Biarritz-Cardiff 2003 : marquez comme vous voulez

C’est l’histoire d’une confrontation franco-française à distance entre Biarritz et Bourgoin. Une histoire où les deux équipes cartonnent leurs adversaires qui repartent avec plus de 100 points dans leurs valides. Mais une histoire dont le dénouement énerva le traiteur intraitable.

Au lendemain de cette dernière journée des phases de poule de la coupe d’Europe 2002-2003, Pierre Martinet, le président de Bourgoin  est énervé. Très énervé. « Je suis écœuré. Quand je vois mon équipe marquer cinq essais, faire un gros match et gagner face à une grande équipe de Sale pour se faire finalement éliminer, j’ai vraiment du mal à comprendre. Comment Cardiff, qui est aussi une grosse équipe, peut-elle encaisser treize essais à Biarritz, ce qui nous écarte de cette Coupe d’Europe ? »

Orgie
Le samedi 18 janvier 2003, au matin de leurs matchs contre Sale, les Berjaliens ont encore toutes leurs chances pour se qualifier pour les quarts de finale. Trois équipes sont dors et déjà qualifiées : Toulouse, les Anglais de Leicester et les Irlandais du Leinster. Il reste donc cinq places à prendre. Les mieux placés côté français sont Perpignan et Bourgoin qui doivent s’imposer impérativement face à Viadana et Sale. Il reste également une chance de qualification pour les Biarrots mais ils doivent absolument l’emporter en marquant au moins huit essais face à Cardiff (finaliste de la première édition).

Le quinze de départ du BO laisse à penser que l’on n’y croit pas vraiment sur la Côte basque puisque des joueurs-cadres comme Gonzalez, Betsen ou Versailles sont laissés sur le banc. Les Biarrots l’emportent toutefois 75 à 25, inscrivant treize essais ! Pour se donner le temps d’en marquer davantage, ils n’ont même pas pris la peine de transformer les cinq derniers. Dans le même temps, à Bourgoin, les hommes de Saint-André ont corrigé les Anglais de Sale 43 à 15.

« C’est une énorme déception, on a fait un superbe match et on se retrouve éliminés. Il y a de quoi se poser des questions »

En temps normal, un tel succès aurait suffi au bonheur et à la qualification des Berjaliens. Pas ce 18 janvier. Apprenant le résultat des Biarrots, Philippe Saint-André, le manager isérois, est pris d’un doute. A Biarritz, on ne sait pas non plus lequel des deux clubs français est qualifié. Personne ne maîtrise le règlement de la Coupe d’Europe. Serge Blanco se décide à appeler les dirigeants de l’ERC. Bourgoin et Biarritz terminent avec un nombre d’essais identiques, 21 chacun, mais dans ce cas, c’est le point-average général qui intervient. Avec + 62 contre + 48, les Basques coiffent Bourgoin sur le fil…

A Bourgoin, c’est la consternation. « C’est une énorme déception, confesse Saint-André. On a fait un superbe match et on se retrouve éliminés. Il y a de quoi se poser des questions. » Mais avant de fêter leur qualification, les hommes de Lagisquet doivent attendre le lendemain et le match de Bristol car les Anglais peuvent encore briser leur rêve en triomphant du Leinster et en inscrivant neuf essais. Il n’en sera rien.

Voleurs !
Alors, le lundi, dans la presse, Pierre Martinet n’y va pas par quatre chemins, mettant d’abord en cause la sportivité des Biarrots. « Biarritz est surreprésenté à la ligue, explique-t-il, Biarritz est surreprésenté à la télévision. Je me pose des questions, je suis écœuré. » Comme si ça ne suffisait pas, il s’en prend aussi à l’ERC : « Là, on perd en étant victime d’une tricherie. On se fait voler à Glasgow où l’on nous refuse plusieurs essais pourtant valables. Et c’est l’arbitre que nous avions à Glasgow qui officiait aujourd’hui à Biarritz. C’est épouvantable ! Je suis triste pour le rugby. Ce qui s’est passé, ce n’est pas beau pour le sport. »

« On se fait voler à Glasgow où l’on nous refuse plusieurs essais pourtant valables. Et c’est l’arbitre que nous avions à Glasgow qui officiait aujourd’hui à Biarritz. »

Les répliques ne tardent pas. C’est d’abord Marcel Martin, le président biarrot qui prend la parole : « le rugby ne mérite pas qu’on utilise ce genre de paroles. Je ne voudrais pas que ses propos rabaissent la performance des Biarrots. Peut-être appartenait-il à Bourgoin d’être plus ambitieux et de marquer plus d’essais ? »

De son côté, Jean-Pierre Lux, président de l’ERC, confirme que les résultats du week-end ont bien été entérinés. Pour lui, il n’est pas question d’ouvrir une enquête : « Je comprends la frustration de Pierre Martinet, mais j’espère que ses mots ont dépassé sa pensée. De notre côté, l’an prochain, on va tenter de jouer tous les derniers matchs à la même heure »

Trajectoires opposées
Ce sera le seul prolongement de cette affaire. Depuis la saison 2003-2004, en Coupe d’Europe, tous les matchs d’une dernière journée de poule se déroulent au même moment selon le vœu de Jean-Pierre Lux.

Sur le plan sportif, les destins des Berjaliens et des Biarrots vont prendre des chemins opposés. Pour le BO, malgré l’élimination en quart de finale par le Leinster, c’est le début des belles années européennes : demi-finalistes en 2004 et 2005, les Biarrots échouaient en finale en 2006.

La coupe d’Europe ne serait par contre jamais l’affaire de Bourgoin. Deux ans plus tard, l’équipe entraînée désormais par Laurent Seigne réservait ses meilleurs joueurs pour le championnat et envoyait ses jeunes se faire étriller par le Munster 17 à 92 ! Ce comportement ne plut pas à l’ERC qui infligea une lourde amende aux Berjaliens.

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