France 1981 : Flair Jacques

Quatre ans après avoir mené sa meute au Grand Chelem, Jacques Fouroux reprend le pouvoir sur le XV de France. Et impose ses options : du poids, de la puissance, une dose de filouterie et pourquoi pas un peu de flair.

 

Automne 1980 : le XV de France est sévèrement battu en Afrique du Sud (15 à 37) et, pis, en Roumanie (0 à 15). Cette défaite va coûter sa place d’entraîneur à Elie Pebeyre. Ferrasse veut avoir sa peau et il va l’avoir. Il l’écarte en lui reprochant rien moins que d’avoir « atteinte au prestige de la FFR par des campagnes de presse et autres moyens ».

Pour assurer le coup, tonton Albert reprend la main et place ses hommes dans l’entourage immédiat du XV de France à commencer par son fidèle compère, Guy Basquet, qui est nommé à la tête du comité de sélection. Yves Noé et Jean Piqué y font leur entrée. A la tête du XV de France, Ferrasse désigne Jacques Fouroux, son fils adoptif. L’auscitain n’a que 33 ans et devient du même coup le plus jeune entraîneur de l’équipe de France.

La méthode Fouroux
A court terme, Fouroux a une mission : redorer ce blason du rugby français écorné par Pebeyre à l’occasion du Tournoi 1981. Il ne va pas hésiter à faire le ménage. Bustaffa, Mesny, Fauvel, Buchet, Wolf, Maleig et Cremaschi prennent la porte. Fouroux bâtit son équipe autour d’anciens, certains habitués du XV de France comme Rives, son successeur au capitanat, Paparemborde ou Bertranne, d’autres, les Imbernon, Dospital ou Gabernet, y effectuant leur retour.

Il va aussi donner un petit coup de jeune à cette équipe. Serge Blanco qui n’avait jusqu’alors été sélectionné qu’à l’aile, se voit confier plus de responsabilité en étant repositionné à  l’arrière. Didier Codorniou et Laurent Pardo profitent également de l’arrivée de Fouroux pour s’installer en équipe de France, tout comme Revaillier, qui s’il n’est plus aussi jeune, apporte ses 115 kilos pour stabiliser un peu plus une mêlée que Fouroux veut forte. Une vieille habitude.

« Berbizier est peut-être actuellement dans les mêmes conditions où était Gallion quand il est arrivé en sélection. Il est dans une année de grâce »

Mais ce qui étonne le plus dans le groupe qu’il nomme pour ouvrir le Tournoi, c’est l’absence de Jérôme Gallion, l’un des joueurs favoris des médias et du public. Fouroux a en effet obtenu de la fédération l’organisation de deux matchs de coupe des provinces pour préparer le Tournoi et trouver de nouveaux talents pour son équipe. Un petit jeune attire son attention : Pierre Berbizier. Sa sélection, ou plus sûrement l’absence du Toulonnais, fait jaser mais, en bon homme de main, Yves Noé vint au secours de Fouroux : « Il a manqué peu de chose à Gallion. Berbizier est peut-être actuellement dans les mêmes conditions où était Gallion quand il est arrivé en sélection. Il est dans une année de grâce. »

De bonnes bases
Cette équipe de France est donc attendue pour l’ouverture du Tournoi le 17 janvier au Parc face à l’Ecosse. Sans briller, elle parvient à l’emporter grâce, notamment, à une grosse prestation de Jean-Pierre Rives. Au terme de ce match, Paparemborde se veut rassurant : « Nous pouvons travailler sur de bonnes bases. »

Trois semaines plus tard, les Français ont rendez-vous à Lansdowne Road. Le jour du match, les nouvelles ne sont pas terribles. Blanco et Codorniou sont malades depuis la nuit précédente et doivent céder leur place au dernier moment. Mais Fouroux, privé aussi de Bernard Viviès, a fait appel à Guy Laporte à l’ouverture. Sublimé par l’événement, il plante un drop de 50 mètres dès l’entame. Il inscrira 12 des 19 points français cette après-midi-là, pour une victoire 19 à 12.

« Si l’arbitre n’intervenait pas, on faisait la police tout seul, sur le terrain. C’est ce qu’on a fait. On a réglé ça entre entre hommes, en  gentlemen, à la régulière…. »

Le 7 mars, c’est le Pays de Galles qui débarque au Parc. On est loin des beaux duels franco-gallois des années 1970. La France l’emporte 19 à 15 dans un combat insipide rythmé par de nombreux coups bas. « Le pilier Price avait mauvaise réputation, se rappelle Guy Laporte. Il avait tendance à laisser traîner les doigts, les poings ou les crampons sur les parties du corps de ses adversaires. A l’époque, il était hors de question de voir des délégués ou des équipes citer à tout va. Si l’arbitre n’intervenait pas, on faisait la police tout seul, sur le terrain. C’est ce qu’on a fait. On a réglé ça entre entre hommes, en  gentlemen, à la régulière…. »

Le Grand Chelem va donc se jouer le 21 mars à Twickenham. L’Angleterre, qui a remporté le Grand Chelem l’année précédente, peut encore privé la France de son rêve. Car la France rêve : « Contre l’Angleterre, on ne parlait que du Grand Chelem et il a fallu que Fouroux nous calme un peu » témoigne Bertranne.  Une nouvelle fois, sans génie mais avec une part de réussite, le XV de France l’emporte 16 à 12, après avoir mené 16 à 0 à la mi-temps. L’essai de rapine de la première minute, initié par une filouterie de Berbizier aura fait la différence au final. La France renouait avec le grand Chelem quatre ans après les 15 de 1977 et Fouroux signait un long bail à la tête de la sélection nationale.

SOURCES
Stéphane Colineau, « Tournoi des 6 Nations : au cœur de l’exploit » : Timée éditions, 2009
Nicolas Lavallée, Baptiste Le Beux et Arnaud Briand, « Les Grands Chelems du XV de France » : Absolum, 2007
Henri Garcia, « La légende du Tournoi » : Minerva, 2005

Publicités
Tagué , ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :