Paparemborde : Robert le bon

PORTRAIT | Venu sur le tard au rugby, mais sportif accompli, Robert Paparemborde fut à la fin des années 1970 et au début des années 1980 le meilleur pilier du monde. Solide en mêlée, féroce au combat, il faut surtout le meilleur des pilars balle en main.

« En France, on a tendance à accorder trop d’importance à la mêlée. Il y a une équipe qui a fait beaucoup de mal en ce sens, et j’en parle d’autant plus volontiers que j’y appartenais, c’est celle du Grand Chelem 1977. Elle avait une carrure exceptionnelle, c’était un petit camion ». Ce que Robert Paparemborde ne précise pas, c’est qu’il fut le moteur de cette mêlée au point d’être considéré en cette fin des années 1970 comme le meilleur pilier du monde.

« La première mêlée, c’est une prise de température. Tu sens si le gars en face est dur, s’il est bien ou pas bien. Il faut s’adapter. »

Car Paparemborde aimait l’exercice plus que tout. Il expliquait que « Si tu avances de 10 ou 20 centimètres, c’est 30 à 40 mètres de percée pour un trois-quart. Tu jouis, tu prends ton pied » Le Béarnais en maîtrisait tous les paramètres : « la première mêlée, c’est une prise de température. Tu sens si le gars en face est dur, s’il est bien ou pas bien. Il faut s’adapter. J’ai la tête contre celle du talonneur et du pilier gauche. Si le pilier n’est pas costaud, s’il est petit, je le pousse sur le talon. S’il est grand, c’est différent. Je le baisse et je le coupe en deux. »

Paparemborde n’était pourtant pas prédestiné à cet exercice. Ses premières activités sportives furent l’athlétisme, le judo et le hand. Dans chacune de ces disciplines, il excella : il fut en effet chronométré en 11 secondes 4 sur 100 mètres, fut ceinture noire de judo et international junior de hand.

Ce n’est qu’à 18 ans qu’il découvre le rugby, par hasard. Recruté par la section paloise, Paparemborde se cherche, passant de la troisième ligne, au centre ou à l’aile. Il se distingue alors par son adresse balle en main et sa rapidité. Marc Etcheverry, qui allait devenir son mentor, sent pourtant qu’il peut exploiter également ce potentiel physique et le fixer à la pile. A 20 ans, Paparemborde accepte le pari. Il va alors travailler la puissance de ses reins, ses appuis et renforcer son dos avec ses entraîneurs Theo Cazenave et Gérard Lom.

« Un joueur moderne qui a inventé une nouvelle forme de pilier avec des courses, un jeu toujours très propre, jamais vulgaire »

L’apprentissage est difficile, non pas que Paparemborde ne soit pas prédisposé pour ce nouveau poste, mais parce que ses qualités détonnent par rapport au profil des piliers de l’époque. Toujours aussi agile balle en main et rapide, on lui reproche sa tenue en mêlée. Ses adversaires lui reprochent de pousser en travers.

Ses partisans l’expliquent par sa force naturelle et par sa morphologie avec ses épaules tombantes qui gênaient ses adversaires sur les entrées en mêlée. Pour Daniel Herrero, c’était « un joueur moderne qui a inventé une nouvelle forme de pilier avec des courses, un jeu toujours très propre, jamais vulgaire. Il a apporté dans le jeu une touche d’impertinence, de variété, d’originalité. »

« Nous n’avons jamais joué face à face en mêlée mais je n’avais qu’à écouter mes partenaires pour comprendre à quel point Robert était bon »

C’est sans doute pour cette raison qu’il dut attendre ses 27 ans pour enfin connaître sa première sélection. Elle a lieu en 1975 lors d’une tournée en Afrique du Sud où les sélectionneurs profitent de la blessure du titulaire habituel, Armand Vaquerin, pour lui donner sa chance. « On a pris des branlées dans cette jungle, on a vu émerger de drôles de mecs », se rappelait-il. Paparemborde s’impose dans le combat mais aussi dans le jeu en inscrivant un essai lors de chacun des deux tests.

Pendant neuf ans, il va torturer les meilleurs piliers de la planète se taillant une réputation des plus flatteuses. « Je me souviens de lui comme d’un joueur complet, se rappelle le Gallois Graham Price. Il était bon dans tous les aspects du jeu. Il était bon balle en main, dans la tradition française. Il était également très bon dans l’exercice de la mêlée ». Le Gallois ajoutait : « Nous n’avons jamais joué face à face en mêlée mais je n’avais qu’à écouter mes partenaires pour comprendre à quel point Robert était bon ».

« En tête de mêlée, on s’est très bien entendu à tel point qu’en tournée, on a même permuté de côté et ça a duré jusqu’à la fin de notre carrière commune »

Avec ces « drôles de mecs », il va vivre huit saisons en équipe de France marquées par deux grands chelem en 1977 et 1981 et la victoire historique contre les Blacks à Auckland en 1979. Il pousse au plus haut point sa complicité avec l’autre pilier de l’équipe de 1977, Gérard Cholley. « Dans notre groupe, se remémore le Castrais, il était une plaque tournante. En tête de mêlée, on s’est très bien entendu à tel point qu’en tournée, on a même permuté de côté et ça a duré jusqu’à la fin de notre carrière commune. »

S’il était redouté de ses adversaires, Paparemborde fut aussi un homme respecté et aimé de ses partenaires. D’une bonne humeur inaltérable, il était apprécié pour son humour à froid et son sens de l’observation au point d’être un homme clé de l’équipe de France. Jean-Pierre Romeu, l’ouvreur du Grand Chelem 1977, affirme que « c’était un garçon charmant, calme et pondéré. Il parlait peu mais était très écouté ». Jean-Claude Skréla confirme : « Robert était l’un de nos leaders, l’un des animateurs de notre groupe. »

« Robert était l’un de nos leaders, l’un des animateurs de notre groupe »

Fidèle en amitié, il fut à l’origine à la fin des années 1970 de la création des Barbarians français dont il fut le trésorier. C’est également par amitié, alors qu’il n’avait plus rien à prouver plus grand chose à gagner, qu’il poursuivit sa carrière internationale jusqu’en 1983 aux côtés de son ami Jean-Pierre Rives pour épauler Jacques Fouroux lorsque celui-ci prit en main la sélection au début des années 1980. Il quitta même la section paloise en 1983 pour évoluer le temps d’une saison au Racing avec Rives. Sa reconversion professionnelle fut également une réussite, prouvant une nouvelle fois ses qualités de leader.

En bref…
* Ses surnoms : Patou (en référence à un gros chien blanc des Pyrénées) ou Papa
* Paparemborde met un terme a sa carrière internationale au soir d’un match contre le Pays de Galles en 1983 avec 55 sélections et huit essais inscrits, deux records pour un pilier qui ne furent battus qu’une quinzaine d’années plus tard par Christian Califano.
* Il fut membre du comité directeur de la FFR de 1980-1984
* Il fut conseiller municipal à Pau
* En 1991, il se présenta à la présidence de la FFR mais fut battu par Bernard Lapasset
* Il s’associa à Jean-Pierre Rives dans deux restaurants à Paris, le Black Bear et L’ours brun. Il fut aussi fondateur et actionnaire dans les années 1980 du mensuel « Drop international »

SOURCES
Jean-Pierre Lacour, « Les grands du rugby » : Reader’s Digest, 2000
« Pour comprendre le rugby, il faut aussi comprendre la mêlée » : L’humanité, 17 mai 1993
« Paparemborde, mêlée écroulée » : l’humanité, 20 avril 2001
« French great dies » : bbc, 19 avril 2001

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