Dave Gallaher : version originale

Dans l’histoire du rugby, Dave Gallaher restera comme le capitaine de la première sélection des All Blacks, celle de 1905-1906. Reconnu pour ses qualités de joueur autant que pour son sens tactique, cet homme dur faillit pourtant perdre ses galons avant de débarquer en Europe.

Août 1905 : sur le pont du paquebot qui relie la Nouvelle-Zélande à l’Europe, 26 jeunes hommes s’activent sous le regard des autres passagers. Deux fois par jour, c’est le même rituel pour la sélection de rugby néo-zélandaise. Soucieux de la condition physique de sa troupe, le capitaine Dave Gallaher a décidé de lui imposer de l’exercice. Et pour entretenir le tonus musculaire, il a demandé à ses joueurs de remplacer à tour de rôle les membres de l’équipage chargés d’alimenter en charbon les chaudières du bateau.

Déraciné
De son expérience de la guerre des Boers, Gallaher a fait de l’entraînement, de la discipline et du courage ses mots d’ordre. Cela en faisait donc le capitaine idéal pour cette première équipe néo-zélandaise à venir se frotter aux nations mères. Désigné par George Dixon, le manager de la sélection avant de partir, ce choix fut pourtant remis en cause une fois à bord par plusieurs joueurs. Certains (ceux de Wellington ou Otago) lui reprochaient son appartenance au « clan d’Auckland », d’autres, âge avancé (32 ans), beaucoup ses origines irlandaises lorsque le capitaine de la première sélection néo-zélandaise en tournée devait être un natif.

S’il reste comme le premier grand capitaine du rugby néo-zélandais, Dave Gallaher n’est effectivement pas néo-zélandais de naissance. C’est en Irlande, du côté de Ramelton, qu’il est né en 1873. En 1888, alléchée par les promesses de la propagande britannique qui présente la Nouvelle-Zélande comme « une terre d’opportunité pour tous », la famille Gallagher décide d’émigrer. A l’arrivée en Nouvelle-Zélande, le patronyme y perd un « g ».

C’est là-bas, à Bay of Plenty puis à Auckland, que Gallager va faire la découverte du rugby. Il s’impose rapidement comme un joueur clé du club de Ponsony et est sélectionné pour la première fois avec la sélection provinciale en 1896. Hormis la parenthèse de la Guerre des Boers, il joua pour la province d’Auckland jusqu’en 1906 (1). Peu après son retour d’Afrique du Sud, en 1903, il est sélectionné avec la première équipe nationale néo-zélandaise pour affronter l’Australie. L’année suivante, il hérite du capitanat au moment d’affronter et de battre les Lions britanniques.

S’estimant suffisamment intégré à sa patrie d’adoption, Gallaher ne comprend donc pas la polémique qui entoure son capitanat en 1905. Peu après le départ d’Auckland, il décide de soumettre son capitanat au vote des joueurs. Organisé par Dixon, le vote confirme finalement Gallaher dans son statut par 18 voix contre 11. Il peut alors imposer sa rigueur à ce qui deviendra quelques semaines plus tard la première équipe des All Blacks.

Critiqué
Pour la première fois dans l’histoire de ce jeu, cette rigueur permet à une équipe de débarquer en Angleterre, après six semaines de bateau, plus affutée que quand elle avait embarqué. Elle va collectionner les victoires en Grande-Bretagne, en France et en Amérique du Nord, gagnant tous ses tests sauf celui du Pays de Galles.

Gallaher fait impression partout où il passe. C’est un avant très adroit, fort et tactiquement intelligent à propos duquel Escot et Rivière ont écrit : « Grand gaillard sec aux moustaches impressionnantes, il n’était guère expansif. Mais comme tous les leaders nés, il n’avait pas besoin de parler beaucoup pour se faire entendre. »

Tout le monde n’est cependant pas de cette avis car Gallaher occupe alors un poste à part, spécifique au rugby néo-zélandais, celui de winger, un avant détaché du pack (2) chargé de chasser les demis adverses et de faire le lien avec les trois-quarts. Les Anglais sont particulièrement critiques à son égard. « En fait, il ne représente pas un progrès, lit-on dans la presse de l’époque. Il prétend ne pas travailler en mêlée mais se prévaut du titre d’avant. Apparemment, son positionnement ne consiste qu’à faire obstruction aux attaques adverses. Mais est-ce que c’est ça le rugby ? Nous pensons que non. »

Tacticien
Ce que les Anglais, comme nuls autres, ne peuvent nier, c’est son apport tactique au jeu. Leader des All Blacks de 1905, il en était aussi l’un des principaux cerveaux avec John Stead. Pendant tout le voyage, chaque entraînement est ainsi précédé d’une séance de tableau noir. Une fois en Europe, il décortique tous les matchs. « Rigoriste à l’extrême, il analysait chaque match, chaque essai marqué ou encaissé, rapportent Escot et Rivière. Avant chaque rencontre, il donnait carnets et crayons aux remplaçants et il assignait à chacun un secteur du jeu dont il devait retranscrire en détail leurs observations et impressions. »

Au retour de la tournée, sur le paquebot qui les ramène en Nouvelle-Zélande, Gallaher et Stead écrivent « The complete rugby footballer », un livre de 300 pages dans lequel ils soulignent la mauvaise habitude des équipes britanniques à enterrer les ballons lors des deuxièmes temps de jeu. Ils y livrent surtout nombre d’informations sur la préparation et la tactique des All Blacks. Entraîneur et sélectionneur des All Blacks jusqu’à sa mort sur les champs de bataille de la première Guerre mondiale (3), il diffusa cette philosophie dans toutes les équipes qu’il eut en charge et même au-delà (lire « Bayonne / SCUF 1913 : naissance d’une passion« ).

(1) il fut ensuite le sélectionneur et l’entraîneur de la province jusqu’en 1916.
(2) jusqu’à ce que le Board légifère au début des années 1930 et impose la présence de huit joueurs en mêlée, les Blacks adoptaient une formation en 2-3-2.
(3) Il s’était engagé comme volontaire après la mort de deux de ses frères.

SOURCES
Richard Escot et Jacques Rivière, « Les stars du rugby » : bordas, 1991
Allblacks.com
“Gallaher the hard man who shaped the All Blacks” : the telegraph, 27 octobre 2005
“Gallaher, the Original whose legacy remains undimmed”: the Sunday times, 6 novembre 2005

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