Wallabies 1991: les professionnels

On ne remerciera jamais assez les Wallabies. Souvent dévalués mais toujours innovants, ils ont sauvé le rugby en 1991 en empêchant le sacre prévu des Anglais

« Notre défaite face à la France en demi-finale de la coupe du monde 1987, à Sydney qui plus est, nous a fait vraiment mal, se rappelle Nick Farr-Jones, le capitaine des Wallabies en 1991. Nous avons eu énormément de difficultés à nous en relever ». Alors qu’ils dominaient les Blacks en Bledisloe Cup avant cette coupe du monde, ils subissent désormais la loi des champions du monde.

Zone 2
En 1988, les Wallabies parviennent à peine à gagner un match sur deux. L’année suivante, ils sont battus quatre fois en six matchs. « En 1989, nous étions devenus une équipe de seconde zone, explique Farr-Jones. Pour préparer cette coupe du monde 1991, les sélectionneurs avaient décidé de s’appuyer sur une base solide de joueurs expérimentés et d’injecter du sang neuf avec des jeunes joueurs comme la paire de centre Jason Little et Tim Horan. L’amalgame s’est vite réalisé. »

« Les sélectionneurs avaient décidé de s’appuyer sur une base solide de joueurs expérimentés et d’injecter du sang neuf. L’amalgame s’est vite réalisé »

Côté joueurs expérimentés, il y a évidemment Nick Farr-Jones auquel Bob Dwyer l’entraîneur australien confie le capitanat, mais aussi ses lieutenants, le troisième ligne Simon Poidevin, l’ouvreur Michael Lynagh et l’arrière ou ailier David Campese. Côté sang neuf, il y a la paire Little-Horan dont parle Farr-Jones mais aussi le deuxième ligne John Eales qui fit ses débuts internationaux quelques mois plus tard.

Reconstruction
La France ne tarda pas à découvrir cette nouvelle génération des Wallabies. En 1989, à la Meinau, pour la revanche de la coupe du monde 1987, il reste neuf joueurs côté français contre seulement trois côté australien (Campese, Lynagh, Farr-Jones). Malgré toute son expérience, le XV de France est submergée par la jeunesse australienne et subit une défaite de 17 points.

« Ces Wallabies mettaient un soin tout particulier à libérer au plus vite les ballons de chaque conglomérat, en privilégiant protections et déblayages »

Bob Dwyer a réussi à imposer sa patte au jeu des Wallabies, un jeu rapide incisif, pénétrant et organisé. Jacques Verdier note que « les Wallabies furent les premiers à remettre au goût du jour les ballons vivement expédiés des touches vers les trois-quarts, sans peel-off intermédiaires. Ainsi mirent-ils un soin tout particulier à libérer au plus vite les ballons de chaque conglomérat, en privilégiant protections et déblayages. »

Conquérir Bill
Sans être les grands favoris de l’épreuve, les Wallabies arrivaient en Europe avec davantage de confiance. En 1990 et 1991, ils avaient remporté sept de leurs onze matchs, dont une victoire en Bledisloe Cup. Les hommes de Dwyer passent le premier tour sans réel problème hormis contre de surprenants Samoans qui résistent et ne perdent que 3 à 9. Les Argentins sont par contre expédiés 32 à19 et les Gallois, sur leurs terres, 38 à 3.

Cela se corse en quart de finale contre l’Irlande. Lorsque les Irlandais inscrivirent un essai qu’ils crurent décisif à quelques minutes de la fin, Lynagh rassembla ses partenaires sous les poteaux. « Personne n’avait vraiment à l’esprit d’écouter Michael, se remémore Tim Horan. Dans notre tête, nous étions éliminés ». Pourtant, l’ouvreur va leur prédire exactement ce qui allait se passer dans les derniers instants de la partie : « Je vais taper loin à gauche, leur dit-il, et ils vont dégager en touche. On va jouer cette touche. Si vous êtes pris, gardez le ballon. On aura une mêlée et là-dessus, on va marquer. » Les images montrent qu’il avait vu juste.

« Les gars, on a un job à faire »

Dwyer rendit un fervent hommage à son ouvreur au terme de cette coupe du monde : « il a fait un job fantastique, non seulement pour le rugby de notre pays, mais aussi pour le rugby en général parce qu’il était un joueur capable de tout faire ».

Les Wallabies parvinrent deux semaines plus tard en finale contre l’Angleterre après avoir sorti sans coup férir les tenants du titre, les All Blacks. Pour conquérir ce trophée qu’ils n’allaient pas tarder à surnommer « Bill » (diminutif du William du William Webb Ellis Trophy), ils se montrèrent extrêmement pragmatiques.

« Il n’y a pas eu de grand discours de motivation, révèle Farr Jones. Je suis parti du principe que si tu n’es pas prêt de jour-là, tu ne le seras jamais. J’ai juste réuni les joueurs le vendredi soir et je me souviens avoir dit des paroles très pros. Du genre : « Les gars, on a un job à faire ». » Le lendemain soir, le job était fait. Froidement, les Wallabies battaient des Anglais qui avaient pourtant essayé de réchauffer cette finale (12 à 6).

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SOURCES
« 20 ans de coupe du monde » : L’équipe magazine, 25 août 2007
« Atlas de la coupe du monde 2003 » : Midi Olympique, HS, 2003
Henri Garcia, « la légende du rugby » : Liber, 1997

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