Béziers 1960-1964 : Pierrot et ses frères

50 ans : c’est ce qu’il a fallu à l’AS Béziers pour s’imposer comme une place forte du rugby français. Créé en 1911 à l’initiative de Louis Viennet et par la fusion du Sporting Club Biterrois et du Midi Athletic Club, l’AS Béziers n’émerge véritablement qu’au milieu des années 1950 sous l’influence de deux hommes : Raymond Barthes (ou Barthez) et Pierre Danos.

Génèse
Ce dernier débarque à Béziers, encore jeune, après avoir été formé à Albi et une expérience à Toulouse. Le premier va prendre en main l’entraînement de l’équipe. C’est une tête chercheuse. Pour créer le style biterrois, il s’inspire du jeu des All Blacks et de celui des Springboks. Ses séances d’entraînement évoluent en permanence au point d’aboutir sur des programmes pratiquement personnalisés (en tout cas, pour l’époque). En quelques années, il parvient à bâtir une équipe dont le jeu repose sur l’efficacité du jeu d’avants, la maîtrise du ballon et des situations.

Lors de la saison 1959-1960, Béziers réussit l’exploit de battre par deux fois le FC Lourdes en phase de poule. Les deux équipes se retrouvent quelques mois plus tard en finale. L’équipe de Jean Prat qui régna quasiment sans partage sur le rugby français des années 1950 s’était reprise lors des phases finales et parvient à prendre le dessus sur les Biterrois (14 à 11).

La saison suivante, l’AS Béziers repart avec un groupe inchangé. Après s’être extraits du groupe 2 avec le SBUC, Toulouse, Tarbes et Bayonne (en éliminant au passage Dijon, le LOU et Foix), les Biterrois vont tour à tour sortir (6-0), Toulon (14-0), Vichy (12-3) et Mont-de-Marsan (12-6) pour se hisser de nouveau en finale.

« Rugby d’agression »
L’opposition avec Dax s’annonce serrée. Les deux équipes ont des styles de jeu similaires avec de solides avants et des buteurs réguliers. Dax semble toutefois un peu plus fringuant des pattes arrières. Béziers doit par ailleurs se passer de Gensane, qui s’est fracturé le bras lors des phases finales, et qui est remplacé par le polyvalent Angeli. Pour le reste, c’est pratiquement la même équipe que l’année précédente avec une première ligne composée de Barrière, Bolzan et Mas, les avants Gayraud, Rondi ou Arnal, les arrières Rogé, Fratangelle, Spagnolo ou Dedieu et, évidemment, Pierre Danos à la manœuvre.

Terne et violente, parfois même à la limite de la méchanceté, cette finale est décevante. Dans Midi Olympique, Jean-Jacques Pouech écrit : « ce fameux « rugby contact » dont nos techniciens ne parlent jamais sans une mystique admiration et dont la presse britannique nous accuse de l’avoir élevé à la hauteur d’un culte, les avants dacquois et biterrois (ces derniers peut-être à un degré moindre) le pratiquèrent avec une telle véhémence et une telle volonté de faire mal, que l’on peut, désormais – si l’on continue à persévérer dans cette voie, le nommer, sans nullement exagérer, « rugby d’agression ». » Il poursuit : « Du plus loin que je me souvienne, je n’ai vu de finale marquée d’aussi nombreux et attristants règlements de compte. »

Dax garde le souvenir de la finale de 1956 au cours de laquelle les Dacquois s’étaient montrés trop impétueux. Craignant de tombé dans le même piège, ils se laissent cette fois endormir par le faux rythme imposé par Béziers dont le pack compense son manque de poids par une organisation sans faille.

Inspiration

En première mi-temps, Albaladejo ouvre le score pour Dax sur une pénalité avant que Dedieu ne lui réponde quelques minutes plus tard. A la reprise, les Dacquois tentèrent bien d’emballer un peu la partie mais en vain. La décision se fit à la 70ème minute lorsque les avants biterrois s’emparèrent de la balle sur une touche à deux mètres de l’en-but dacquois. Pratiquement le long de la touche, à trois mètres en retrait de ses avants, Danos tentait et réussissait avec succès un drop invraisemblable.  Dix minutes plus tard, les Biterrois étaient sacrés champions de France pour la première fois de leur histoire sur le score de six à trois.

Cette équipe eut encore quelques belles saisons devant elle mais ne toucha plus le Brennus. En 1962, Béziers perdait son titre en finale face à Agen. Après une saison 1962-1964 médiocre (élimination en quart face à Grenoble), les Biterrois revenaient en finale en 1964 mais laissaient le titre à Pau. Peu de temps après, Barthes, l’artisan de cette équipe, quittait son poste d’entraîneur. C’est Raoul Barrière, son pilier, qui allait lui succéder avec la réussite que l’on connaît.

SOURCES

Henri Garcia, « La légende du rugby » : Liber, 1997
« Royal Danos » : 50 ans de rugby, Midi Olympique, HS, 2004
« Histoire de l’AS Béziers » : asbh.net

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