Morne du Plessis : bok atomique

PORTRAIT | Un pedigree de champion, d’insolentes prédispositions physiques et une réussite exemplaire : Morne du Plessis a tout du gars énervant. Ses prises de position et ses actes contre les principes de l’Apartheid le rendent avant tout respectable.

Si l’on cherche un destin pour illustrer l’expression « les chiens ne font pas des chats », il faut assurément se tourner vers Morne Du Plessis. Il naît le 21 octobre 1949 à Krugersdorp, quelques mois après que son père, Felix, ait mené les Springboks à leur plus retentissante victoire sur les All Blacks (quatre tests à zéro).

Dans sa famille, des descendants de Huguenots, tout le monde fait du sport, le plus souvent à haut niveau et avec un sens du leadership affirmé : sa mère, Pat, fut ainsi la capitaine de l’équipe nationale de hockey ; son oncle, Horace Smerthurst, fut quand à lui capitaine de l’équipe nationale de football.

Un sportif accompli
Avec un tel pedigree, on ne s’étonnera donc pas que, dans sa jeunesse, Morne du Plessis excella dans plusieurs disciplines sportives. Il se distingua en natation, en tennis, n’était pas mauvais en athlétisme et fut capitaine de la sélection scolaire de cricket (1).

Il pratiqua évidemment le rugby très tôt mais ce n’est qu’une fois à Stellebosch qu’il en fit sa discipline de prédilection. Formé par Danie Craven, il joua d’abord dans les lignes arrières avant de se fixer devant, parfois en deuxième ligne, le plus souvent au centre de la troisième.

« Cette façon déliée qu’il avait de distiller le ballon reste sans pareil »

En rugby comme dans tous les autres sports qu’il pratiqua, Morne du Plessis excella. Celui que l’on allait surnommer le « Maso des avants » débordait d’activités sur le terrain, baladant sa « silhouette de basketteur », « une allure empreinte de noblesse » selon les mots de Richard Escot et Jacques Rivière. Ils ajoutent : « cette façon déliée qu’il avait de distiller le ballon reste sans pareil ».

Un petit accroc
Pendant une dizaine d’années, il allait briller sur la scène internationale avec le maillot des Springboks qu’il ne revêtit que 22 fois, la politique de l’Apartheid commençant à mettre les Sud-Africains à la marge du sport mondial. Il connaît ainsi sa première sélection en 1971 à l’occasion d’une tournée houleuse en Australie (voir 1971 : la rétro).

Il dut attendre trois ans avant de retrouver la sélection pour affronter les Lions de Gareth Edwards considérés à l’époque comme le plus belle équipe jamais vue sur une terrain de rugby. Cette tournée fut pratiquement le seul accroc dans son parcours. Titulaire lors des deux premiers tests, il est écarté pour les deux derniers. Mais cette éviction tint moins à une remise en cause de son talent qu’à la panique qui s’empara des sélectionneurs face à l’impuissance des Boks face aux Britanniques (33 joueurs furent essayés lors des quatre tests).

Capitaine de père en fils
Il revient dès la fin de l’année pour une tournée en France. En 1975, il est nommé capitaine des Springboks pour la réception des Français. C’est la première fois (et la seule) dans l’histoire des Boks qu’un père et son fils ont le privilège de commander la sélection nationale.

Comme son père, il emmène les Boks au combat face aux Blacks l’année suivante, « a very, very, very physical serie » comme il le reconnaîtra. S’il ne parvint à établir un carton plein comme son père, il remporta une belle victoire face aux meilleurs ennemis des Sud-Africains, les All Blacks repartant vaincus trois tests à un.

Pour meubler le calendrier, la Sarfu organise en 1977 un match contre une sélection mondiale (45-24). C’est la dernière sortie des Boks de Morne Du Plessis avant trois ans. Il faut en effet attendre 1980 pour que des adversaires oublient l’Apartheid et leur rendent visite. Ce furent d’abord les Lions britanniques contre lesquels ils prirent leur revanche (trois tests à un). Il remporte une dernière victoire contre la France (en cinq matchs contre le XV de France, il fut vainqueur à quatre reprises).

Exemplaire
Son bilan à la tête des Springboks est impressionnant : en 22 sélections, il l’emporta 18 fois ; en quinze capitanat, il ne connut que deux défaites.

Du Plessis n’a depuis pas quitter le milieu du rugby. On le retrouve en 1995 comme manager des Springboks champions du monde. Dans la coulisse, il joua un rôle important d’abord en s’efforçant d’aplanir les rivalités entre provinces pour optimiser la préparation de la sélection, ensuite pour réconcilier l’ensemble de l’Afrique du Sud autour des Boks.

Certains lui attribuent le slogan « Une équipe, un pays ». C’est notamment lui qui, avant la Coupe du monde, organisa la tournée « A la rencontre du pays » à travers tout le pays. Lorsque les Boks passaient dans les townships, il répétait aux joueurs : « les joueurs de demain sont ici ». Car, contrairement à ce que laisserait penser son parcours et son attachement aux Springboks, Morne Du Plessis s’opposa régulièrement à l’Apartheid. S’il laisse le souvenir d’un très grand joueur, son nom reste surtout synonyme d’ouverture d’esprit et de grandeur d’âme.

(1) Plus tard, alors qu’il pratiquait le rugby, Du Plessis jouait toujours au cricket avec la Western Province.

SOURCES
« Morne Du Plessis : a true leader » : southafrica.info
Richard Escot et Jacques Rivière, « Les stars du rugby » :
Jacques Lacour, « Les grands du rugby » : sélection du Reader’s digest, 2001

Un pedigree de champion, d’insolentes prédispositions physiques et une réussite exemplaire : Morne du Plessis a tout du gars énervant. Ses prises de position et ses actes contre les principes de l’Apartheid le rendent avant tout respectable.

Si l’on cherche un destin pour illustrer l’expression « les chiens ne font pas des chats », il faut assurément se tourner vers Morne Du Plessis. Il naît le 21 octobre 1949 à Krugersdorp, quelques mois après que son père, Felix, ait mené les Springboks à leur plus retentissante victoire sur les All Blacks (quatre tests à zéro).

Dans sa famille, des descendants de Huguenots, tout le monde fait du sport, le plus souvent à haut niveau et avec un sens du leadership affirmé : sa mère, Pat, fut ainsi la capitaine de l’équipe nationale de hockey ; son oncle, Horace Smerthurst, fut quand à lui capitaine de l’équipe nationale de football.

Un sportif accompli

Avec un tel pedigree, on ne s’étonnera donc pas que, dans sa jeunesse, Morne du Plessis excella dans plusieurs disciplines sportives. Il se distingua en natation, en tennis, n’était pas mauvais en athlétisme et fut capitaine de la sélection scolaire de cricket (1).

Il pratiqua évidemment le rugby très tôt mais ce n’est qu’une fois à Stellebosch qu’il en fit sa discipline de prédilection. Formé par Danie Craven, il joua d’abord dans les lignes arrières avant de se fixer devant, parfois en deuxième ligne, le plus souvent au centre de la troisième.

« Cette façon déliée qu’il avait de distiller le ballon reste sans pareil »

En rugby comme dans tous les autres sports qu’il pratiqua, Morne du Plessis excella. Celui que l’on allait surnommer le « Maso des avants » débordait d’activités sur le terrain, baladant sa « silhouette de basketteur », « une allure empreinte de noblesse » selon les mots de Richard Escot et Jacques Rivière. Ils ajoutent : « cette façon déliée qu’il avait de distiller le ballon reste sans pareil ».

Un petit accroc

Pendant une dizaine d’années, il allait briller sur la scène internationale avec le maillot des Springboks qu’il ne revêtit que 22 fois, la politique de l’Apartheid commençant à mettre les Sud-Africains à la marge du sport mondial. Il connaît ainsi sa première sélection en 1971 à l’occasion d’une tournée houleuse en Australie (voir 1971 : la rétro).

Il dut attendre trois ans avant de retrouver la sélection pour affronter les Lions de Gareth Edwards considérés à l’époque comme le plus belle équipe jamais vue sur une terrain de rugby. Cette tournée fut pratiquement le seul accroc dans son parcours. Titulaire lors des deux premiers tests, il est écarté pour les deux derniers. Mais cette éviction tint moins à une remise en cause de son talent qu’à la panique qui s’empara des sélectionneurs face à l’impuissance des Boks face aux Britanniques (33 joueurs furent essayés lors des quatre tests).

Capitaine de père en fils

Il revient dès la fin de l’année pour une tournée en France. En 1975, il est nommé capitaine des Springboks pour la réception des Français. C’est la première fois (et la seule) dans l’histoire des Boks qu’un père et son fils ont le privilège de commander la sélection nationale.

Comme son père, il emmène les Boks au combat face aux Blacks l’année suivante, « a very, very, very physical serie » comme il le reconnaîtra. S’il ne parvint à établir un carton plein comme son père, il remporta une belle victoire face aux meilleurs ennemis des Sud-Africains, les All Blacks repartant vaincus trois tests à un.

Pour meubler le calendrier, la Sarfu organise en 1977 un match contre une sélection mondiale (45-24). C’est la dernière sortie des Boks de Morne Du Plessis avant trois ans. Il faut en effet attendre 1980 pour que des adversaires oublient l’Apartheid et leur rendent visite. Ce furent d’abord les Lions britanniques contre lesquels ils prirent leur revanche (trois tests à un). Il remporte une dernière victoire contre la France (en cinq matchs contre le XV de France, il fut vainqueur à quatre reprises).

Exemplaire

Son bilan à la tête des Springboks est impressionnant : en 22 sélections, il l’emporta 18 fois ; en quinze capitanat, il ne connut que deux défaites.

Du Plessis n’a depuis pas quitter le milieu du rugby. On le retrouve en 1995 comme manager des Springboks champions du monde. Dans la coulisse, il joua un rôle important d’abord en s’efforçant d’aplanir les rivalités entre provinces pour optimiser la préparation de la sélection, ensuite pour réconcilier l’ensemble de l’Afrique du Sud autour des Boks.

Certains lui attribuent le slogan « Une équipe, un pays ». C’est notamment lui qui, avant la Coupe du monde, organisa la tournée « A la rencontre du pays » à travers tout le pays. Lorsque les Boks passaient dans les townships, il répétait aux joueurs : « les joueurs de demain sont ici ». Car, contrairement à ce que laisserait penser son parcours et son attachement aux Springboks, Morne Du Plessis s’opposa régulièrement à l’Apartheid. S’il laisse le souvenir d’un très grand joueur, son nom reste surtout synonyme d’ouverture d’esprit et de grandeur d’âme.

(1) Plus tard, alors qu’il pratiquait le rugby, Du Plessis jouait toujours au cricket avec la Western Province.

SOURCES

« Morne Du Plessis : a true leader » : southafrica.info

Richard Escot et Jacques Rivière, « Les stars du rugby » :

Jacques Lacour, « Les grands du rugby » : sélection du Reader’s digest, 2001

Publicités
Tagué , ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :