Leicester / Brive 1997 : fiesta !

1997, c’est l’année où les Anglais déboulent en coupe d’Europe. Ils font un peu peur et mettent quelques cartons. Sauf à Brive qui, sans jamais avoir été champion de France, va décrocher l’Europe.

« Cette fois-ci, c’était quatre bières et une petite clope, alors que d’habitude on tourne à la bouteille de whisky et au paquet de cigarettes. » Alain Penaud et ses deux compères brivistes, David Venditti et Philippe Carbonneau ont décidé de faire sobre au soir de l’Irlande-France qui ouvre le Tournoi des 5 nations 1997. Dans une semaine, ils doivent disputer la finale de la coupe d’Europe face à Leicester.

Alors s’ils ne zappent pas complétement la troisième mi-temps, ils décident de l’écourter. « J’ai les pieds sur terre, explique Venditti. Dès la fin du match à Dublin, les Brivistes de l’équipe de France n’ont parlé que de la finale. Emile Ntamack et Thomas Castaignède nous ont même donné des conseils sur ce qu’ils avaient remarqué lors de leur demi-finale contre Leicester. »

Apprentissage
C’est que le CA Brive a tout de suite pris goût à cette coupe d’Europe. Vainqueur du Du Manoir un an plus tôt, les Brivistes ont bénéficié d’un tirage au sort favorable pour leur première coupe d’Europe : dans une poule de cinq, ils doivent se déplacer en Irlande et en Ecosse, chez leurs adversaires les plus faibles, et recevoir leurs plus sérieux concurrents, les Gallois de Neath et les Harlequins de Londres.

Le déclic se produit d’ailleurs lors du match contre les Harlequins. Les Londoniens débarquent en Corrèze invaincus et avec une pléiade de vedettes : les Anglais Carling, Leonard et Underwood, les frères gallois Llewellyn, l’Irlandais Keith Wood et les Français Cabannes et Bénézech. Suffisant pour titiller la fierté briviste.

« On sent un peu plus de piment dans l’air, une rupture avec le championnat qui n’est pas toujours très excitant »

« On sent un peu plus de piment dans l’air, une rupture avec le championnat qui n’est pas toujours très excitant, confesse Penaud dans ls colonnes de L’Equipe. De petites victoires en défaites, notre début de saison n’a pas été très probant. On est retombé de notre nuage. Il faut dire que vainqueur du Du Manoir et finaliste du championnat, on n’a pas trop l’habitude ici. On tâtonne mais il y a l’objectif Europe : ça peut être le déclic. »

Culture européenne
Menés 10 à 0 au bout des 10 minutes, Penaud et ses partenaires s’imposent finalement 23 à 10. Du même coup, ils se découvrent des ambitions. Ils assurent leur quart à domicile où ils disposent facilement de Llanelly 35 à 14. En demi, c’est un autre club gallois, Cardiff, le finaliste de l’édition 1996, qui tombe au Stadium.

« Le plus frappant depuis que cette coupe existe, c’est d’avoir vu de près que les Anglais savaient pratiquer un jeu de mouvement »

Au club, tout le monde l’admet : la coupe d’Europe a apporté un plus sur le plan technique. « « Les habitudes se prennent dans les clubs, à la base, et c’est dans les clubs, d’abord, que l’on progresse ou non » confirme Penaud.  « Avant, qu’on le veuille ou non, on était bien installé dans le Tournoi, seule épreuve qui nous permettait de nous rencontrer avec les joueurs de Grande-Bretagne, confesse Penaud. Mais c’est fini ! Les blocages anciens vont peu à peu tomber. Je pense à certains complexes par rapport aux Anglais. Mais aussi à notre manque de lucidité dans les grands événements : savoir tenir un résultat, savoir gagner, quoi ! »

Carbonneau, qui a déjà gagné l’épreuve la saison précédente, s’étonne encore de la qualité de jeu proposé par les Britanniques. « Le plus frappant depuis que cette coupe existe, c’est d’avoir vu de près ce que les Anglais savaient faire en dehors de leur équipe nationale. Il y a des choses qu’on n’imaginait pas, comme les voir pratiquer un jeu de mouvement. Et il n’y a pas qu’à Leicester ! »

L’épouvantail anglais ?
Leicester, le nom de l’adversaire en finale, est lâché. Le club des Midlands est un des bastions du rugby anglais (qui pour la première fois a aligné ses clubs en coupe d’Europe). Fort d’un budget de 40 millions de francs, il peut aligner une équipe où les internationaux sont légion : Healey, Greenwood, Underwood, Richards, back, Garforth, Johnson, Rowntree… Le tout entraîné par Bob Dwyer, le coach des Wallabies champions du monde en 1991.

En demi, ils ont étrillé Toulouse (37 à 11), champion français incontesté depuis 1994 et tenant du titre, prouvant que le danger ne viendrait pas seulement de son paquet d’avants mais aussi de la vitesse d’exécution de ses trois-quarts. « Les joueurs de Toulouse peuvent témoigner : leur style est déjà très imprégné d’une certaine idée du rugby total », observe Venditti.

« Il faut que la mayonnaise prenne, et quand ce sera le cas, on pourra rêver à l’un des rugbys les plus beaux qu’on ait eus en France »

De quoi inquiéter une équipe de Brive dont les résultats reposent alors plus sur l’addition d’individualités (Penaud, Carbonneau, Venditti, Lamaison, Viars, Van der Linden, Carrat, Casadéi…) que sur un jeu collectif bien huilé. Laurent Seigne ne désespère pourtant pas d’aboutir prochainement dans son projet de jeu : « Il faut que la mayonnaise prenne, explique-t-il, et quand ce sera le cas, on pourra rêver à l’un des rugbys les plus beaux qu’on ait eus en France. »

Le jeudi, au moment de décoller pour le Pays de Galles, il ne manifeste d’ailleurs aucune inquiétude. « Ce n’est pas parce que c’est une finale, que l’on va changer notre tactique de jeu, déclare l’ancien pilier. On ne va rien inventer. Les joueurs et moi, sommes convaincus d’une chose, celle de revenir dimanche à Brive avec le trophée de la Heineken Cup. Participer à cette finale ne suffit pas à notre bonheur. L’important est de la gagner. »

Récital
Le samedi, à 14h27, les Brivistes sont les premiers à pénétrer sur la pelouse de l’Arms Park. Six minutes plus tard, ils ouvrent le score sur une pénalité de Lamaison. A la cinquième minute du match, un essai de Viars porte leur avance à 8 à 0. Les Anglais vont laborieusement recoller au score, passant même en tête peu avant l’heure de jeu sur la 3ème pénalité de Liley.

« S’il existe un meilleur club que Brive dans le monde, qu’on me le présente ! J’irai le voir au besoin, en civière »

Mais sur le coup d’envoi, Fabre plantait le deuxième essai briviste de l’après-midi. Toute la fin de match allait être briviste, Carrat inscrivant deux essais et Lamaison réussissant un drop pour signer une victoire totale, 28 à 9. Dans les vestiaires, Penaud pouvait laisser éclater sa joie : « Fabuleux ! Il y a eu des moments d’intense bonheur. Il y a toujours eu la pression sur nous. Mais, parfois, on a pratiqué un rugby… comment dire ? presque parfait. Oui, c’est ça, presque parfait ! »

Les Anglais ne contestaient pas le succès de Brive. « Brive est une équipe qui a conservé toutes les qualités du rugby français et amélioré les aspects qui ne sont pas dignes du niveau international dans le jeu à la française » admettait Bob Dwyer. Le lendemain, dans The independent on Sunday, Paul Ackford rendait hommage aux hommes Seigne : « S’il existe un meilleur club que Brive dans le monde, qu’on me le présente ! J’irai le voir au besoin, en civière. »

SOURCES
« Brive-Leicester, l’Europe en jeu » : L’humanité, 25 janvier 1997
« Brive : le jeu, le plaisir et la victoire ! » : L’humanité, 27 janvier 1997
http://www.cabrive-rugby.com

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