Christian Califano : pilier drôle

Christian Califano



On se souvient de lui pour ces facéties, son goût pour la déconnade. Mais sur le terrain, Cali était toujours un client. Parcours pas toujours linéaire du meilleur pilier français de la fin du siècle dernier.

Fin mai 2007 : une équipe de France privée de ses titulaires habituelles débarque en Nouvelle-Zélande. Cette tournée est censée délivrer les derniers billets pour la coupe du monde qui doit débuter en septembre. Certains peuvent y croire, d’autres ne se font pas beaucoup d’illusion. Christian Califano est de ceux-là. Il sait qu’il est en fin de carrière, qu’il a été appelé pour pallier les absences des Marconnet, De Villiers, Mas ou Milloud et que ce sont eux qui iront au Mondial à sa place.

« C’est ça la Nouvelle-Zélande, c’est de la fraternité »

Ce n’est pourtant pas sans émotion qu’il pose le pied en Nouvelle-Zélande : « Quand nous sommes arrivés, nous sommes passés devant la maison où j’ai habité pendant un an, racontait-il à l’époque. Cela a été ma plus grosse émotion. Et puis j’ai reçu quelques appels, notamment de l’ancien manager des Auckland Blues, Gareth Thompson. Nous nous sommes parlé comme si nous nous étions quittés hier. C’est ça la Nouvelle-Zélande, c’est de la fraternité. » Car la Nouvelle-Zélande est au cœur du parcours de Califano.

En rouge et noir
Toulonnais de naissance et de formation, on crut pourtant qu’il ferait toute sa carrière à Toulouse. Arrivé au Stade en 1991, il fut pris en main par Claude Portolan. Avec Toulouse, il a tout gagné (six titres de champion de France, une coupe d’Europe et une coupe de France). Il n’oubliait ses origines toulonnaises mais savait ce qu’il devait à son club d’adoption : « Dans ma carrière rugbystique, Toulouse m’a apporté pas mal de choses, sûrement 90% de mon acquis, expliquait-il. Mais d’un autre côté, je regrette de n’avoir jamais remporté de Bouclier avec Toulon. J’y pense de temps en temps. Je ne peux rien renier : mon cœur est toulonnais mais ma vie est à Toulouse. »

« Mon cœur est toulonnais mais ma vie est à Toulouse »

En 2001, après son sixième titre de champion de France, Califano décide de faire une parenthèse d’un an avec le Stade Toulousain. Il a obtenu l’accord de René Bouscatel, le président toulousain, pour partir une saison jouer en Nouvelle-Zélande. Marqué par la culture maorie (il fut un des premiers piliers à adopter les tatouages tribaux des Maoris) et fasciné par le rugby du Super 12, c’est son rêve. Il obtient une dérogation de la fédération néo-zélandaise (qui n’apprécie pas de voir des joueurs étrangers prendre la place des joueurs locaux) et signe à Auckland. Même s’il ne fut que rarement titulaire, il devient la premier Français à disputer le Super 12. L’expérience est à la hauteur de ses attentes : « Ici, rien n’est laissé au hasard. Le jeu est pensé, organisé, tout est millimétré. J’ai découvert une autre vision du rugby. Leur volonté de gagner est impressionnante. »

Londres via Auckland
Mais, au lendemain de son aventure néo-zélandaise, sa carrière prend un tournant étrange. Avant de partir, il assurait partout dans la presse que la Nouvelle-Zélande n’était qu’une parenthèse d’un an et qu’il reviendrait ensuite au Stade Toulousain : « je dois beaucoup à ce club, et il me restera trois ans de contrat quand j’y reviendrai, disait-il au soir de la finale de 2001. J’espère finir en beauté comme Claude Portolan. Ce sera une fin de carrière, je l’espère, très très bonne. »

Un an plus tard, ce n’est pas à Toulouse qu’on le retrouve mais à Londres. Califano a signé aux Saracens, le club de son ami Thomas Castaignède. A Ernest-Wallon, on n’en revient pas. Et on attaque l’ancien pilier aux Prud’hommes, réclament pas moins de 500.000 euros au prétexte que le club avait été contraint de recruter un pilier droit pour le remplacer jusqu’au 30 juin 2005, date prévue de la fin de son contrat.

En septembre 2005, le tribunal de Prud’hommes de Toulouse donna raison au club toulousain et condamna Califano à verser 150.000 euros au Stade Toulousain « en réparation du préjudice résultant du non-respect du protocole du 4 avril 2001 ». Les relations entre Califano et le Stade Toulousain s’améliorèrent un peu par la suite mais l’ancienne idole des supporters rouges et noirs ne joueraient plus à Toulouse. Après Toulouse, il revient en France, à Agen, pour deux ans, avant de signer un dernier contrat à Gloucester où il mit un terme à sa carrière en mai 2008.

Grand bleu
L’affaire ne doit cependant pas faire oublier que Califano fut un des plus grands piliers que le rugby français ai connu. Puissant, rapide et adroit, il fait partie de ces piliers qui étaient aussi forts en mêlée fermée que dans le jeu. Ni très grand (1,80), ni très lourd (105 kilos), il faisait la différence dans l’exercice de la mêlée par son dynamisme. « Il est l’un des meilleurs piliers droits du monde, mais, que ce soit à droite ou à gauche, on ne se souvient pas de l’avoir vu souffrir, soulignait Robert Paparemborde expert et référence en la matière. Il est capable de prendre des intervalles et même de faire la différence sur dix mètres. Et il ne lâche pas les ballons… »

« Il est l’un des meilleurs piliers droits du monde, mais, que ce soit à droite ou à gauche, on ne se souvient pas de l’avoir vu souffrir »

Il fit donc une belle carrière avec le XV de France, sélectionné à 72 reprises, un record pour un pilier jusqu’à ce que Marconnet ne le batte quelques années plus tard. Sa carrière en bleu commença en 1994 par une tournée en… Nouvelle-Zélande. Pierre Berbizier, alors sélectionneur de l’équipe de France, se rappelle : « Je l’ai emmené en Nouvelle-Zélande en 1994. Il a joué les deux tests de Christchurch et d’Auckland. Deux victoires, une première pour le rugby français. Il a joué face à Richard Loe le redouté et Sean Fitzpatrick le redoutable. Il avait vingt ans ! »

Cet amour de la Nouvelle-Zélande est né lors de cette tournée. Il enchaîna ensuite huit années de présence ininterrompue en sélection, gagnant deux Grands Chelems en 1997 et 1998 et participant à deux coupes du monde. Il fit un bref retour en équipe de France en 2003 mais rata le wagon pour la coupe du monde. Il y revint une dernière fois en 2007 pour une nouvelle tournée en Nouvelle-Zélande. Mais contrairement à la première où les Français avaient réussi l’exploit de gagner les deux tests, celle-ci se solda par deux lourdes défaites (dont un 10 à 61 lors du second test !). Les temps avaient changé.

SOURCES
Spécial XV de France : L’Equipe magazine, 18 février 2006
Jean-Pierre Lacour, « Les Grands du rugby » : Reader’s digest, 2000
« Califano de retour » : lequipe.fr, février 2003
« Transferts : Califano condamné » : lequipe.fr, 19 septembre 2005
« Califano, 13 ans après » : rugbyrama, 31 mai 2007

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