France – Wallabies 2001 : le pacte des jeunes loups

Laminé en finale de la coupe du monde 1999, puis battu au Stade de France l’année suivante avec une équipe aguerrie, l’équipe de France pouvait se faire du souci à l’heure d’affronter des Wallabies alors au sommet du rugby mondial. D’autant plus que Laporte décidait à l’automne 2001 de rajeunir considérablement son équipe…

Ce samedi 17 novembre, sur les coups de 20h45, près de six millions de Français se sont rassemblés devant la Star Academy, saison 1. Sur France 2, ils ne sont « que » 5,6 millions à avoir choisi de regarder France-Australie. Une semaine après une probante victoire face « à de pâles sud-africains, englués dans des certitudes d’un autre temps » comme l’écrivit Le Parisien, ils espèrent que la Bleusailles qui se présentent à eux va rééditer son exploit.

Gros morceau
Face à eux, les Wallabies et leurs certitudes à peine ébranlées par une défaite en Angleterre. Champions du monde en titre, doubles vainqueurs des Tri-Nations, victorieux des Lions, ils sont un peu la bête noire des Français. Olivier Magne, qui les a affrontés à cinq reprises, a toujours perdu face à ceux qu’il qualifie de « bêtes à sang-froid ». « Régulièrement, on en ressort avec un sentiment d’impuissance, expliquait-il. Leur défense m’impressionne. Elle est allée crescendo depuis 1997. Tu es désemparé car tu te trouves face à un mur (…) Ils sont très intelligents, rusés, sans cesse à la limite du hors-jeu. Rien n’est laissé au hasard. »

« Leur défense m’impressionne. Tu es désemparé car tu te trouves face à un mur »

Si elle a perdu son entraîneur Rod McQueen, qui a laissé son siège à Eddie Jones au lendemain de la tournée des Lions, et son capitaine John Eales, retiré des affaires internationales au soir des Tri-nations, son effectif reste impressionnant : Gregan, Larkham, Burke, Roff, Kefu, Finegan… Et la défaite concédée une semaine plus tôt à Twickenham ne peut servir que d’électrochoc comme l’a rappelé Gregan dans la semaine : « Nous allons rebondir avec volonté et savoir-faire. Il se dit que l’on juge les grandes équipes dans l’adversité. Nous y sommes après l’échec de Twickenham. Donc, nous n’avons pas le choix : à nous de livrer un match fort ».

Marie-Louise
Les Français ont pour eux un atout non négligeable : le public marseillais. Un an auparavant, c’est ce « public chaud comme la braise » qui les avait galvanisés et leur avait permis de venir à bout des All Blacks. Mais ils n’étaient plus que trois, Galthié, le capitaine, Magne et Auradou à avoir connu l’ambiance du vélodrome. Les cadres de l’époque, les Benazzi, Tournaire, Juillet ou Lamaison, n’avaient pas résisté à un Tournoi désastreux et Laporte avait lancé dans le bain international une jeune classe, celle des Jeanjean, Poitrenaud, Gelez, Jauzion, Michalak et consorts, celle que Maso nomma les « Marie-Louise ».

« Je suis là pour m’éclater et m’amuser. Inutile de le cacher, je veux mettre le feu au Vélodrome »

Insouciants et joyeux, les Wallabies ne leur faisaient pas peur et ils promettaient d’attaquer cette rencontre bille en tête à l’image de Michalak, qui honorait sa première titularisation à l’ouverture : « Je suis là pour m’éclater et m’amuser. Je suis là pour oser et mordre la ligne d’avantage. Inutile de le cacher, je veux mettre le feu au Vélodrome ».

Chose promise, choses due. Sur son premier ballon, dans les 22 mètres, le Toulousain décidait de lancer l’attaque. A la troisième minute, c’est lui qui ouvrait le score sur une pénalité (3 à 0). Trois minutes plus tard, les Australiens revenaient à hauteur (3 partout) et le culot de Michalak ne suffisait plus : il ratait deux pénalités, une transformation et un drop et, agacé, se rendait coupable d’un mauvais geste sur son vis-à-vis, Larkham.

Attaque
Les Français se mirent alors à appliquer le plan de jeu que leur avait demandé Bernard Laporte. Avant le match, il expliquait que « nous allons tenter d’écarter leur défense et ainsi se donner la possibilité de forcer le passage ». Ses hommes monopolisent alors le ballon, s’efforçant d’étirer au maximum la défense de Wallabies qui semblaient perdus, pour renverser l’attaque et passer au milieu. Le coup faillit réussir à la 26ème minute lorsqu’une charge de Damien Traille échoua au pied des poteaux.

Dans la minute suivante, un coup de pied de déplacement de Michalak arrivait en touche. L’alignement français volait le ballon aux Australiens pour créer deux points de fixation avant d’envoyer le ballon au large, puis de repiquer au centre. Là, Traille pouvait servir Marsh qui allait à l’essai. « C’était prévu que l’on joue au large et que l’on renverse le jeu dans un deuxième temps, expliquait le Néo-Zélandais fraichement sélectionné avec les Bleus. Le plan de jeu était d’écarter la défense et de percer ensuite au milieu. »

« Quel dommage qu’elle n’ait pas pu faire le plein de ses occasions car le match serait déjà en grande partie gagné »

La domination française reprenait de plus belle et une pénalité de Traille, remplaçant un Michalak maladroit, portait l’avance à 11 à 3 pour le XV de France à la mi-temps. « Cette équipe de France a du talent et de l’envie, s’exclamait Serge Blanco dans les tribunes. Quel dommage qu’elle n’ait pas pu faire le plein de ses occasions car le match serait déjà en grande partie gagné. »

Défense
Les partenaires de Galthié reprenaient le match sur le même temps. Traille ratait un drop à la 43ème mais portait l’avance à 14 à 3 sur une pénalité à la 50ème. Une petite baisse de régime permettait aux Wallabies de se rapprocher à 14-6 sur une pénalité de Burke à la 55ème.

La fin du match fut aussi partagée que tendue. Par deux fois, aux 65ème et 69ème minutes, Aurélien Rougerie étaient repris à quelques mètres de l’en-but australien. Au lieu de sceller leur victoire, les Français restaient à portée de tir des Wallabies et allaient finir le match sur la défensive et dans le rouge. Courageux en défense (ils réussirent ce soir là près de 90% de leurs placages), ils ne cédaient que dans les arrêts de jeu sur un essai de Tune que transformait Flatley. Certains, épuisés, crurent que le match venait de leur échapper et il fallut la clameur du Vélodrome au coup de sifflet final pour les rappeler à la réalité de leur exploit : il venait de battre les Wallabies (14 à 13), ce qu’aucune équipe de France n’avait réussi depuis 1993.

« Nous avons confiance en Bernard. Et nous aimons le rugby qu’il nous propose »

Au lendemain de ce match, la presse fut particulièrement élogieuse. « Le Parisien » écrivait que « ce doublé historique annonce des lendemains heureux ». Sur l’équipe.fr, on se projetait déjà vers la coupe du monde : « dopés à l’enthousiasme tout en restant d’une rigueur défensive étonnante, les Bleus semblent avoir gommé tous les défauts qui les perdaient il y a encore six mois. Tous les espoirs sont permis pour la prochaine coupe du monde ».

Avant cela, outre un test face aux Fidji, un tournoi et une confrontation avec l’autre monstre du moment, l’Angleterre de Woodward, attendaient l’équipe de France. Une certitude s’imposait toutefois au soir de la victoire de Marseille : un groupe s’était formé autour d’un projet de jeu et de son entraîneur comme l’affirmait Fabien Galthié : « Nous avons confiance en Bernard. Et nous aimons le rugby qu’il nous propose. »

SOURCES
Le Parisien et lequipe.fr du 12 au 20 novembre 2001

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