Le rugby selon Serge Simon

Figure emblématique des Rapetous, Serge Simon est sans doute aussi séduisant quand il parle qu’il a pu être détestable quand il jouait.

La mêlée
« Si je joue au rugby, ce n’est pas compliqué: c’est pour faire des mêlées. Et, croyez-moi, il y en a pour tous les goûts. Rien ne me rebute: la mêlée relevée, la mêlée tournée, la mêlée écroulée… Je ne prétends pas que ce type d’exercice soulève les foules, mais j’affirme que la mêlée est l’ultime vestige, la ruine qui porte toutes les valeurs du rugby. Il ne faut pas y toucher. Un pilier qui prend le dessus sur son adversaire et qui avance de 30 centimètres, c’est énorme. Personne ne le sait. Personne ne le voit. Mais c’est énorme. Ce gars-là a tout le poids du match sur ses épaules. Il peut se tenir de traviole, pousser en crabe, l’important, c’est qu’il avance. Il est le joueur qui incarne la volonté de gagner de son équipe. »

Mercenaire
A propos de sa première saison au Stade Français : « Le climat hostile autour de l’équipe nous a surmotivé. N´importe quel sociologue ou psy de bas étage le confirmera. Plus l´on sent le rejet des autres, plus l´on te jette des pierres, plus ça accélère la soudure, la liaison, l´envie de redresser la tête. »

« Qu´on n´aille pas dire que c´est la réussite d´un groupe de copains sortis d´une HLM, parce que ce n´est pas vrai. On a bossé dur. Pour que la mayonnaise prenne, il fallait un bon cuistot qui ait un sacré coup de poignet. Bernard Laporte a été cet homme-là. C´est un mec unique, un gars comme jamais je n´en ai rencontré dans ma vie. Il a le feu sacré en lui, il ferait aller n´importe qui n´importe où. Il fait partie de ces gens pour qui on pourrait se tuer. »

Mauvais élève ?
A propos des phases finales du championnat de France 1998 : « « Nous, on n´a jamais expliqué le rugby. Avant la demi-finale contre Toulouse on a lu qu´on n´avait pas de mêlée. Très bien… Avant cette finale, on nous a expliqué que Perpignan avait inventé un nouveau rugby, très bien… »

Le rugby, école de la vie
« Pourquoi en parle-t-on si souvent du rugby comme d’une «école de la vie»? A cause d’une spécificité toute simple: le libre arbitre. Les zones de non-droit n’existent quasi pas sur un terrain. On peut percuter ou plaquer un adversaire de dix mille façons. On peut le clouer au sol, le casser en deux, le disséminer… Et je ne vous parle pas du reste. Personne ne sait ce qui se passe sous la mêlée ou dans les regroupements. Personne ne l’a jamais su. »

Professionnalisation et rugby spectacle
« Il y a ceux qui considèrent que l’oseille pervertit tout. Ceux-là s’accrochent à l’idée d’un sport pur, peuplé de champions admirables et de nobles sentiments. Je connais un peu le sujet. Je n’y crois pas. Mais alors, pas du tout. S’il suffisait d’enfiler un short et de taper dans un ballon pour devenir un mec exemplaire, ça se saurait. Dans ma carrière, j’ai croisé quelques héros des stades qui n’étaient pas plus vertueux ni mieux dans leur peau que le charcutier du coin (…) Le vrai danger du professionnalisme, en rugby, ce n’est donc pas le pognon, mais la spectacularisation. »

« Il y a deux ans, les lancers en touche s’apparentaient encore à un gigantesque foutoir. Les joueurs se retenaient par le maillot, se grimpaient les uns sur les autres… C’était comme ça depuis la nuit des temps. Aujourd’hui, le règlement impose une distance de 1 mètre entre chaque joueur. L’incertitude a disparu. Il n’y a plus d’intimidation. Plus de lutte. Juste un type qui décolle sous le regard des autres. C’est agréable à voir. C’est du spectacle. C’est pour la télé. »

Sa part de féminité
« Quelle histoire! Il y a quelques années, j’ai lu un bouquin de Michel Tournier, Les Météores. Il y a un passage où un homosexuel assiste à un match de rugby. Il n’y voit qu’une bande d’éphèbes se serrant les uns contre les autres, se touchant, se frottant. La mêlée, secouée de convulsions, se transforme en osmose de chair humaine. Le ballon est un œuf. C’est de l’ordre du symbolique. C’est Roland Barthes racontant l’affrontement du bien et du mal à travers un match de catch. En même temps, tout ce qu’il raconte est vrai. Voilà pourquoi j’ai osé affirmer que les rugbymen avaient un rapport à la virilité un peu trop péremptoire. Qu’est-ce que je n’avais pas dit!
Pendant des années, je suis tombé sur des balèzes qui faisaient le match de leur vie. Première mêlée: «Alors, comme ça, tu m’as traité de pédé refoulé!» Bim! bam! boum!… On s’empoignait jusqu’à la fin du match. C’était le bon temps »

SOURCES
Interview dans le Parisien du 18 mai 1998
« Rugby: la mêlée démêlée » : l’express, 30 septembre 1999

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