David Campese : les saisons du plaisir

Grande gueule mais un talent fou. Toute la personnalité de Campese pourrait se résumer à ces deux traits de caractères, deux traits qu’il exprima dès ses débuts sous le maillot des Wallabies. En 1982, Campo n’a pas encore 20 ans. Il s’est fait remarqué avec la sélection des moins de 21 ans au point de gagner sa place avec les Wallabies pour affronter les All Blacks.

« Il m’a fait vivre l’enfer pendant trois tests »

Le face-à-face entre le jeune inconnu et Stu Wilson, la référence du moment au poste d’ailier, suscite évidemment l’intérêt des médias. Pas celle de Campese qui, lorsque les journalistes lui demandent ce qu’il ressent au moment d’affronter Stu Wilson, il répond : « Stu qui ? ». Dès lors, il passera pour un joueur arrogant et tout au long de la tournée, il fut la cible de la presse locale. Malgré la défaite dans la série de tests (1-2), ses performances sur le terrain ne laissent pas insensibles les observateurs et encore moins Stu Wilson, son adversaire direct, qui reconnut : « il m’a fait vivre l’enfer pendant trois tests ».

En marge
« Il y a tant de facettes dans la personnalité de David Campese que le plus grand case-tête chaque jour est de savoir celui qu’il va nous dévoiler ». C’est ce que révèle en 1995 The independent en citant un de ses partenaires qui préférait rester anonyme. Dans sa biographie, Michael Lynagh, son capitaine lors de la coupe du monde 1991, révéla les conflits qu’il eut avec son partenaire, précisant qu’il ne pouvait haïr l’homme parce qu’il savait que sa critique n’était qu’une façon de témoigner son affection.

Tout le monde ne fut pas toujours aussi compréhensible que Lynagh. Il fut même contraint à la fin de sa carrière, en raison de ses déclarations fracassantes, de vivre un peu en marge du groupe australien. Quelques semaines avant la coupe du monde, il déclarait en effet à propos de Tim Horan qui revenait d’une grave blessure au genou : « Personnellement, je ne pense pas que les sélectionneurs devraient le prendre. Il n’est plus vraiment le Tim Horan que l’on a connut ces dernières années. Il faut beaucoup de courage et de travail pour en arriver où il est mais ce n’est plus tout à fait le même joueur. S’ils le prennent, je pense que ce sera une erreur. »

« Nous savons tous qu’il n’y a qu’un mince fil entre le cerveau et la bouche de Campo »

Bob Dwyer, son entraîneur, préféra ne pas polémiquer : « Nous savons tous qu’il n’y a qu’un mince fil entre le cerveau et la bouche de Campo ». Selon « The independent », l’affaire n’en resta cependant pas là.  Le journaliste affirmait que la personnalité solitaire de Campese n’en faisait pas le joueur le plus aimé de la sélection, rappelant une image symbolique, celle du France-Australie de 1993 lorsque, pendant les hymnes, tous les joueurs australiens se tenaient bras dessus-bras dessous, sauf Campese, un peu à l’écart.

Mes amis les Anglais
Mais la principale victime du franc parler de Campese, ce furent les Anglais qu’il accusait, y compris sa carrière terminée, de pratiquer un jeu tendant à rendre ce sport totalement sans intérêt. Il y eut un premier pic de tension dans ses relations aux Anglais lors de la finale de la coupe du monde 1991, avant laquelle il qualifia Will Carling, centre et capitaine du XV de la Rose, de « taureau castré ». Pendant le match, il s’illustra par un en-avant volontaire sur une passe de Winterbottom à Rory Underwood, faisant naître la polémique.

« Les Anglais sont une menace pour le jeu. Je ne suis même pas sûr qu’ils sachent marquer un essai »

Le sommet fut atteint lors de la coupe du monde 2003. Pour Campese, les Anglais représentaient « une menace pour le jeu. Ils sont complètement dépendant de la botte de Jonny Wilkinson, même quand ils rentrent dans les 22 mètres adverses. Je ne suis pas sûr qu’ils sachent marquer un essai. »

Campese justifia alors ses prises de position tranchées par la situation du sport en Australie, où se tenait la coupe du monde et où le rugby devait rivaliser avec d’autres sports. « Le rugby a besoin d’attirer des gens ici en Australie où il est en concurrence avec le rugby à XIII et l’Australian Rules. Or le jeu que pratique l’Angleterre laisse un trop grand nombre de personnes indifférentes. » Au terme de la coupe du monde, il dut néanmoins reconnaître la victoires des Anglais. Pour se repentir, il effectua une marche à Oxford Street en portant le message : « je l’admets, la meilleure équipe a gagné ».

Au spectacle ce soir
Campese, sur un terrain, c’était aussi « un cerveau qui ne sait pas ce que ses pieds font » comme le décrivit Nick Farr-Jones, l’ouvreur des champions du monde 1991. « On ne joue pas pour être le meilleur, expliquait Campese. On joue pour prendre du plaisir. Et surtout pour donner du plaisir aux autres. Il faut que le gens sortent du stade en demandant : quand se joue le prochain match ? »

« Contre-attaquant du fin fond de son en-but, il aime prendre risques et paris », écrivaient Escot et Rivière. Pour cela, il s’appuyait sur un solide bagage technique : son fameux pas de l’oie, une course rapide, une adresse manuelle étonnante (il tenait souvent son ballon d’une main), une frappe des deux pieds d’une prodigieuse précision et la maîtrise du rebond offensif.

S’il était déconcertant hors des terrains, il l’était aussi dans le jeu par ses improvisions, alternant exploits et bourdes. Côté exploit, citons le match contre les Barbarians britanniques qui clôturait la tournée britannique de 1984 au cours duquel il marqua les esprits en prenant le ballon dans son camp pour traverser la défense adverse par ses changements d’appuis avant de promener le Gallois Robert Ackerman qui  ne le rattrapa qu’à un mètre de l’en-but. Ce placage ne l’empêcha pas de libérer le ballon pour Michael Hawker qui marquait l’essai.

Côté bourde, la plus fameuse reste celle qu’il commit face aux Lions britanniques lors du troisième et dernier test de leur tournée de 1989. En près d’un siècle d’affrontement, les Wallabies n’avaient jamais gagné contre les Britanniques et avaient donc fait de cette série l’objectif majeur de leur saison. Les deux équipes arrivaient au troisième test à égalité une manche partout. Menés 9 à 12, les Lions tentaient une pénalité par Andrew qui ratait son but pour atterrir dans les bras de Campese. Il décidait de relancer dans son en-but mais délivrait une passe qui rebondissait sur son partenaire pour finir dans les bras de l’ailier Ieuan Evans qui marquait un essai décisif. Les Lions l’emportaient 19 à 18 et l’action resta connue sous le nom de « Campese corner ». Pour Campese, le coup était gagnant : « Je crois encore que l’idée était vraiment sensée. C’est simplement l’exécution qui ne fut pas bonne ».

Epicurien
En dépit de quelques pertes de confiance liées à ce type d’action, Campese s’efforça toujours de prendre du plaisir dans le jeu. « Je suis joueur douze mois sur douze, quatorze heures par jour ». C’est pour cette raison qu’il ne céda jamais aux sirènes treizistes, son sport de formation. A partir de 1984, les grands clubs anglais ne cessèrent de faire monter les enchères pour l’attirer dans leurs filets, des enchères qui atteignirent 4,5 millions sur quatre ans, une offre formulée par Saint-Helens mais que refusa Campese : « Je veux jouer la coupe du monde de 1991 et prendre du bon temps avec mes amis quinzistes. Le XIII est trop abrutissant ».

« Je veux jouer la coupe du monde de 1991 et prendre du bon temps avec mes amis quinzistes. Le XIII est trop abrutissant »

Au lieu de cela, Campese préféra partager ses saisons entre l’hémisphère sud, pendant les six mois d’été, et l’hémisphère nord, pendant les six mois d’hiver. En 1987, il signe ainsi à Milan. Il revint l’année suivant en Italie, à Padoue où vivait encore ses grands-parents. Il fut champion d’Italie avec ces deux clubs. S’il lui restait un trou dans la saison, il n’hésitait  à participait à un tournoi à sept.

Et quand le jeu ne l’intéressa plus, il décida de raccrocher les crampons (en 1999, à 36 ans), lançant tout de même une dernière pique lors de sa conférence de presse : « Ce jeu est devenu très frustrant et ne me procure aucun plaisir. Je laisse la place à la nouvelle génération, celle des robots exterminateurs ».

2 OU 3 CHOSES A SAVOIR EGALEMENT SUR CAMPO…

  • Né le 21 octobre 1962 à Queanbeyan
  • Champion du monde 1991 ; élu meilleur joueur du tournoi
  • 1994 : porte le maillot des Barbarians français lors d’un match à Charletty face aux barbarians britanniques
  • A l’arrêt de sa carrière, il détient le record du nombre d’essais marqués en tests-matchs avec 64 réalisations
  • 2001 : nommé au rugby hall of fame

SOURCES
Richard Escot et Jacques Rivière, « les stars du rugby » : Bordas, 1991
Jean-Pïerre Lacour, « Les grands du rugby » : Reader’s Digest, 2000
« Campese the untouchable » : the independent, 24 mai 1995
« Campese quitte l’arène » : libération, 29 juillet 1999
« Campese blasts spoiling England » : the age, 20 juin 2003

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