avons eu notre chance mais nous n’avons pas su conclure. Ils ne sont pas champions du monde pour rien. » La semaine suivante, ses Blacks tombaient en Afrique du Sud (40-46), là-même où les Wallabies virent s’imposer fin août (19-18) remportant ainsi sur le fil leur premier Tri-Nations.

« Dans les années à venir, ce serait agréable d’être dans un bar et de dire à quelqu’un : j’ai contribué à cela »

Pour beaucoup, sans être toujours éblouissante, cette équipe australienne était une implacable mécanique et vraisemblablement la meilleure sélection qu’ait connue l’Australie. Rod McQueen refusait d’entrer dans le jeu des comparaisons. Il reconnaissait simplement qu’ « il y a quelque chose dans cette équipe. Un match n’est jamais fini. Ces résultats sont assez typiques du caractère de mon équipe ». Du bout des lèvres, il admettait aussi vouloir laisser une trace dans l’histoire du rugby australien : « C’est agréable d’entendre ces compliments et dans les années à venir, ce serait agréable d’être dans un bar et de dire à quelqu’un : j’ai contribué à cela. »

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