Bayonne / SCUF 1913 : naissance d’une passion

Pour cette finale du championnat 1913, le SCUF se voyait bien récupérer le bouclier ciselé par l’un de ses illustres membres, Charles Brennus. Forts d’une pléiade d’internationaux, les scufistes présentaient aussi un net avantage physique sur leurs rivaux bayonnais. C’était sans compter sur une science du jeu venue de Nouvelle-Zélande et ayant transité par le Pays de Galles.

Dans « La France », au lendemain de la finale SCUF-Bayonne de 1913, Géo André écrivait : « Grâce aux Basques, il y a quelque chose de changé dans le rugby français. En les voyant opérer, nous nous sentions loin des mornes plaines de Corke et Twickenham. »

Avantage Paris ?
Deux jours plutôt, on ne donnait pourtant pas cher de la peau des Basques face à des Parisiens qui alignaient neuf internationaux  (dont le capitaine Theuriet, sélectionné olympique en natation) dans leur équipe. Côté bayonnais, on ne recensait que le 3ème ligne Fernand Forgues.

On se rappelait aussi que Bayonne avait été aidé par la chance pour se qualifier en finale. Victorieux de Périgueux en quart, l’Aviron avait disposé du SBUC en demi en profitant d’un essai refusé aux Bordelais à un moment où le match était loin d’être joué. Les Parisiens avaient quant à eux disposé successivement de Toulouse (3 à 0) (1) et Perpignan (3 à 0).

Le 20 avril, à Colombes, ce sont d’ailleurs les Parisiens qui entamaient le mieux la rencontre, faisant parler leur puissance. Mais ils manquaient plusieurs occasions d’ouvrir la marque. Une fois le premier quart d’heure passé, les Bayonnais refusaient surface sous l’impulsion d’Hedembaigt et c’est Jules Forgues qui inscrivit le premier essai de l’après-midi. Un deuxième essai de Lissalde permettait à Bayonne de virer en tête, 10 à 0 (les deux essais ayant été transformés par Roe) au repos.

Démonstration
Après la reprise, Cadenat menait la réaction du SCUF mais c’est Labaste, pour Bayonne, qui marquait les premiers points du second acte en pointant dans l’en-but parisien (13 à 0). L’essai de Theuriet n’apportait qu’un court répit aux Parisiens avant que l’Aviron ne reprenne inexorablement sa marche en avant. Les basques inscrivaient quatre essais en huit minutes par Forgues et Lissalde (deux fois). Le score s’élevait alors à 31 à 3

Lassés de défendre comme des forcenés, les joueurs du SCUF décidèrent de s’inspirer de leurs adversaires et se mirent à jouer. Le dernier essai de la partie arrivait en conclusion d’une action au cours de laquelle Roger Mialle, futur Commandant d’Artillerie, transmit à Lucien Besset, futur député de Paris, qui envoyait Jules Cadenat à l’essai : 31 à 8, score final.

A la fin du match, enthousiasmés par le spectacle proposé par les Bayonnais, les supporters envahissaient la pelouse pour porter en triomphe les héros du jour. Des héros auxquels la presse tressa quelques lauriers supplémentaires au lendemain du match. « L’équipe victorieuse est la plus belle que nous ayons vue en France sur un terrain de football », écrivait Frantz Reichel dans Le Figaro. Dans Le Matin, on pouvait lire sous la plume de Robert Guérin : « Ce fut une joie pendant une heure de voir les Basques agiles, souples, adroits, fournir de magnifiques efforts. »

Ecole
La France découvrait le jeu bayonnais, un rugby total dans lequel tous les joueurs participaient au mouvement et où les avants étaient aussi habiles que les trois-quarts. A l’origine de ce jeu, il y a Fernand Forgues. Pour avoir joué au FC Penarth, il y connut de Gwyn Nicholls, centre, capitaine du quinze gallois et auteur du livre « Le jeu moderne du rugby ». Impressionné par les Blacks en 1905, ce dernier avait cherché la meilleure réponse à leur jeu et il inventa un style ambitieux, particulièrement offensif.

De retour à Bayonne, Forgues apporta cette science du jeu dans une ville où on ne jouait encore que peu au rugby, ainsi que le grand attaquant Owen Roe. Son influence fut déterminante car il sut parfaitement tirer parti de l’adresse naturelle et de la vivacité des joueurs basques (des qualités travaillées à la pelote basque), donnant naissance à un style dont il fut longtemps l’infatigable promoteur. Il fallait simplement multiplier les passes et bouger pour à un moment se retrouver en surnombre face à l’adversaire.

Ce style où l’on relançait de partout, y compris de l’en-but, était alors l’exact opposé du rugby français dans lequel le dribbling et le jeu au pied dominaient.  Roe, qui jouait aussi bien à la mêlée, qu’à l’ouverture ou à l’arrière, fut le parfait exemple du style bayonnais, Forgues en restant le chef d’orchestre. Surtout, l’influence de l’école bayonnaise fut considérable pour la conceptualisation du « jeu à la française ».

(1) Le Stade Toulousain a abandonné la rencontre après la blessure de son pilier Bergé, touché à la tête, intentionnellement, selon les Toulousains

SOURCES
Encyclopédie du rugby français (P. Lafond & J-P Bodis, éditions Dehedin), repris sur lnr.fr
Richard Escot et Jacques Rivière, « Un siècle de rugby » : Calmann-Levy, 1997
Romain Allaire, Jean-Pierre Gonguet et Olivier Villepreux, « L’histoire passionnée du rugby français et international » : Hugo & Cie, 2009
Manuel Castiella, « Un siècle de rugby à Bayonne » : Atlantica, 2001

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