Didier Codorniou : en 5 dates

PARCOURS – Dans la catégorie des joueurs surdoués mais incompris par la fédération, la France n’a pas de rivale. L’exemple de Didier Codorniou en fournit une preuve parmi tant d’autres.

 

 

1976 :

L’HERITIER

Codorniou a à peine 17 ans (il est né le 13 février 1958 à Gruissan) lorsqu’il débute en équipe première du RC Narbonne. Il arrive en milieu connu puisque son père et ses frères Marc et Claude ont porté les couleurs de Narbonne aux côtés des Spanghero. Il est surtout à bonne école au centre de cette attaque où brille toujours François Sangalli et où Jo Maso finit sa carrière. Petit mais nullement fragile (1,69 mètre pour 68 kilos), « Codor » sait parfaitement défendre. Il s’impose surtout par sa maîtrise du jeu de ligne, son art de la feinte de passe et la fluidité de sa passe.

« Il est le plus fort d’entre nous »

La filiation avec ses deux brillants aînés est évidente. Pourtant, François Sangalli doute de lui avoir quoi que ce soit : « J’ai quelque fois l’impression de ne pas avoir apporté beaucoup à Didier tellement il est merveilleux sur terrain ». Jo Maso ira jusqu’à dire qu’ « il est le plus fort d’entre nous ».

Codorniou va désormais se consacrer entièrement au rugby, arrêtant ses études après un bac scientifique et en trouvant un emploi dans une banque. « Je n’avais que le rugby en tête, expliquait-il, et cela me prenait tout mon temps. Mais je ne regrette rien (…) Quand on veut être un sportif de haut niveau, il faut faire des efforts, des concessions pour disputer les tournées par exemple. »

 

1979 :

L’ESPOIR

Les tournées avec l’équipe de France, il les découvrit à l’été 1979. Et pas n’importe quelle tournée puisqu’elle l’emmenait en Nouvelle-Zélande ! Il sait néanmoins qu’il doit moins sa sélection à son talent qu’aux circonstances : « pour partir en Nouvelle-Zélande en 1979, il a fallu que Bertranne, Sangalli et Belascain déclarent forfaits. C’est dans ces moments-là qu’on s’aperçoit qu’il faut un peu de chance. »

« Le match d’Auckland restera dans nos mémoires car nous avons tout fait comme à l’entraînement »

De la chance, il va en avoir d’autant plus que cette tournée vit la première victoire française en terre néo-zélandaise, une victoire qu’il scellera en marquant le dernier essai des Bleus. « Le match d’Auckland restera dans nos mémoires car nous avons tout fait comme à l’entraînement ».Surtout, d’entrée, Codorniou perçoit les enjeux de la dimension internationale : « en équipe de France, le plaisir est différent qu’en club, expliquait-il. Chacun a son rôle à jouer. On se motive plus sur son adversaire, sur le ballon qu’on va jouer. En club, on a une vision plus globale. »

 

1981 :

LE PETIT PRINCE

Pendant six saisons, Codorniou s’installe au centre de l’équipe de France remportant le Tournoi en 1983 et un Grand Chelem en 1981. On voit en lui le digne héritier des grands attaquants français que furent Dauger, Maso, Trillo ou Boniface. On surnomme alors « le petit prince ». Arnaud Briand a justement écrit qu’il était l’ « incarnation de la beauté du geste et de la pureté du style ».

« Je n’ai jamais aussi bien joué qu’avec Sangalli et Codorniou. Ce n’est certainement pas un hasard. »

Les grands anciens voient d’ailleurs en lui l’un des leurs. Maurice Prat estimait ainsi que « c’est un type élégant. On ne le voit pas trop dans le jeu. On s’aperçoit qu’il est là parce qu’il fait jouer les autres et fait briller. » C’est vrai qu’il marqua relativement peu en équipe de France (six essais en une trentaine de sélections) mais que ceux qui le côtoyaient à commencer par Philippe Sella ou Patrice Estève profitèrent souvent de son travail. « Je n’ai jamais aussi bien joué qu’avec Sangalli et Codorniou, reconnaît Roland Bertranne. Ce n’est certainement pas un hasard. »

 

1986 :

LE PARIA

La belle histoire avec le XV de France s’arrête pourtant brutalement en 1986. Rapidement, la rumeur se propagea qu’il avait été écarté sur injonction de la fédération. Codorniou avait juste eu le tort de juger un peu sévèrement le mode de fonctionnement de la fédération. Mais au temps de tonton Ferrasse, ça ne se faisait pas. « Quand on m’a écarté une première fois de la sélection, j’avais vingt-six ans et j’étais en pleine bourre, se rappelle-t-il. J’avais la haine. Mais j’emmerdais tout le monde avec mes conceptions. »

« J’avais la haine. Mais j’emmerdais tout le monde avec mes conceptions »

Ses partisans espérèrent que le temps apaiserait les rancœurs et jusqu’à l’annonce des 26, crurent que Codorniou serait de l’aventure. Mais Ferrasse ne comptait pas en rester là et il fut écarté de la sélection. Codorniou le prit finalement avec philosophie : « quand on a attrapé quelques gifles, on voit les choses différemment. Quand je pense à Nadal ou à Maso, je me dis que je ne peux qu’être content. J’ai eu une bonne carrière. »

 

1989 :

LE CHAMPION

Ecarté de l’équipe de France, Codorniou put alors se consacrer pleinement à son club, le Stade Toulousain qu’il avait rejoint en 1986. En 1989, il remportait son second titre de champion de France, dix ans après celui gagné avec Narbonne. Son palmarès compte également trois Du Manoir, les deux premiers en 1979 et 1984 avec Narbonne et le dernier en 1988 avec Toulouse.

« En jouant un rugby à quinze, aucune portion du terrain n’est taboue, dangereuse. C’est souvent ces ballons-là qui sont les meilleurs »

A Toulouse, Codorniou forme avec Denis Charvet et Eric Bonneval un formidable trio offensif. Le jeu à toulousaine, c’est son élément. On doit pouvoir attaquer tous les ballons intéressants, expliquait-il, même lorsqu’on est dans ses propres 22 mètres. En jouant un rugby à quinze, aucune portion du terrain n’est taboue, dangereuse. C’est souvent ces ballons-là qui sont les meilleurs. »

 

SOURCES :
Richard Escot et Jacques Rivière, « Le rugby au centre » : Editions Jean Lacoste, 2003
Richard Escot et Jacques Rivière, « Les stars du rugby » : Bordas, 1991
Henri Garcia, « Seigneurs et forçats du rugby » : Calmann-Levy, 1994
Jean-Pierre Lacour, « Les grands du rugby » : Reader’s digest, 2000
Arnaud Briand, « Les stars française du rugby » : Horizon illimité, 2003

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