Ecosse 1924/1929 : chardons ardents

Ian Smith, ailier de cette équipe d'Ecosse

Jusqu’aux années 1980 et l’équipe des Hastings, Jeffrey ou Sole, les Ecossais ont vécu sur le souvenir d’une équipe mythique, celle des années 1920, victorieuse du Grand Chelem en 1925 et principale rivale de l’ennemi anglais

Ce 21 mars 1925, l’événement en Ecosse c’est le traditionnel Ecosse – Angleterre de l’International Championship puisque c’est encore ainsi que les Britanniques appelaient le Tournoi dans l’Entre-deux-guerres. A elle seule, l’affiche aurait suffi à faire la Une des journaux.

Mais voilà qu’en 1925, elle revêt une saveur toute particulière : l’affiche va inaugurer le nouveau stade national dédié à la pratique que rugby, Murrayfield, et doit sacrer la meilleure équipe du Vieux Continent, Calcutta Cup et Grand Chelem en jeu.

Naissance d’une équipe
Déjà victorieuse du Tournoi en 1920, l’Ecosse avait raté par deux fois le Grand Chelem en 1920 et 1923. A chaque fois, la dernière levée contre l’Angleterre lui avait été fatale. Elle s’appuyait alors sur des joueurs comme John Bannerman, la figure de proue du paquet d’avants, son troisième ligne Davies, son arrière Drysdale ou son centre et capitaine McPherson. McPherson, c’était le stratège de la ligne de trois-quarts. Il s’était fait remarquer en 1922 sous les couleurs d’Oxford, équipe au sein de laquelle il côtoie déjà plusieurs de ses futurs partenaires en sélection écossaise.

Autour de ces joueurs cadres, une formidable équipe, certainement la meilleure que l’Ecosse ait connu jusqu’à celle des années 1980, se dessine. En 1924, outre l’incorporation de deux nouveaux avants, Gillies et Howie, c’est une formidable ligne de trois-quarts qui vit le jour avec l’incorporation des demis Nelson et Waddell, du centre Aitken et des ailiers Smith et Wallace. Au début du Tournoi suivant, les sélectionneurs renforçaient leur pack en donnant leur chance aux Paterson, McMyn, Scott et Ireland.

Kilted kiwis
Cette équipe d’Ecosse présente la particularité de compter dans ses rangs deux joueurs d’origine néo-zélandaise, les fameux « Kilted kiwis », Ian Smith et George Aitken. Le premier est à Melbourne mais a été élevé en Nouvelle-Zélande. C’est un finisseur d’exception : en 32 sélections avec l’Ecosse, il inscrivit 24 essais dont neuf contre l’ennemi anglais. Il fut surnommé « the flying scot », « l’Ecossais volant », en référence au train rapide faisant la liaison entre l’Angleterre et l’Ecosse.

George Aitken aurait du quant à lui connaître une belle carrière avec les All Blacks. Joueur rapide et capitaine reconnu, il faisait partie au début des années 1920 de la sélection de Wellington, l’une des plus belle dans l’histoire de la province. Un journaliste local le surnomma « le chevalier sans peur et sans reproche ». En 1921, il rejoignait les All Blacks pour les deux premiers tests contre les Springboks. Il était même nommé capitaine. Victorieux du premier test, il ne survécut pas à la défaite lors du deuxième test et, à la surprise générale, il fut évincé du quinze de départ pour le troisième et dernier test de la série.

Aitken décidait alors de rejoindre l’Angleterre et Cambridge pour y poursuivre ses études. Sélectionné régulièrement avec les Barbarians britanniques, Aitken était également sélectionnable pour toute autre sélection nationale puisque aucune règle ne l’interdisait. Les sélectionneurs écossais, qui avaient depuis longtemps un œil sur lui, ne s’en privèrent pas et en 1924, ils l’invitaient à rejoindre le quinze écossais.

Combat
Déjà victorieuse de la France à Inverleith deux mois plus tôt (25-4), puis du Pays de Galles à Swansea (24-14) et de l’Irlande à Dublin (14-8), c’est cette équipe qui se présenta face à l’Angleterre le 21 mars 1925. Ce jour-là, Murrayfield et ses trois tribunes étaient prêts à accueillir les 70 000 personnes qui se pressèrent à ses guichets autant pour découvrir la nouvelle enceinte nationale que pour assister à la finale du Tournoi 1925.

Les Ecossais se présentèrent selon leur habitude vêtus de bleu marine mais avec des maillots non numérotés car la fédération écossaise considérait que cette numérotation facilitait l’identification des joueurs par le public autant qu’elle faisait le lit du… professionnalisme !
Un an plus tard, la situation ne manqua pas de surprendre le roi George V lorsqu’il se fit présenter les équipes à Twickenham. Lorsqu’il demanda la raison de cette absence de numéros sur les maillots écossais à Aikman Smith, le dirigeant calédonien eut ce mot fameux : « il s’agit d’un match de rugby, Sire, non d’une foire aux bestiaux ».

Dans ce match, il n’y eut pas de grandes envolées mais un combat féroce. A quelques minutes de la fin, alors que l’avantage avait changé trois fois de camp, les Anglais semblaient tenir leur victoire, en menant 11 à 10. Mais les avants anglais étaient fatigués par l’intensité du combat. Les Ecossais ne paraissaient pas plus frais mais ils profitèrent de la situation pour faire donner leur pack. Plus jeunes et sans doute plus mobiles, ils emportaient la décision (14 à 11),

L’année suivante, cette même équipe remportait un nouveau Tournoi mais une défaite contre l’Irlande, la première à Murrayfield, les privait d’un nouveau Grand Chelem. Les Ecossais pouvaient se consoler en conservant la Calcutta Cup grâce à leur victoire à Twickenham, un exploit qu’il n’avait plus réalisé depuis 1909. Un scénario similaire se reproduisit en 1927 : victoire dans la Tournoi mais échec dans la conquête de la Triple Couronne et du Grand Chelem en raison d’une défaite en Irlande.

Regret
L’équipe commença alors à se disloquer. Au terme de la saison 1927, trois des héros de 1925, Davies, Gillies et Ireland, prenaient leur retraite internationale. Ils allaient être imités en 1929 par McMyun. En 1930, 8 des quinze titulaires du match de 1925 contre l’Angleterre mettaient un terme à leur carrière internationale. Les résultats s’en ressentirent immédiatement. Après un dernier sursaut en 1929 (Victoire dans le tournoi et retour de la Calcutta Cup en Ecosse), le XV du chardon quitta progressivement le devant de la scène.

Cette équipe fut sans doute la meilleure que l’Ecosse n’ait jamais connue. On peut regretter qu’elle n’ait pas affronté les All Blacks (les « Invincibles ») lors de leur deuxième tournée européenne de 1924-1925. La raison de ce non-match reste assez obscure. Certains avancent des problèmes financiers. Officiellement, ce serait un problème protocolaire qui serait à l’origine de cette affaire. L’invitation faite aux All Blacks avait été lancée par la seule fédération anglaise et les Ecossais posèrent comme condition que cette invitation soit le fait des quatre Home Unions pour qu’ils acceptent de rencontrer les Néo-Zélandais. Les Anglais ne l’acceptèrent pas et l’Ecosse n’affronta donc pas les Blacks

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