Bleddyn Williams : prince de Galles

PORTRAIT – Même si ces dernières années, ils ont renoué avec le Grand, les Gallois courent toujours après leur âge d’or, celui qui les voyait battre de temps en temps les All Blacks. Bleddyn Williams fut de ceux-là. Et c’est pour cette raison qu’il garde une place unique dans les mémoires des supporters gallois.

On peut être talentueux, extrêmement talentueux même au point d’être considéré comme le meilleur centre de son temps, le « prince of Centres » comme on le surnomma, et savoir reconnaître le mérite de ses partenaires. Ça peut paraître relever d’un discours trop souvent entendu ou éventuellement un tantinet surfait mais c’est assurément cette humilité qui caractérise le mieux Bleddyn Williams. Plus que quiconque, il savait qu’un exploit, voire une carrière tiennent moins à des qualités individuelles qu’aux vertus du collectif. Ainsi en 2005, lorsqu’il fut fait MBE (Member of the British Empire), ses premiers remerciements allèrent à ses anciens partenaires.

Complicité
Celui auquel il doit le plus se nomme Jack Matthews. Avec lui, pendant plus de dix ans, il forma une excellente paire de centres avec leur club de Cardiff. Ils se rencontrent après la guerre et leur entente fut immédiate.

« Je recevais les applaudissements, la presse parlait de moi mais en fait, c’était l’essai de Jack »

« En tant que joueur, Jack n’était pas du tout individualiste, se souvient Williams. Nous tentions souvent des coups avec des courses croisées. Sur la première, je l’envoyais véritablement s’écraser contre la défense adverse. Même résultat sur la deuxième tentative. Alors, il se relevait en m’adressant un clin d’œil et en me disant : « tu sais ce que tu as à faire maintenant Bledd’. A la 3ème occasion, je feintais la passe. Il se prenait deux ou trois défenseurs dans le buffet mais, moi, je pouvais aller marquer sous les poteaux comme si je me baladais. Je recevais les applaudissements, la presse parlait de moi mais en fait, c’était l’essai de Jack. »

Cette complicité se retrouvait également sur la scène internationale. Si Williams connut sa première cape en 1947 contre l’Angleterre au poste de demi d’ouverte, c’est au centre qu’il fut ensuite convoqué, le plus souvent aux côtés de Matthews. Il remporta plusieurs tournois des cinq nations et même un Grand Chelem en 1952.

L’année suivante, il rencontra par deux fois les All Blacks et par deux fois, en l’espace de 29 jours, il les battit. Une performance inégalée qui reste, à ce jour, le dernier fait d’arme des Gallois face aux Néo-Zélandais. La première fois, il est le capitaine de l’équipe de Cardiff qui s’impose devant 50 000 personnes à l’Arms Park 8 à 3. La seconde fois, il est à la tête de la sélection nationale qui, sur ce même terrain de Cardiff, terrasse les Blacks 13 à 8.

Consécration
Mais le moment qui fut certainement le plus fort dans sa carrière s’est produit en 1950 lors de la tournée des Lions en Australie et Nouvelle-Zélande, une tournée à laquelle il faillit pourtant ne pas participer. Blesser au genou, l’opération qu’il venait de subir compromettait grandement sa sélection. Mais une fois de plus, il pouvait compter sur ses partenaires.

« Cliff Morgan s’est d’abord assuré que je n’ai pas trop de travail à faire pendant le match avant d’ordonner dans les cinq dernières minutes une combinaison pour que je marque un essai et que je me rappelle au souvenir des sélectionneurs »

A son retour de blessure, Williams insista ainsi pour qu’on lui laisse sa chance de prouver qu’il était revenu en forme et qu’il avait sa place dans cette sélection des Lions. Son entraîneur, Cliff Morgan, n’y croyait pas trop mais il monta un stratagème pour faire briller son poulain lors d’un match contre Bath, sous les yeux des sélectionneurs. « Cliff Morgan avait échafaudé un plan, expliquait Williams. Il s’est d’abord assuré que je n’ai pas trop de travail à faire pendant le match avant d’ordonner dans les cinq dernières minutes une combinaison pour que je marque un essai et que je me rappelle au souvenir des sélectionneurs. Son plan a fonctionné à merveille. »

Avec quatorze autres joueurs gallois, dont une nouvelle fois son compère Jack Matthews, Bleddyn Williams fut donc sélectionné avec les Lions. Mais il ne voulait surtout pas passer pour un usurpateur. « C’était la première tournée de l’après-guerre et c’était un honneur d’être sélectionné, expliquait-il. Il n’y avait pas eu de tournée des Lions depuis 1930 et il y avait donc une grande attente autour de nous » Il poursuivait : « Il y avait cinq semaines de bateau pour aller à l’autre bout du monde. Donc j’en ai profité pour faire beaucoup d’exercice et retrouver une bonne condition physique ».

« Il y avait cinq semaines de bateau pour aller à l’autre bout du monde. Donc j’en ai profité pour faire beaucoup d’exercice et retrouver une bonne condition physique »

Arrivé aux antipodes, Williams avait retrouvé un niveau de forme optimale. Nommé vice-capitaine, il avait la charge de diriger les lignes arrières et devait constituer la pierre angulaire du milieu de terrain des Lions. Il s’en acquitta avec pas mal de brio, jouant cinq des six tests de la tournée (1), 20 des 29 matchs et marquant 13 essais. Après la blessure de Karl Mullen, le capitaine, c’est même lui qui prit la charge du capitanat pour les deux derniers tests.

Si les Lions perdirent la série (un nul suivi de trois défaites), Bleddyn Williams fut l’un des plus en vue tout au long de cette tournée. Solide dans les duels, doté d’une bonne lecture du jeu, il se montrait rapide et tranchant dans ses interventions. Ceux qui ont pu le voir à l’œuvre disent que son crochet valait bien celui de Gerald Davies, fabuleux ailier gallois des années 1970. C’était surtout un vrai leader.

Williams aurait pu prétendre à une seconde tournée avec les Lions, celle de 1955 en Afrique du Sud. Il venait de remporter le Tournoi avec le Pays de Galles en montrant qu’il n’avait rien perdu de ses qualités et n’avait alors que 32 ans. Mais c’était trop pour les sélectionneurs qui avaient décidé de ne prendre aucun joueur de plus de 30 ans. Vraisemblablement déçu mais surtout de plus en plus souvent blessé, il décidait de se retirer du rugby.

(1) Il rate le premier test en Nouvelle-Zélande sur blessure

En bref…
* Pendant la Guerre, il suit une formation de pilote de chasse et devient pilote de chasseur, participant à de nombreuses opérations commando
* Lors de la saison 1947-1948, il dispute 70 matchs avec Cardiff marquant 41 essais, établissant un nouveau record
* Une fois retiré des terrains, il fit carrière pendant trente ans dans les médias, comme commentateur pour la télévision ou la radio et comme chroniqueur du Sunday People.
* Les sept autre frères de Bleddyn ont tous joué pour Cardiff ; à un moment, quatre d’entre eux jouaient ensemble dans ce club
* Son jeune frère Lloyd fut lui aussi sélectionné pour le Pays de Galles dans les années 1960

SOURCES
The telegraph, 8 juillet 2009
Prince of centres’ reaches landmark : bbc, 21 février 2003
Prince of centres’ Williams dies : bbc, 6 juillet 2009

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