Angleterre / France 1977 : crunch time

Après avoir battu les Gallois en ouverture du Tournoi, le XV de France se rendait en Angleterre pour la deuxième levée de leur Grand Chelem. Remontés comme jamais, les Britishs oubliaient leur « légendaire » fair-play pour montrer les crocs à ces satanés « froggies » . Le crunch était lancé…

« Nous étions la horde sauvage, se rappelle Jean-François Imbernon à propos de cet Angleterre-France de 1977 (…) Cela nous avait mis immédiatement dans le match. C’était tout de même impressionnant. On savait où on allait et que ça allait être un match d’hommes. » Pour Jean-Claude Skréla, « C’est à Twickenham qu’on a le plus souffert. On aurait pu prendre deux essais. Oui, mais on ne les a pas pris parce qu’on ne lâchait jamais rien. »

Horde sauvage
Dans les années 1970, les Anglais étaient un peu au creux de la vague. Mais en 1977, ils étaient bien décidés à renouer avec la victoire et ils attendaient de pied ferme les Français après leurs victoires contre l’Ecosse (26 à 6) et en Irlande (4 à 0). Fidèle à elle-même, l’Angleterre ne brillait pas mais s’appuyait sur un pack solide, certainement le meilleur qu’elle ait eu depuis quelques années, avec Roger Uttley en fer de lance.

Comme tout bon Crunch, le match débuta bien avant son coup d’envoi. La presse anglaise s’empara d’une sombre histoire d’arbitre. Les Français avaient récusé l’Ecossais M. Sanson qu’ils trouvaient trop zélé. Ils avaient eu affaire à lui en Afrique du Sud et avaient essuyé une pluie de pénalités pas toujours justifiées. C’est Dickie Jeeps, le jeune président de la RFU, qui lança l’information à la presse. Il précisait que les Français mettaient en doute la neutralité de l’arbitre parce qu’il résidait à Londres.

« Set that Bastiat ! »

S’ensuivit alors une incroyable campagne anti-française dans la presse britannique. On mit l’accent sur la brutalité des Français en expliquant que ce refus était motivé par la crainte de la FFR de voir un homme aussi impartial et intransigeant que M. Sanson expulser un ou deux Français comme il l’avait fait à Cardiff lors du match entre Gallois et Irlandais. Mervyn Davies, le  3ème ligne gallois qui avait affronté les Français quelques semaines auparavant (victoire française 16 à 9) faisait parler son expérience pour mettre en garde contre les tricheries françaises. Dans le même temps, la BBC passait en boucle la cravate de Bastiat sur Evans.

Les médias réussirent à créer un climat épouvantable autour de cette rencontre. Le jour du match, la presse anglaise ne parlait que des « voyoux de Fouroux » ou de cette « horde sauvage ». Remontrant le placage de Bastiat, un journal alla jusqu’à titrer : « Set that Bastiat ! » (Descendez ce Bastiat, en français).

Entrée en matière
Galvanisé par cette campagne, le public de Twickenham en oubliait tout fair-play, accueillant les Français sous les huées, les plus proches du tunnel des vestiaires ne se privant pas de leur cracher dessus. Au moment des hymnes, les Français se rassemblèrent en cercle. Non pas qu’ils aient voulu se ressouder un peu plus avant de partir au combat, mais simplement par habitude. C’est Jacques Fouroux qui avait installé ce rituel. « Le petit nous balançait des coups de poing, se rappelle Bastiat. Il nous gueulait que parents, femmes et enfants nous regardaient. Et il fallait chanter « La Marseillaise ». Si tu ne la savais pas, il fallait faire semblant. »

« Le petit nous balançait des coups de poing. Il nous gueulait que parents, femmes et enfants nous regardaient »

C’est Fouroux qui avait gagné le toss. Sentant l’atmosphère hostile dans laquelle son équipe allait évoluer, il décida de relever le défi en choisissant de jouer contre le vent. Malgré la solidité et la vaillance de son paquet d’avants, la France était dominée en conquête : Horton régnait sur la touche, Uttley imposait sa loi dans les rucks et le pack anglais mettait son vis-à-vis sur le reculoir. Mais par trois fois dans la première demi-heure, Alastair Highnell, l’arrière anglais, manquait les coups de pied qui auraient dut concrétiser la domination anglaise.

Au repos, le tableau d’affichage était toujours vierge et les Français pouvaient s’estimer heureux d’autant que les avants paraissaient au bord de la rupture. Plus grave encore, l’aboyeur Jacques Fouroux était victime d’une extinction de voix. A la reprise, profitant du vent dans le dos, la France passait enfin à l’attaque. A la 48ème, après s’être vu refusé un essai et avoir raté un drop, le XV de France allait planter le premier essai du match par Harize qui se jouait de l’infortuné Highnell (4-0).

« Si l’un de nous avait craqué, on allait droit au naufrage »

La réaction anglaise fut des plus virulentes. Horton se mettait en évidence par quelques bassesses sur Jean-Pierre Rives. Mais le Toulousain était solide et il en verrait d’autres. A la 58ème, à sa quatrième tentative, Highnell trouvait enfin la direction des perches (3-4). Face à des avants anglais de plus en plus agressifs, le Quinze de France dut faire preuve d’un esprit de sacrifice énorme pour s’accrocher à ce point d’avance. A dix minutes d’intervalle, aux 66ème et 76ème minutes, Hignell ratait de nouveau deux pénalités relativement faciles qui auraient certainement donné un avantage décisif à son équipe.

Dans les dernières minutes d’un temps additionnel qui semblait ne plus finir, les Anglais eurent une dernière occasion de faire pencher la balance en leur faveur. « Je me souviens de cinq minutes d’arrêt de jeu, rappelait le poisseux Highnell, d’un match que nous aurions pu gagner mais Fouroux et sa hargne, son art de remotiver ses troupes, ont permis aux Français d’avoir le dernier mot. » Après une première touche inefficace, les Anglais héritaient d’une seconde chance. Ils crurent surprendre les Français en changeant de tactique et en la jouant longue mais c’était Rives qui se jeta le premier dessus pour dégager en catastrophe. Cette fois, l’arbitre sifflait la fin du match. Plus tard, Fouroux confia que « si l’un de nous avait craqué, on allait droit au naufrage. »

Seuls contre tous
La presse française ne félicita cette équipe que du bout des lèvres, regrettant que le style de jeu affiché ait manqué d’envergure. Dans les colonnes de « L’équipe », Henri Garcia écrivait ; « Victoire douloureuse mais un succès qui entre dans les moments les plus vibrants de la légende du XV de France ».

« Mieux vaut désormais au rugby, être passionné qu’esthète ; alors seulement, on y trouve son compte »

Même son de cloche du côté de « Midi Olympique » ou Georges Pastre regrettait « cet affrontement » qui « a été le plus confus qu’il nous a été donné de voir jamais dans la série des Angleterre-France ». Il se montrait surtout très critique quant au jeu pratiqué par la bande de Fouroux : « mieux vaut désormais au rugby, être passionné qu’esthète ; alors seulement, on y trouve son compte ».

C’est pourtant ces mêmes quinze joueurs qui un mois plus tard, jour pour jour, allaient décrocher du côté de Dublin le 2ème Grand Chelem de l’histoire du XV de France.

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Une réflexion sur “Angleterre / France 1977 : crunch time

  1. benmanette dit :

    Ca c’était une équipe , pas comme ses professionnels stéréotypés actuels

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