All Blacks 1987 : soleil noir

Des All Blacks, champions du monde, sur le moment, ça paraissait tellement logique. Et puis le temps nous a montré que s’ils restaient les meilleurs, une victoire en coupe du monde demeurait un moment unique. Vraiment unique pour eux

« Si on ne devait retenir qu’une chose de cette coupe du monde (…) ce serait la maîtrise du jeu néo-zélandais sur l’ensemble de cette compétition. Elaboré, pragmatique, incisif, ce fut à mon aune, le plus beau rugby qui puisse se concevoir sur les vingt dernières années. Des défauts ? Oui, sans doute. Comme ce refus de toute « relance » par les trois-quarts après botté de l’adversaire ; cette obsession quasi maladive consistant à se débarrasser par le pied de tout ballon n’émanant pas d’une action dûment construite, pensée, cartésienne, aux repères collectifs bien établis. La culture du désordre : trop peu pour eux ! Mais à côté de quoi, quel bonheur ! Précision gestuelle, rythme collectif, talent individuel, parti-pris de vitesse, technique parfaite, pertinence des choix : le jeu des All Blacks fut d’un apport considérable dans l’évolution du « noble game » et préfigurait à maints égards le rugby d’aujourdhui. »

« Le jeu des All Blacks fut d’un apport considérable dans l’évolution du « noble game » et préfigurait à maints égards le rugby d’aujourdhui »

Ces lignes, écrites par Jacques Verdier en 2003 dans la numéro spécial « coupe du monde 2003 » de Midi Olympique, témoignent de l’impression laissée par la première équipe championne du monde, la Nouvelle-Zélande de Brian Lochore. Précurseurs en matière de mauls dynamiques et des « ramassés-relevés », ces All Blacks s’appuyaient sur un jeu de mouvement. Les avants avaient un rôle essentiel en venant en permanence au soutien d’une ligne des trois-quarts où se mêlaient tonicité (à l’image du centre Joe Stanley) et puissance (avec l’ailier John Kirwan). On n’oubliera pas non plus de souligner la gestion du jeu et des hommes du capitaine David Kirk et la précision métronomique de l’ouvreur Grant Fox, auteur de 126 points au cours de cette coupe du monde.

Rebelles
Un an avant le sacre, l’affaire était pourtant mal engagée. La tournée des Cavaliers privait la sélection néo-zélandaise de ses meilleurs éléments, à l’exception de Kirk et Kirwan qui avaient refusé d’y participer. La fédération était dans l’obligation de reconstruire une équipe au moment où l’équipe de France s’apprêter à débarquer en Nouvelle-Zélande.

Pour commencer cette reconstruction, Alex Wylie et John Hart (l’entraîneur d’Auckland, la meilleure province du moment) furent appelés pour épauler le sélectionneur Brian Lochore. Ils composèrent un premier groupe de nouveaux venus, dont le talonneur Sena Fitzpatrick, et de seconds couteaux que l’on ne tarda pas à baptiser les « baby blacks ».

Victorieux des Français 18 à 9, cette équipe fut reconduite pour le premier test contre les Wallabies, un test perdu 12 à 13. Pour le second, quinze jours plus tard, la NZRFU décidaient de réintégrer la plupart des Cavaliers (Warwick Taylor, McDowell, les frères Whetton, Gary Knight, Kieran Crowley…) dont la sanction de deux matchs avaient pris fin. Une décision mal acceptée par le Board qui réagit par le biais de Harry McKibbin, le représentant irlandais : « la sélection des Rebelles est stupéfiante. On se demande à quoi jouent les Néo-Zélandais »

« Il y a des côtes qui me sont restées en travers »

Ces retours n’empêchèrent pas les Wallabies de remporter la Bledisloe Cup. Alors pour la tournée de fin de saison en France, deux nouveaux joueurs, le pilier Richard Loe et le troisième ligne Wayne Shelford, intégraient le groupe. D’abord à victorieux à Toulouse 19 à 7, les Blacks s’inclinaient deux semaines plus tard à Nantes (3 à 16) face au XV de France. Ce match allait laisser des traces comme se le rappelait Sean Fitzpatrick « Il y a des côtes qui me sont restées en travers. »

Préparation
Au printemps 1987, Lochore convoquait un groupe de 26 joueurs pour préparer la coupe du monde, un groupe dans lequel on comptait pas moins de quatorze joueurs d’Auckland dont les nouveaux Michael Jones, Zinzan Brooke (22 ans tous les deux) et Grant Fox qui allait supplanter Frano Botica, pourtant élu joueur de l’année 1986, à l’ouverture.

Après le forfait sur blessure du talonneur Andy Dalton, Sean Fitzpatrick s’imposait comme titulaire et David Kirk héritait du capitanat. « Le fait d’être nommé capitaine après la blessure d’Andy Dalton ne ma mit pas de pression supplémentaire, assurait-il. Nous nous étions bien préparés et il n’était pas question de perdre. Il y avait juste une pression particulière au début de cette épreuve parce que nous portions les espoirs de 3,5 millions de personnes. »

« Buck ne pouvait pas s’en satisfaire. Il pensait que chacune de ses paroles et de ses gestes devaient symboliser le rugby qu’on allait pratiquer »

Pour la symbolique mais aussi pour se donner un supplément d’âme, les Blacks, sous l’influence de Buck Shelford, accordaient désormais une importance accrue au Haka. Zinza Brooke témoigne : « Avant dans les années 1960 et 1970, il n’y eut pratiquement pas de ce qu’on appelle les « tupperwares haka ». Buck ne pouvait pas s’en satisfaire. Il pensait que chacune de ses paroles et de ses gestes devaient symboliser le rugby qu’on allait pratiquer. Il en fit davantage qu’un challenge guerrier. »

Tours de chauffe
Le 22 mai, à Auckland depuis une petite chambrée, les All Blacks ouvraient la coupe du monde par une large victoire 70 à 6 contre l’Italie. C’est Michael Jones qui eut l’honneur d’inscrire le premier essai de la compétition. John Kirwan inscrivit quant à lui un essai incroyable traversant tout le terrain et passant en revue toute la défense italienne.

Après deux victoires faciles contre les Fidji (74 à 13) puis contre l’Argentine (46 à 15), les partenaires de Kirk passaient le premier tour pour retrouver les Ecossais en quart à Christchurch. La résistance des hommes des Highlands ne dura qu’une mi-temps. Après le repos, les Blacks faisaient valoir leur puissance et leur dextérité pour se détacher inexorablement 30 à 3. La demi-finale contre de faibles Gallois n’allait être qu’une formalité (49 à 6).

Intouchables
Les All Blacks avaient désormais rendez-vous en finale avec la France, vainqueur surprise des Wallabies dans l’autre demi-finale, pour la revanche du match de Nantes. David Kirk assure pourtant que leur préparation se fit dans la sérénité : « rien n’avait changé dans les habitudes de l’équipe mais symboliquement tout était différent. Il y avait plus de monde autour de l’hôtel. Il y avait plus de bruit et nous étions moins tranquilles. En montant dans le bus, nous avons vu qu’il y avait un hélicoptère dans le ciel et la police pour nous escorter. C’était un peu trop. »

« Dans mon discours d’avant-match, je n ‘ai pas trop joué sur la corde sensible. J’ai simplement parlé de ce que nous avions à faire. En quelques sortes, nous étions calmes et concentrés »

Il poursuit : « dans mon discours d’avant-match, je n ‘ai pas trop joué sur la corde sensible. J’ai simplement parlé de ce que nous avions à faire. En quelques sortes, nous étions calmes et concentrés. » Les Blacks imposaient leur jeu à des Français fatigués de leur combat contre les Australiens, mais comme face à ces mêmes Australiens, ils n’accusaient qu’un retard de neuf points (0 à 9) à la mi-temps. Ce n’est qu’en seconde période que les Blacks prenaient définitivement le dessus par leur vitesse, leur dynamisme et leur détermination. Albert Ferrasse, président du Board, pouvait remettre la première coupe du monde à David Kirk.

Cette équipe de Nouvelle-Zélande s’attacha à prouver jusqu’à la fin des années 1980 qu’elle était bien la meilleure de la planète. Victorieuse des plus grandes nations, elle prit sa revanche sur les Wallabies, revanche qui n’avait pu avoir lieu en coupe du monde. C’est d’ailleurs avec un groupe très proche de celui de 1987 que les Blacks partirent en Europe défendre leur trophée en 1991. Mais l’équipe était vieillissante et surtout repue par tous ses succès et céda logiquement son titre en demi-finale face à la nouvelle force montante du rugby, l’Australie.

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