Angleterre 2003 : arrête-les si tu peux…

Surpuissante, efficace et impitoyable, l’Angleterre de Clide Woodward a tout écrasé sur son passage pour devenir la première nation du nord à inscrire son nom au palmarès de la coupe du monde. Son parcours raconté de l’intérieur par captain Martin.

« Nous sommes  là, en Australie, pour tout gagner » prévient Martin Johnson, le capitaine anglais, à l’entame de cette coupe du monde 2003. C’est peu de dire que les Anglais sont confiants. Et pour une fois, cette confiance n’a rien à voir avec de l’arrogance.

Série en cours
Au printemps, ils ont enfin décroché le Grand Chelem après lequel ils couraient depuis 1999. Battus successivement par le Pays de Galles, l’Ecosse, l’Irlande et la France, le plus souvent lors du dernier match décisif, les hommes de Woodward touchaient enfin au but en atomisant les Irlandais Lansdowne Road pour la finale du tournoi (42 à 3).

La tournée d’été confirmait leurs prétentions. Ils dominaient d’abord les All Blacks chez eux 15 à 13 en jouant une partie du match à 13 contre 15. Une semaine plus tard, c’était au tour des Wallabies d’être fessés sur leur sol.  La défaite enregistrée en match de préparation à Marseille face à la France (16 à 17) n’était qu’un épiphénomène. Sept jours plus tard, le XV de France était corrigé à Twickenham (5 à 44).

Il faut dire que cette équipe d’Angleterre ne manquait pas de talent. Le groupe invitait à la campagne d’Australie était en effet pléthorique et d’une rare homogénéité. Jason Leonard, Graham Rowntree et Phil Vickery se disputeraient les places à la pile. Au talon, Woodward pouvait compter sur deux joueurs solides, Steve Thomson et Mark Regan. En deuxième ligne, l’attelage principal serait composé de Martin Johnson et Ben Kay mais l’attelage remplaçant , Grewcock-Shaw, avait aussi fière allure. Dallaglio, Hill et Back régnaient sur la troisième ligne, indiscutablement la meilleure du moment, ne laissant que des restes à des joueurs de la trempe de Corry, Moody ou Worsley.

Derrière, Matt Dawson et Jonny Wilkinson étaient chargés d’animer le jeu. Catt, Greenwood et Tindall se partageraient le centre de l’attaque. Enfin, Robinson, Lewsey et Cohen formeraient le triangle arrière titulaire, pouvant être suppléés par des joueurs comme Balshaw ou Luger.

Laborieux
Woodward avait façonné une équipe solide, irréprochable sur les bases du jeu, à commencer par la combativité. Pour le reste, le XV de la Rose version 2003, c’était Conquête sans faille, défense hermétique, soutien permanent au porteur du ballon, condition physique asphyxiante  et réalisme maximum au pied. Un cocktail suffisant pour passer le 1er tour sans trop de difficulté (quatre victoires, dont une sans bavure face aux Boks, en quatre matchs) mais sans enflammer non plus le public australien.

Le quart de finale face aux feux follets gallois fut un peu plus pénible. « J’ai vraiment eu peur que nous passions à côté, se souvient Martin Johnson. A la mi-temps, nous étions menés 10 à 3, deux essais à zéro, aussi avons-nous décidé de revenir à des bases simples, d’arrêter de commettre des fautes et de sortir du petit périmètre dans lequel nous étions confinés. Dans le vestiaire, pendant la pause, on ne s’est pas envoyé que des fleurs… »

« J’ai vraiment eu peur que nous passions à côté. Dans le vestiaire, pendant la pause, on ne s’est pas envoyé que des fleurs… »

Les Anglais l’emportent 28 à 17 mais n’en sortent pas rassurés. Au contraire. « Après ce quart de finale victorieux, poursuit Johnson,  j’ai demandé à Clive Woodward, notre entraîneur, de réduire la voilure. A ce stade de la compétition, nous n’avions besoin que d’une demi-heure d’entraînement, et pas en plein cagnard, comme ç’avait été le cas. Nous avions besoin de fraîcheur, au propre comme au figuré. Le staff a su écouter ce qu’on avait à dire, Lawrence (Dallaglio), Neil (Back), Matt (Dawson) et moi. »

Implacables
La machine était relancée au moment de retrouver le XV de France en demi-finale, un XV de France qui avait lui fait belle impression jusque-là au point de passer du statut d’outsider en début de compétition à celui de favori.  Les Anglais abordèrent donc ce match de la plus pragmatique des façons : « nous l’avons abordée avec une énorme détermination, explique Martin Johnson. J’ai juste rappelé aux gars qu’il fallait s’imposer physiquement dès le départ. En plus quand il pleut comme ce jour-là, le rugby devient un jeu très simple : il faut gagner la balle sur la ligne d’avantage et occuper le terrain. »

« On a senti petit à petit la frustration gagner nos adversaires. Tout ce qu’il fallait, c’était prendre trois points, puis les trois suivants et ainsi de suite »

« Notre pack a su éteindre les Français. On les annonçait forts devant et nous avons tout donné pour avancer et avancer encore, imposer une grosse pression défensive, jusqu’à museler leur 3ème ligne. On a senti petit à petit la frustration gagner nos adversaires. Tout ce qu’il fallait, c’était prendre trois points, puis les trois suivants et ainsi de suite. » Les Français pouvaient regretter la pluie mais c’était bien les plus forts qui l’avaient emporté (24 à 7).

Pour la finale, « nous étions tous heureux de rencontrer l’Australie plutôt que la Nouvelle-Zélande », confie Johnson.  « Avant d’entrer sur le terrain, j’ai demandé à mes coéquipiers de livrer le plus gros match de leur vie. De tout donner. De ne pas contenir leurs émotions, car le mental est aussi important que le physique, mais surtout de ne pas oublier que ce jeu est un combat. »

Le combat fut à la hauteur de ses espérances : peu d’envolée et beaucoup d’affrontements au près. Et comme si ça ne suffisait pas, on ajouterait vingt minutes de prolongation au match, le temps réglementaire se soldant sur un nul 14 partout. Mais la confiance était revenue dans le camp anglais et la résistance des Wallabies n’y changerait rien.

« Il fallait donner plus d’espace à Jonny. Alors j’ai pris la balle pour avancer encore un peu. »

« Lorsque les Australiens ont égalisé à 17-17 à la toute fin de la prolongation, se rappelle Johnson, nous savions exactement ce que nous devions faire pour aller dans leur camp, sous leurs poteaux, et placer Jonny en position de drop. Il fallait donner plus d’espace à Jonny. Alors j’ai pris la balle pour avancer encore un peu. » Après 3 drops du gauche raté, c’est du pied droit qu’il passait celui de la victoire (20 à 17).

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