Le rugby dans la première Guerre mondiale

Mis en sommeil pendant les quatre années du conflit, le rugby a été frappé de plein fouet par l’hécatombe de la première Guerre mondiale. Sans doute plus que toutes les autres disciplines sportives.

Au printemps 1914, le Tournoi se termine avec une victoire de l’Angleterre. La France n’est pas au mieux. Ses relations avec les fédérations des Homes Unions, à commencer par la fédération écossaise, sont tendues. Les Ecossais militent même fortement pour son exclusion.

Au niveau national, Perpignan vient de remporter son premier titre de champion de France grâce notamment à un drop décisif de son ouvreur, Aimé Giral.  Un peu plus de quatre ans plus tard, cette équipe comme tant d’autres en France, au Royaume-Uni ou dans l’empire britannique, était décimée. Giral, le héros de la finale, comme six de ses coéquipiers (Couffre, Fournier, Gravas, Nauté, Lyda et Schuller), étaient morts dans les combats de la 1ère Guerre mondiale.

Mobilisation
Lorsque la guerre est déclarée en août 1914, le monde du rugby va s’y jeter par patriotisme. Outre-Manche, les terrains deviennent des camps d’entraînement pour les recrues. La SRU fait un don de 500 livres pour l’effort de guerre et « demande cordialement à tous les membres de ses clubs de faire quelque chose pour laquelle la préparation et la maîtrise de soi donné par notre jeu les a préparés. » La fédération anglaise effectue la même démarche.

Toutes les compétitions sont donc interrompues. Sur le front, où les premiers rugbymen sont tombés, certains tentent de re-goûter aux joies du rugby mais la dureté des combats les ramènent à leur triste sort comme le rappelait l’international français Henri Armand : « mon dernier match, je l’ai joué en 1915 en Champagne, près du front. Nous nous étions déshabillés dans la tranchée. Je jouais à côté de Géo André mais le match fut vite interrompu. Les Allemands envoyèrent une fusée au-dessus du terrain et personne ne tint à reste plus longtemps. »

Parenthèses
Pourtant, loin du front, la vie se poursuivait et on mit en place à partir de la saison 1915-1916 une compétition nationale avec les quelques jeunes valides ou qui n’avaient encore pas été appelés au combat : la coupe de l’espérance. Ce championnat, sans véritable signification eut quatre vainqueurs : Toulouse en 1916, Nantes en 1917, le Racing en 1918 et Tarbes en 1919.

Plus près du front, il y eut une tentative en 1917 pour organiser un semblant de match international. Il eut lieu le 11 avril dans le bois de Vincennes et opposa l’armée française à une sélection de l’armée néo-zélandaise. Composée d’anciens ou de futurs All Blacks, cette équipe n’eut aucun mal à triompher de ses hôtes (40 à 0). Quelques jours plus tard, Bechade, l’arrière français, était tué à son retour au front.

Bilan
Au terme des quatre années de combat, le monde du rugby ne pouvait que dressait un lourd bilan : la France avait perdu 24 de ses 144 internationaux, le Royaume-Uni, 76… Un club comme Rosslyn Park (Londres) avait perdu 70 de ses joueurs et 80 revenaient des combats blessés. On estime que la moitié des joueurs recensés avant la guerre étaient morts sur les champs de bataille.

Le rugby, qui, proportionnellement, donna plus d’officiers et de sous-officiers que les autres disciplines sportives, était décimé. Parmi les 76 internationaux britanniques morts, 65 étaient officiers et 6, sous-officiers. Des quinze joueurs écossais à avoir affronté la France en 1914, neuf avaient disparu. Avec trente internationaux morts, l’Ecosse fut d’ailleurs la nation qui eut le plus de pertes.

Reprise
Certains rugbymen sortaient de la guerre avec quelques honneurs comme l’Anglais Cyril Lowe (international en 1913 et 1914) qui s’était engagé dans l’aviation. Blessé en mars 1917, il remporta neuf victoires et fut décoré de la Military Cross. Louis Dedet, le n°3 dans la liste des internationaux français, était parti comme simple soldat en 1914 et revint avec le grade de commandant et plusieurs citations quatre ans plus tard. Frédéric Lubin-Lebrère (qui avait été sélectionné à trois reprises en équipe de France en 1914) retrouvait les terrains au lendemain de la guerre mais avec un œil en moins.

C’est avec ces hommes que le jeu repris ses droits une fois la paix revenue. Dès l’armistice signé, on s’empressa d’organiser l’Imperial Trophy qui réunissait les forces de l’empire britannique. Pour célébrer le retour à la paix, on oubliait aussi les dissensions d’avant-guerre en renouant les relations avec la France dont la sélection militaire put affronter l’armée australienne puis le vainqueur de l’Imperial Trophy, l’armée néo-zélandaise. Le Général américain Pershing s’empressa pour sa part de bâtir un stade dans le bois de Vincennes pour y organiser des Jeux interalliés auxquels participèrent la France, la Roumanie et les Etats-Unis pour le rugby.

Après cette période de transition, la saison 1919-1920 voyaient le retour des compétitions d’avant-guerre. L’Angleterre, l’Ecosse et le Pays de Galles remportait un tournoi qui vit la première victoire à l’extérieure du XV de France (en Irlande).  En France, c’est Tarbes qui était sacré.

[sources]
Henri Garcia, « Seigneurs et forçats du rugby » : Calmann-Levy, 1994
Henri Garcia, « La fabuleuse histoire du rugby » : Minerva, 2001

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