Irlande / Angleterre 2001

Mêmes dominateurs, voir outrageusement dominateurs, les Anglais ne finissent pas toujours par gagner le Tournoi. Il y a toujours un Gallois, un Ecossais ou un Irlandais, comme lors de ce tournoi 2001, pour briser leurs rêves de Grand Chelem.

Au printemps 2001, l’Angleterre a explosé tous ses adversaires : 44 pions passés aux Gallois chez eux, 80 aux Italiens, encore 40 aux Ecossais et près de 50 aux Français pour finir. Rien ne semble résister aux boys de Woodward. Si le match contre l’Irlande a dû être repoussé à l’automne en raison d’une épizootie de fièvre aphteuse, on se dit que l’heure du Grand Chelem après lequel ils courent depuis trois ans ne va pas tarder.

Au printemps 2001, l’Irlande de Keith Woods pouvait aussi rêver au Grand Chelem. Victorieuse de l’Italie à Rome, elle venait de battre la France à Dublin avant de devoir interrompre son Tournoi en raison de cette épizootie. Une défaite face à l’Ecosse fin septembre (10 à 32) mis fin à ce rêve. La victoire décrochée à Cardiff face au Pays de Galles (36 à 6)  une semaine avant d’affronter l’Angleterre ne leur permettait même pas d’envisager, ou si peu, une victoire dans le Tournoi, le point-average étant largement en la faveur des Anglais.

Confiance
Restait alors le plaisir simple de battre le Britton. « Je vous garantis que nos joueurs sont prêts pour un grand match, assurait Fergus Slaterry, la légende irlandaise.  Ce que l’Irlande a réalisé samedi dernier à Cardiff contre le Pays de Galles est assez extraordinaire. Même si les Diables rouges n’étaient que des diablotins, leur passer 36 points à 6 chez eux, ce n’est pas donné à la première équipe venue. Le rugby irlandais a franchement progressé. »

« Même si les Diables rouges n’étaient que des diablotins, leur passer 36 points à 6 chez eux, ce n’est pas donné à la première équipe venue »

Pour ce match contre l’Angleterre, Warren Gatland, le sélectionneur kiwi des Irlandais, fait donc confiance aux XV vainqueurs des Gallois. Avec des joueurs comme Woods, Hayes, Humphreys, O’Driscoll ou dempsey, l’équipe a de l’allure. Elle est surtout au complet. Ce n’est pas le cas des Anglais qui, par rapport au XV type du printemps, doivent se passer de deux de ses leaders : Dallaglio (blessé au genou depuis la tournée des Lions) et son capitaine Martin Johnson (qui s’est fracturé le poignet le samedi précédent avec son club de Leicester).

Absences
Clive Woodward ne semble pourtant pas perturbé par ses forfaits : « Je me plais à penser que nous pouvons surmonter la perte de Lawrence et Martin. Ce sont deux grands joueurs mais j’ai confiance dans mon équipe. » C’est donc le demi de mêlée Matt Dawson qui conduirait un XV anglais qui ne manquait pas de talent : avec Ian Balshaw a l’arrière, Will Greenwood, Jonny Wilikinson à l’ouverture, Neil Back et Richard Hill en 3ème ligne, Simon Shaw et Danny Grewcock en 2ème ligne ou Jason Leonard et Phil Grenning en première ligne, les Anglais semblaient parés à affronter la tempête irlandaise.

« Il n’y aura pas d’excuse en ce qui concerne notre préparation »

Restaient à évacuer les fantômes de Wembley et de Murrayfield lorsque par deux fois en deux ans, ils s’étaient ramassés sur la dernière marche qui devait les conduire au Grand Chelem. En 1999, c’est un essai de Scott Gibbs dans les dernières minutes qui avait ruiné leur ambition. L’année suivante, c’est la pluie continuelle et le courage des Ecossais qui les avait douchés. « Je pense que nous nous sommes améliorés et mieux préparés que nous l’étions l’année dernière en Ecosse, rétorquait Clive Woodward avant le match. Je suis satisfait de notre semaine et il n’y aura pas d’excuse en ce qui concerne notre préparation. »

Effervescence
A l’entame, il semble pourtant que ce sont les Irlandais qui ont le mieux préparé la rencontre. Comme toujours, ils mettent énormément de cœur. Mais ils sont aussi capable, chose nouvelle, de mettre de la raison avec un jeu simple et formidablement direct. Peu après le quart d’heure de jeu, Keith Wood commande une pénal-touche plutôt que de prendre les points. Le choix est risqué mais Mick Galwey fait le ménage sur la touche au profit de son capitaine. Wood fait exploser les défenseurs anglais pour aller aplatir. Le XV du Trèfle se détache.

Jusqu’alors, les adversaires des Irlandais savaient qu’il fallait passer ce premier quart d’heure avant de prendre la mesure d’une équipe généreuse mais limitée. Les Anglais vont apprendre ce jour-là que le changement était en cours du côté de Lansdowne Road. Les Irlandais parvinrent à la pause avec un avantage de 11 à 6. Il monte à 14 à 6 lorsque Luger déchire la défense irlandaise à hauteur de ses 22 mètres. 60 mètres plus loin, l’essai lui semble promis. Mais c’est le lutin Peter Stringer qui revient et le plaque au sol.

« Aujourd’hui, c’est particulièrement  fort puisque nos adversaires étaient venus pour réaliser le premier Grand Chelem de l’histoire des six nations et qu’ils repartent avec une défaite »

Au lieu de recoller au score, les Anglais allaient complétement décrocher, accusant un retard de 9 à 20. L’essai de Healey, à quatre minutes de la fin du match, ne changerait rien : l’Irlande s’imposait 20 à 14 et l’Angleterre voyait son rêve de Grand Chelem s’envolait pour la 3ème année de suite. « Nous n’avons pas bien joué sous la pression, constatait Clive Woodward. Nous n’avons pas d’excuse. »

Dans le vestiaire irlandais, on exultait. « Chaque fois que l’Irlandais  bat l’Angleterre, c’est un grand jour, rappelait Keith Wood, le héros du jour. Mais aujourd’hui, c’est particulièrement  fort puisque nos adversaires étaient venus pour réaliser le premier Grand Chelem de l’histoire des six nations et qu’ils repartent avec une défaite. »

L’entraîneur Warren Gatland voyait quant à lui plus que cette victoire : « au cours des 18 derniers mois, nous avons gagné sept des neuf matchs importants que nous avons disputé. L’étape suivante consiste à rivaliser avec les meilleures équipes du monde. » Curieusement, ces bons résultats ne furent pas à la hauteur des attentes de l’IRFU qui, quelques semaines plus tard, décida de l’écarter au profit d’Eddie O’Sullivan.

SOURCES
« Les Anglais rêvent de Grand Chelem » : Le Parisien, 20 octobre 2001
« L’Irlande prive l’Angleterre de Grand Chelem » : Le Parisien, 21 octobre 2001
« Woodward fires up his England stars » : rte.ie, 19 octobre 2001
“Wood slams the door on England” : the independent, 21 octobre 2001

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