Christophe Deylaud : l’incomparable

PORTRAIT – Peu d’ouvreur était aussi courageux que lui. Aucun n’aurait été capable de taper dans un ballon comme lui. Rare auraient été capables d’animer une ligne d’attaque comme il le faisait. C’est pour toutes ces raisons que Christophe Deylaud fut surnommé l’incomparable par les supporters toulousains.

Anticonformiste, talentueux et cabochard : ces trois adjectifs pourraient résumer Christophe Deylaud. Une image pourrait l’illustrer, celle du joueur s’apprêtant à tenter une pénalité. Les chaussettes « tire-bouchonnant » sur ses chevilles, l’air épuisé par le combat, il entame sa course d’élan… dos aux poteaux. « Je n’ai pas besoin de les regarder. Ils sont toujours au même endroit » se justifiait-il.

International
Surnommé « l’incomparable » par ses coéquipiers, Deylaud était un manieur de balle exceptionnel, maîtrisant à merveille l’art de la feinte de passe, et au jeu au pied de qualité. Sa carrière en équipe de France ne dura que quelques années et le temps de seize petites sélections. Après quelques apparitions sous le maillot tricolore aux débuts des années 1990, il gagne définitivement la confiance de Berbizier lors de la tournée victorieuse en Nouvelle-Zélande en 1994.

Il sera donc le maître à jouer du XV de France pour la Coupe du monde 1995, une épreuve qu’il faillit rater au terme d’une saison marquée par des blessures à répétition. Opéré de l’épaule droite au début de la saison, il se fracture l’annuaire gauche, puis se fracture l’apophyse avant de se faire une entorse au genou droit. A un mois du départ pour l’Afrique du Sud, c’est une fracture au pouce nécessitant une opération qui compromet sa participation. Par chance, l’opération se passe bien et le chirurgien rassure Berbizier en l’assurant que son ouvreur aura retrouvé tous ses moyens en trois semaines.

« L’entraîneur n’est pas notre père nourricier. Sur un terrain, il faut prendre ses responsabilités »

L’entente entre les deux hommes est totale. Berbizier compose l’équipe et Deylaud l’anime. « L’entraîneur n’est pas notre père nourricier, expliquait Deylaud. Sur un terrain, il faut prendre ses responsabilités. » Il précisait : « Pierre Berbizier a apporté une certaine rigueur à l’équipe de France (…) Il ne nous a jamais interdit de relancer, d’attaquer. Il nous laissé carte blanche. »

L’homme des finales
Convoqué par Jean-Claude Skrela pour la coupe latine qui suit la coupe du monde, il demande au nouveau sélectionneur de ne plus le sélectionner. Il a alors 31 ans et préfère consacrer ses dernières années de joueur à son club, le Stade Toulousain.

Formé à Blagnac, il rejoint Toulouse en 1992 après un passage par Toulon. Rapidement, il est adopté par les supporters qui, régulièrement, célèbrent ses exploits en entonnant « Deylaud, de l’eau et du champagne ». Il est vrai que les exploits ne manquent pas pour cette équipe du Stade Toulousain du milieu des années 1990 (quatre titre de champion de 94 à 97 et un autre en 99, plus une victoire lors de la première coupe d’Europe) et Deylaud sut plus que tout autre se mettre en valeur lors des matchs décisifs, à commencer par les finales.

« Le collectif doit parler d’abord pour que l’individu s’exprime »

Lors de la finale du championnat 1995, il inscrit ainsi 25 points, un record. Mais, en bon équipier, jamais il ne tira la couverture à lui. « Il ne faut pas oublier que les conditions pour tenter un drop sont dues au travail de sape de tous les coéquipiers. Le collectif doit parler d »abord pour que l’individu s’exprime. »

Rupture
C’est pourtant au terme d’une finale que survint sa rupture avec le Stade Toulousain, celle de 1999. Deylaud accepte mal d’être mis sur le banc des remplaçants par Guy Noves. Il en résulte une réelle amertume et une cruelle déception qui amènent au divorce. Deylaud décide de mettre un terme à sa carrière.

« Je suis un Toulousain, pas un stadiste »

Il en sort six mois plus tard à l’appel de Christian Lanta, l’entraîneur d’Agen, pour une dernière pige du côté d’Armandie. Une nouvelle histoire commence pour lui puisqu’il va se lier d’amitié avec Lanta et former un des meilleurs duos d’entraîneurs du championnat. Récemment, au moment de revenir aux Sept-Deniers avec Agen, Deylaud affirmait que la page toulousaine était bien tournée : « C’est notre histoire, c’est du passé. Il n’y aura ni amertume, ni émotion (…) Je suis un Toulousain, pas un stadiste. »

SOURCES
« Victoire au bout de l’enfer » : L’humanité, 4 juillet 1994
Christophe Deylaud, « les joueurs ne sont pas des robots » : L’humanité, 31 mais 1997
« Christophe Deylaud met un terme à sa carrière à bout de souffle, comme toujours » : Le Monde, 26 juin 2000
« Christophe Deylaud, Toulousain mais pas stadiste » : La Dépèche, 11 août 2010

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Une réflexion sur “Christophe Deylaud : l’incomparable

  1. costaz dit :

    Je m’étais toujours étonné de ne pas le voir plus souvent sélectionné en Equipe de France ! S’il a refusé , cela s’explique …
    Je me demande s’il aurait une place en charnière dans le rugby-tampon moderne actuel : quand on voit la face de Morgan Para en coupe du monde contre les Blacks !…
    On n’ arrive plus à faire la différence entre virilité et brutalité, surtout dans l’ hémisphère-Sud ? Cela dit sans aucune acrimonie à l’ égard des Blacks.

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