All Blacks 1924/1925 : les invincibles

Lorsque les All Blacks embarquent pour l’Europe en 1924, ils n’ont qu’un lointain souvenir des Originaux, les seuls à les avoir précédés dans un tel périple. Leurs exploits dataient maintenant de près de 20 ans. Les deuxièmes All Blacks de l’histoire se savaient attendus en Europe et n’avaient qu’un objectif : se montrer dignes de leurs aînés et faire au moins aussi bien qu’eux.

Pourtant, avant que la tournée ne commence, on savait déjà qu’elle serait tronquée. L’invitation avait été lancée par la fédération anglaise qui avaient proposé aux autres nations européennes de profiter de la présence des Néo-Zélandais pour organiser d’autres tests-matchs.

Mais cela n’était pas du goût de la fédération écossaise qui demanda à ce que cette tournée soit placée sous l’égide du Board afin de rétablir l’équilibre britannique. Les Anglais ne cédèrent pas et l’Ecosse se mit en marge de la tournée, refusant d’affronter les All Blacks. Rétrospectivement, cette querelle apparaît vraiment dommageable pour les hommes des Highlands dont le rugby connaissait son premier âge d’or en ce milieu des années 1920, un âge d’or qui allait se traduire par un premier Grand chelem en 1925.

Côté néo-zélandais, on fit appel au forces vives du pays pour relever le défi des Britanniques et des Français. Les sélectionneurs s’appuyèrent ainsi sur une base de joueurs venus de la province d’Hawkes Bay qui dominaient alors le rugby néo-zélandais (1). Au sein d’une équipe jeune, on notait la présence de quelques joueurs d’expérience (ceux qui avaient participé à la tournée contre les Springboks en 1921) : Andrew White, Jack Steel, Mark Nicholls, Jock Richardson. Pour les autres(les Nepia, Hart, Cooke, McGregor, Dalley, Parker, Cyril Brownlie…), cette tournée serait le baptême du feu.

Une tournée préliminaire fut organisée en Australie et en Nouvelle-Zélande.  Si les résultats ne furent pas à la hauteur des attentes placées en cette équipe (défaite à Sydney contre l’Australie ou face à la sélection d’Auckland), ces matchs permirent d’établir une hiérarchie au sein de ce groupe et de désigner le capitaine. Comme en 1905 avec Dave Gallaher, le comité de sélection confia cette responsabilité à Cliff Porter, un autre winger, signe de l’importance tactique de ce poste dans le système de jeu des All Blacks. Reconnu pour ses qualités de meneurs d’homme et très populaire dans le rugby néo-zélandais, Porter avait le profil idéal pour occuper ce poste. Solidement bâti avec ses 85 kilos pour 1,73 mètre, c’était un bel athlète prompt à l’attaque et robuste en défense.

Après un mois de voyage, les Néo-Zélandais débarquaient en Europe. Pendant un mois, s’ils gagnaient tout leur match, la machine all black ne semblait pas parfaitement huilée. Ce n’est qu’à partir d’octobre qu’elle trouva les bons réglages et monta en puissance jusqu’au premier test contre l’Irlande.

Les All Blacks alignèrent vraisemblablement la meilleure équipe possible au regard des deux premiers mois de tournée, à une exception près, et non des moindres, puisque Porter le capitaine devait renoncer au match sur blessure au genou. Il était remplacé au poste de « wing forward » par Parker et le capitanat revenait en toute logique au vice-capitaine Jock Richardson.

Sous une pluie continuelle typiquement irlandaise, les Blacks durent attendre la deuxième mi-temps pour que leur travail d’usure paie. Ils concrétisèrent leur domination par un essai de Swenson et une pénalité de Nicholls pour une courte victoire (en tout cas plus serrée qu’on ne l’aurait pronostiqué) 6 à 0.

Le test suivant était particulièrement attendu côté néo-zélandais puisqu’il sonnait comme la revanche de la défaite de 1905 (la seule de la tournée des « Originals ») face au Pays de Galles. Il n’y eut pratiquement pas de match puisqu’à la mi-temps le score s’élevait déjà à 11 à 0 en faveur des Néo-zélandais. Au final, ils inscrivaient quatre essais et, avec une victoire par 19 à 0, leur revanche était éclatante

Une fois la dinde et les marrons digérés, c’est l’Angleterre, le plat de résistance de cette tournée, qui s’offrait aux All Blacks pour débuter l’année 1925. Rassurés par le test contre le Pays de Galles, et confiants dans la valeur de leur équipe comme étant la meilleure qu’ils pouvaient aligner, les sélectionneurs n’effectuèrent aucun changement par rapport au test contre les Gallois. Cela voulait aussi dire que dans ce quinze type, il n’y avait pas de place pour le capitaine Cliff Porter.

Autant ses deux premières non-titularisations se justifiaient facilement, autant celle-ci fut sujette à polémique. Arthur Carman, historien du rugby néo-zélandais, explique que les critères purement sportifs ne suffisaient apparemment pas à justifier son retour et avance l’hypothèse d’un conflit de personne entre Dean, le manager de la sélection, et le capitaine des Blacks pour expliquer ses non-sélections lors des principaux tests. Plus récemment, Terry McLean, autre connaisseur érudit du rugby néo-zélandais, confirmait ce point de vue. Carman se montrait par ailleurs très critique vis-à-vis de Dean qui aurait délégué à son capitaine tout un tas de petites tâches qui l’auraient trop accaparées et qui n’étaient surtout pas de la responsabilité d’un capitaine.

Ce test face aux Anglais est entré dans l’histoire en raison de l’expulsion de Cyril  Brownlie, la première dans un test-match international. Longtemps, le match fut serré et, comme s’il voulait faire oublier la faute de son frère, c’est de Maurice Brownlie que vint l’essai libérateur pour les Blacks. Au final, les All Blacks l’emportaient 17-11.

Ils traversaient ensuite la Manche pour une courte tournée en France. Le 11 janvier, ils l’emportaient à Colombes face à une sélection française (37-8). Le vrai test était prévu une semaine plus tard à Toulouse, au stade des Ponts-Jumeaux. Contrairement au test de 1905 pour lequel les Néo-Zélandais n’avaient pratiquement aligné que des réservistes, c’est à une ou deux exceptions près la meilleure équipe All Black qui s’offrait aux Français. Malgré les progrès accomplis depuis une vingtaine d’années, le XV de France ne pesa pas bien lourd face à ces Néo-Zélandais qui l’emportaient 30-6.

Les All Blacks pouvaient regagner leurs terres, après un passage en Amérique du Nord, satisfaits du devoir accompli. Même s’ils n’avaient pu affronter les Ecossais, ils avaient même faits mieux que leurs aînés de 1905-1906 puisqu’ils avaient remporté tous leurs matchs. Ils restent ainsi connus dans l’histoire du rugby néo-zélandais comme les « invincibles ».

(1) Hawkes Bay détenait le Ranfurly Shield depuis 1922.

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