Brive-Pontypridd 1997 : brutes de comptoir

Il est autour de 22h et Le Toulzac, un bar briviste, est bien rempli pour un dimanche soir. Si le lendemain matin, il faudra aller bosser, on n’oublie pas pour le moment que c’est soir de match. Soir de coupe d’Europe pour être précis. Alors, supporters, habitués et quelques joueurs se sont donnés rendez-vous dans l’estaminet à ouvert ses portes au printemps précédent. L’un des patrons est bien connu des joueurs comme des supporters puisque ce n’est autre que Jean-Marie Soubira, l’ancien demi de mêlée du club.

Rendez-vous au Toulzac
Alors après quelques verres, on se rappelle les exploits de l’après-midi et du bon tour joué aux Gallois de Pontypridd. La victoire fut longue à se dessiner et fut acquise d’un petit point (31-30) dans les dernires minutes. On n’oublie surtout pas d’expliquer le pourquoi et le comment des diverses bagarres qui ont émaillé la partie. Bien sûr, Lionel Mallier a été expulsé. Mais qu’importe ? L’essentiel pour tous, c’est bien d’avoir fait la nique à ces Gallois. Et ça, ça mérite bien un petit verre de plus.

C’est dans cette ambiance que trois joueurs gallois, Dale Mcintosh (l’autre expulsé), Phil John et Andre Barnard, débarquent au Toulzac. L’ambiance va rapidement monter, sans que l’on sache précisément dans quelles circonstances, pour finalement se mettre dessus. Résultat ? Une belle bagarre de bistrot, un café mis à sac, les nez de Christophe Lamaison et Philippe Carbonneau cassés, le maxillaire également enfoncé pour le second et le doigt de David Venditti mordu. Les trois Gallois finissent au poste  Le lendemain, alors que les journaux ne parlent que de cette bagarre, ils sont mis en examen.

L’affaire ne va pas en rester là d’autant plus que quinze jours plus tard doit avoir lieu le match retour. Le 17 septembre, les représentants des deux clubs sont auditionnés par l’ERC. Les Brivistes, forts de leur statut de champions en titre, se pointent en victimes et demandent l’éviction de Pontypridd de la Coupe d’Europe. L’instance européenne ne l’entend pas ainsi. Elle rend son verdict le 23, infligeant une amende 30 000 livres à chaque club et les menaçant tous les deux d’exclusion en cas de récidive.

Sanctions
Elle refuse surtout de se prononcer sur les faits d’après-match qui selon elle, relèvent uniquement des « autorités judiciaires françaises ». En professionnel de la communication, Patrick Sébastien, le président briviste, en rajoute dans le rôle de la victime : « il y a trois mecs qui se sont faits taper dessus, qui ont failli se faire tuer. Il y a eu trois mecs en prison, qui sont des récidivistes et on nous file une amende pour un match qui a déjà été joué où il y a eu deux expulsés. Le match a été joué (…) De toute façon, on sera obligés de se plier, on est sous le régime de Ceaucescu. »

« De toute façon, on sera obligés de se plier, on est sous le régime de Ceaucescu »

Il demande aux supporters brivistes de ne pas faire le déplacement au Pays de Galles pour le match retour. Le club de Pontypridd jouit pourtant d’une bonne réputation et communique dessus pour restaurer son image. Ses dirigeants commencent par rappeler qu’on le surnomme « the family club » et insistent sur le fait que les enfants peuvent venir au stade sans y apprendre de mauvaises manières. « Un seul supporter en sept saisons de championnat gallois a été arrêté lors d’un match parce qu’il jouait avec le képi d’un policier » précise Jeff Jones, le président de Pontypridd.

« La réception des Gallois a été pleine d’hypocrisie et il ne faudrait pas oublier ce qui s’est passé il y a quinze jours »

Fin septembre, les deux équipes se retrouvent donc sur le terrain de Pontypridd. Les Brivistes sont applaudis à leur entrée sur la pelouse. Dans les tribunes, la colonie française se limite à un groupe d’une dizaine de Parisiens venus avec une banderole « Pigalle soutient le CAB ». Sébastien reste cependant amer : « la réception des Gallois a été pleine d’hypocrisie et il ne faudrait pas oublier ce qui s’est passé il y a quinze jours ».

Belle
Il faut dire que le résultat, 29 partout au terme d’un match calme, ne fait pas les affaires des Brivistes, pas plus que celle des Gallois. La qualification directe pour les quarts de finale semble promise aux Anglais de Bath, Brive et Pontypridd se dirigeant vers un match de barrage.

Les champions d’Europe et les champions du Pays de Galles se retrouvent donc une troisième fois début novembre au Stadium de Brive. Les Français l’emportent 25 à 20 au terme d’un match très fair-play. Ils iront jusqu’en finale où ils chuteront à Bordeaux face à Bath.

SOURCES
« La justice sportive ne s’aventure pas hors du terrain » : Libération, 24 septembre 1997
« Sanctionné, Brive ira à Pontypridd » : L’humanité, 24 septembre 1997
« Pontypridd, quand on a que l’honneur » : Libération, 27 septembre 1997
« Pontypridd-Brive : en terrain miné » : Libération, 29 septembre 1997
« Brive-Pontypridd : acte 2 » : L’humanité, 01 novembre 1997

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