Bègles / Toulon 1991 : jours de tonnerre

Plus que la finale contre Toulouse, c’est le match symbole de l’épopée béglaise en 1991. Provocations, testostérone à évacuer, coups bas ou tordus… Amateurs de beau jeu, passez votre chemin.

« Je sais que c’est un match qui a marqué les esprits et qui fait beaucoup parlé », se rappelle Bernard Laporte à propos de ce double affrontement entre le CA Bègles et le RC Toulon en 8ème de finale du championnat de France 1990-1991.  Il poursuit : « On était jeunes, on commençait à être un petit peu connus, on était arrogants. On avait des résultats. On était costauds. »

Des qualités proches de celles des Toulonnais. Trop proches : « Ce club de Toulon véhicule les images du combat, de la férocité, etc. que les journalistes nous attribuaient à nous. Donc il y a eu une opposition. Les Toulonnais ne voulaient pas qu’on prenne ces valeurs et ces vertus, en disant ça, ce sont les valeurs toulonnaises. Et donc il y a eu un véritable combat, un véritable affrontement. »

Acte 1 : Mayol
Sûrs de leur force, ce sont les Bèglais qui dégainent les premiers par voix de presse. Ils disent vouloir s’imposer à Mayol en s’appuyant sur la puissance de leur pack. Pour les Toulonnais, c’est une déclaration de guerre. L’ambiance devient détestable et ne cesse de monter jusqu’au jour du match.

« Durant plusieurs minutes, il me fixe de son regard noir, impavide. Aucune trace d’amour dans ses yeux ! Pas un mot, pas un geste »

« Je retrouve Eric Champ dans le vestiaire de l’arbitre, explique Laporte. Là, je comprends qu’il va se passer quelque chose de pas ordinaire, comme un raz de marée. Durant plusieurs minutes, il me fixe de son regard noir, impavide. Aucune trace d’amour dans ses yeux ! Pas un mot, pas un geste ; il ne lorgne même pas le lancer de pièce et je suis persuadé qu’il n’écoute pas davantage le discours de l’arbitre. »

« Il y a eu des agressions verbales, des agressions physiques, des choses qui sont tout sauf ce que doit être un match de rugby »

Le match n’est qu’une succession de bagarres et d’insultes. Le lendemain, Midi Olympique titra « Mayol à feu et à sang ». « Pour la première fois de ma vie – la dernière aussi – j’ai eu peur sur un terrain, confessa Laporte. Ce n’est pas une peur physique, c’est plus grave. Un sentiment désagréable m’envahit à la pause. Je me rends compte qu’il n’y a plus de limites, de règles. » Il précise : « Ça dépassait le raisonnable. J’ai vu des coups de pied dans la tête de joueurs qui sont horribles à voir. Il y a eu des agressions verbales, des agressions physiques, des choses qui sont tout sauf ce que doit être un match de rugby. »

Battus 9 à 18, les Bèglais sont pourtant convaincu d’avoir remporté la première manche. Dans le bus, au retour, Simon le Méditerranéen prend la parole et s’adresse à ses partenaires : « Soyez certains d’une chose, aucune équipe jusqu’alors en s’est comportée, à Toulon, comme nous l’avons fait. Aucune équipe ne leur a tenu tête comme ça. Nous avons déjà gagné le retour. »

Acte 2 : Musard
En Gironde, l’engouement pour ce match retour est énorme. Dès le lundi midi, toutes les places de Musard ont été vendues.  « On a vécu une semaine de folie, raconte Palorte. Il n’y avait plus de places dès le lundi midi. On savait que ça allait être énorme. On était partis se mettre au vert et pour nous, c’était des grands moments. On est arrivés avec l’idée de les défoncer tellement ils nous avaient mal à l’aller. On se disait : « non, non, ils ne vont pas arrêter notre ascension ». »

« On est arrivés avec l’idée de les défoncer tellement ils nous avaient mal à l’aller »

Le dimanche, les autorités ont dépêché une compagnie de CRS. La fédération a tout simplement envoyé trois arbitres internationaux pour gérer ce match. Mais aucun incident n’éclate cette fois. Les hommes de Laporte comblent leur retard en faisant preuve d’une belle maîtrise tactique. Ils marquent deux essais sur des mêlées enfoncées et l’emportent 18 à 3, se qualifiant pour les quarts de finale.

« Nous revêtons une autre dimension, conclut Laporte.  Nous ne faisons plus seulement peur. A ce moment, la route vers le sacre s’ouvre. »

SOURCES
Bernard Laporte, « Au bout de mes rêves » : Robert Laffont, 2003
Interview pour La Famille RRRugby (www.lafamillerrrugby.com) : décembre 2008

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