Coupe du monde 1991 : la rétro

Après l’amateurisme bon enfant des antipodes de sa première édition, la coupe du monde s’invite en 1991 en Europe, sur les terres d’origine du jeu. Mais aussi terres la libre entreprise et du capitalisme.

PROFESSIONNALISATION

Depuis 1987, l’IRB a pris des dispositions pour rentabiliser sa coupe du monde en créant la RWC, une société chargée de la développer commercialement. Les résultats ne se font pas attendre puisque avant l’ouverture de cette édition, on annonce un budget en hausse de 35 millions de francs à 200 millions de francs. Au terme de l’épreuve, on enregistrera d’importants bénéfices (120 millions de francs) alors qu’ils étaient pratiquement nuls en 1987.

Conscients du développement économique du rugby et de l’avenir prochain du professionnalisme, les joueurs veulent eux aussi leur part du gâteau. C’est ainsi que les champions du monde néo-zélandais décidèrent de faire gérer leur image par une société dont ils étaient tous actionnaires. Pendant leur préparation, Anglais et Australiens négocient avec leurs dirigeants pour obtenir une augmentation de leurs émoluments, les six livres par jour et par joueur prévu par l’IRB ne satisfaisant plus personne.

« L’argent n’était pas une fin en soi. Il s’agissait plutôt d’affirmer un principe »

Les Français aussi négocient mais contrairement à leurs principaux rivaux, ils n’ont pas conclu d’accord avec leurs dirigeants au moment où la coupe du monde débute. Avec la démission d’Albert Ferrasse et faute d’un pouvoir fédéral affirmé, les discussions vont s’éterniser et dureront jusqu’aux quarts de finale.

Les joueurs demandent 150 000 francs par tête comme manque à gagner pendant l’épreuve. « J’aurais joué pour zéro centime, précise Serge Blanco, capitaine du XV de France et un des principaux négociateurs, mais j’étais capitaine et les joueurs voulaient quelque chose en compensation du temps qu’ils passaient en équipe de France. On nous a fait des promesses. Elles n’ont pas été tenues (…) L’argent n’était pas une fin en soi. Il s’agissait plutôt d’affirmer un principe. »

Les Français obtiendront finalement 50 000 francs. Mais ces discussions interminables avaient contribué à semer le trouble dans cette équipe.

XV DE FRANCE : LA DECEPTION

Malgré une longue préparation physique visant à éviter qu’elle ne soit à court de souffle au moment d’aborder les derniers matchs comme en 1987, l’équipe de France remporte ses trois matchs du premier tour mais ne convainc pas. En opposition avec ses dirigeants pour des raisons financières, elle manque aussi de leaders depuis que Pierre Berbizier a été écarté du groupe car il n’était plus en odeur de sainteté rue de Liège. « Pour partir à la guerre, il faut des meneurs, expliquait Serge Blanco. En sacrifiant Pierre Berbizier et Laurent Rodriguez, cette équipe ne pouvait pas avancer correctement »

« Pour partir à la guerre, il faut des meneurs. En sacrifiant Pierre Berbizier et Laurent Rodriguez, cette équipe ne pouvait pas avancer correctement »

Avec le quart de finale qui se profile au Parc de Princes le 19 octobre contre l’Angleterre qui sort d’un Grand Chelem, on se dit que l’on va enfin savoir ce que ce XV de France a dans le ventre. La déception va être cruelle. Les Anglais sont roublards et réservent un traitement de faveur à l’arrière français sous l’œil bienveillant de l’arbitre néo-zélandais David Bishop. « Tout est contre nous, jusqu’à l’arbitre, se rappelle Serge Blanco. Les Anglais vont loin dans le combat, parfois au-delà de la limite. Ils ne cessent de nous provoquer et font tout ce qu’ils peuvent pour nous casser ».

« Cette période, je l’ai souvent appelée l’année du sacrifice »

Ils l’emportent 19 à 10 face à une équipe de France impuissante. Dans le couloir qui mène aux vestiaires, Daniel Dubroca, le sélectionneur nommé à la hâte avant cette coupe du monde en compagnie de Jean Trillo, s’en prend à l’arbitre. Il sera sanctionné. Pour Serge Blanco, qui fit ses adieux à l’équipe de France sur ce match, « cette coupe du monde reste un très mauvais souvenir : manque d’esprit de groupe, un jeu moyen, un match scandaleux contre les Anglais. » Il conclut : « cette période, je l’ai souvent appelée l’année du sacrifice ».

L’EXPLOIT

Les Samoas occidentales sont parmi les seize équipes qualifiées pour cette coupe du monde la seule nation absente de l’épreuve initiale. Ils vont créer la sensation au premier tour en battant les Gallois, 3ème en 1987, sur leur terrain de l’Arms Park et se qualifier ainsi pour les quarts de finale où ils chuteront avec les honneurs face aux Ecossais.

Leur jeu tout en muscles et placages destructeurs impressionnent les observateurs. Certains joueurs, laissés de côté par les filières néo-zélandaises, ne vont pas tarder à être rattrapés par les All Blacks à l’image de Franck Bunce et Stephen Bachop.

LE CHAMPION

En dépit d’une équipe plutôt vieillissante, l’Australie parvient à se hisser en finale grâce à son jeu tout en mouvement. Elle faillit pourtant bien restée en cale en quart du côté de Lansdowne Road lorsqu’à trois minutes de la fin, le troisième ligne irlandais planta un essai qui donnait trois points d’avance aux siens. Mais sur la dernière action, au lieu de taper le drop qui aurait envoyer les Wallabies en prolongations, Lynagh décida de lancer une attaque qui aboutit à l’essai de David Campese (19-18).

En demi, ils éliminaient des All Blacks vieillissants, loin de leur statut de champion du monde, grâce à un nouvel essai de Campese, joueur vedette de cette coupe du monde. Il se distingue notamment par un geste, le pas de l’oie, qui émerveille les spectateurs et stoppe nette ses adversaires. Dans l’autre demi-finale, les Anglais prennent le dessus sur l’Ecosse à Murrayfield (9 à 6) pour un match qui sonnait comme la revanche de celui de 1990 et qui vit les Ecossais arracher le Grand Chelem aux mains des partenaires de Carling.

« Leur comportement arrogant les rend souvent antipathiques, cette équipe-là tout particulièrement »

Mais ce XV de la Rose ne séduit pas, c’est peu de le dire. Serge Blanco n’a pas avalé les échecs répétés face à cette équipe, à commencer par le quart de finale du Parc : « les Anglais ne méritant pas de l’emporter sur cette finale, mais aussi sur l’ensemble de cette coupe du monde. Leur comportement arrogant les rend souvent antipathiques, cette équipe-là tout particulièrement. »

John Hart, qui entraînait les All Blacks, ne dit pas autre chose. « Je pense que le rugby doit être joué pour courir avec la balle, la passer et pas seulement botter et foncer après. Si une équipe peut gagner la balle comme l’Angleterre et ne pas la faire aller au-delà du demi- d’ouverture, je me demande pourquoi nous jouons au rugby. » Il terminait : « Si l’Angleterre gagne la coupe du monde, que Dieu sauve le rugby ».

« Si l’Angleterre gagne la coupe du monde, que Dieu sauve le rugby »

A Twickenham, devant la reine et 60 000 spectateurs, les Anglais sortent pourtant de leur coquille, essayant de surprendre les Wallabies par un jeu plus ouvert. Le stratagème ne fonctionnera pas et les hommes de Bob Dwyer finiront par l’emporter sur le fil 12 à 9 pour le plus grand plaisir de Blanco, Hart et de tous les amateurs de rugby.

FAITS DIVERS

* Pour la première fois, des éliminatoires sont organisés ; ils rassemblent 42 nations
* Pour acquérir le droit de retransmettre l’épreuve aux dépens d’Antenne 2, l’habituelle « chaîne du rugby », TFI débourse 50 millions de francs
* 107 des 416 joueurs étaient déjà présents à la coupe du monde 1987
* David Campese et Jean-Baptiste Lafond se partagent le titre de meilleur marqueur d’essais avec six réalisations
* Cette 2ème édition de la coupe du monde rassemblent 1,75 milliard de téléspectateurs ; c’est pratiquement six fois plus que pour l’édition de 1987

L’EQUIPE DE LA COUPE DU MONDE 1991

G. Hastings (Ecosse) – Tuigamala (NZ) ; Guscott (Angleterre) ; Horan (Australie) ; Campese (Australie) – Lynagh (Australie) ; Farr-Jones (Australie) – Ofenengaue (Australie) ; M. Jones (NZ) ; Poidevin (Australie) – Dooley (Angleterre) ; Eales (Australie) – Probyn (Angleterre) ; Moore (Angleterre) ; Sole (Ecosse)

1991, C’ETAIT AUSSI…

Top 3 musique

1. « Blood sugar sex magic » des Red Hot Chili Peppers
2. « Nevermind » de Nirvana
3. « Blast culture » de FFF… « Use your illusions » de Guns N’ Roses… « Ten » de Pearl Jam… « Du ciment sous les plaines » de Noir Désir… « Gish » des Smashing Pumpkins…

Top 3 ciné
1. Danse avec les loups
2. Delicatessen
3. Le silence des agneaux

Top 3 sport
1. Tennis – La France remporte la Coupe Davis
2. Athlétisme – L’athlète américain Mike Powell casse le record de saut en longueur détenu depuis 1968 par Bob Beamon, avec un saut de 8 mètres 95, aux championnats du monde d’athlétisme de Tokyo
3. Cyclisme – Miguel Indurain remporte le Tour de France

En France et dans le monde
1. Guerre en Irak (opération « Tempête du désert » ; la france suit avec l’opération Daguet)
2. Le traité de Minsk donne naissance à la CEI ; démission de Gorbatchev et fin de l’URSS
3. La France adopte la loi Evin

A LIRE AUSSI
Coupe du monde 1987 : la rétro
Image de la semaine : la coupe du monde 1991

SOURCES
Jacques Verdier, « La culture du mouvement » : Midi Olympique HS « Atlas de la coupe du monde 2003 »
Serge Blanco, « le plus mauvais souvenir de ma carrière » : Midi Olympique HS « Atlas de la coupe du monde 2007 »
Cédric Beaudou et Lionel Chamoulaud, « Paroles de capitaines » : Mango Sport, 2006
« L’australie, par les chefs-d’œuvre de David » : lequipe.fr, 5 juin 2007
Jean-Pierre Dorian et Thierry Magnol, « l’argent secret du rugby » : Plon, 2003

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