Les flops de la coupe du monde : Afrique du Sud 2003

Malgré une équipe de baltringues, les Sud-Africains se sont mis à rêver au terme du 1er tour de la coupe du monde 2003. C’était avant de croiser la route des Blacks et que plusieurs affaires assez nauséabondes ne décident du sort de leur entraîneur Rudolph Straeuli.

Alors que ses hommes viennent de battre l’Afrique du Sud (25-6) dans le match au sommet du 1er tour, Clive Woodward veut croire dans les chances des Sud-Africains : « Les Boks peuvent battre les Blacks, ils ont une équipe très dense qui défend remarquablement. Je suis heureux que nous les ayons battus, car il vaut mieux que ça soit fait qu’à faire… »

Illusion
Quelques semaines avant le début de cette coupe du monde, l’Afrique du Sud était loin de figurer parmi les favoris de l’épreuve, leurs résultats depuis leur 3ème place en 1999 ne plaidant pas en leur faveur. Derniers des Tri-Nations en 2000 et 2001, les Springboks changeaient d’entraîneur au début de la saison 2002. C’est Rudoph Straeuli, 10 sélections et un titre de champion du monde en 1995, qui prenait les rennes de la sélection.

Sa nomination ne changeait rien. En 2002 et en 2003, comme en 2000 et 2001, les Boks terminaient derniers des Tri-Nations. Pire, ils étaient même régulièrement battus par les meilleures nations du nord, la France et l’Angleterre. A l’été 2003, pour ouvrir la saison qui allait les emmener à la coupe du monde, ils avaient été à deux doigts de subir deux défaites inédites sur leur sol face aux Pumas argentins et face aux Ecossais.

« Peut-être ce Mondial est-il venu un an trop tôt pour nous mais nous avons une bonne équipe, capable de battre n’importe qui »

Leur prestation face à l’Angleterre, annoncée comme l’une des favorites de la compétition, suffit pourtant à faire remonter leur côte auprès des bookmakers. Au même titre que la Nouvelle-Zélande, l’Angleterre, l’Australie ou la France, ils font désormais partie des candidats sérieux au titre mondial. Comme toujours, les Springboks s’appuient sur un pack qui semble dur et mobile et pratiquent un jeu que l’on estime enlevé dans le sillage du demi d’ouverture Derrick Hougaard.

Déception
Leurs victoires contre la Georgie (46-19) et les Samoa (60-10) leur assurent la deuxième place et une place en quart de finale. La perspective d’affronter les All Blacks ne les effraie pas le moins du monde. « Nous sommes allés en nous améliorant depuis le début du tournoi, claironne Straeuli. C’est vrai que nous avons perdu contre les Anglais mais nous avons bien joué, il n’a manqué que le résultat. Il sera intéressant de mesurer nos progrès contre la Nouvelle-Zélande. Peut-être ce Mondial est-il venu un an trop tôt pour nous mais nous avons une bonne équipe, capable de battre n’importe qui. Le tournoi n’en est qu’à son début et nous allons voir maintenant qui est qui et quel est l’état de forme de chacun»

Pour se remonter un peu plus le moral, les Boks se rappellent qu’en deux confrontations avec les Blacks en coupe du monde, ils sont invaincus : victoire en finale en 1995 et victoire dans la petite finale en 1999. Mais cette fois, ce sont incontestablement les Blacks les plus forts. Ils l’emportent 29-9 au terme d’une véritable démonstration de rugby, Carlos Spencer atteignant des sommets dans son jeu

« L’Afrique du Sud est passée en huit ans du statut de championne du monde à celui d’équipe de seconde zone »

Comme toujours en Afrique du Sud, la presse n’est pas tendre à leur retour au pays. On critique des prestations jugées indigentes de la part de cette sélection qui aux yeux de la plupart de observateurs apparait comme la plus faible équipe Sprinboks de tous les temps. Dans le Mail & Guardian, Nick Mallett lache : « L’Afrique du Sud est passée en huit ans du statut de championne du monde à celui d’équipe de seconde zone ». Straeuli nié évidemment ce constat : « Les Boks n’ont pris aucun retard sur la scène internationale ; simplement, des équipes comme la France, l’Angleterre et la Nouvelle-Zélande ont pris de l’avance, qu’il va falloir rattraper ». Mais ça ne sauvera pas sa tête.

Humiliations
Peu après leur élimination, et alors que la coupe du monde n’est pas encore terminée, le quotidien anglais The Guardian publie un article dans lequel il pointe l’extrême dureté de la préparation des Springboks pour cette coupe du monde. « Lors de sa préparation, la sélection sud-africaine a subi un stage commando de trois jours, durant lequel les joueurs ont dû ramper nus sur du gravier, ont été arrosés d’eau glacée, en même temps qu’on leur faisait écouter les hymnes anglais et néo-zélandais, ou ont été entassés tous ensemble, nus, dans un grand trou »

« Ceux qui refusaient les exercices ou essayaient d’y échapper étaient forcés de s’exécuter, sous la menace d’armes à feu »

Dans le « Johannesburg Sunday Times », un joueur confesse sous couvert d’anonymat : « Nous avons dû nous plier à d’autres exercices, comme être lâchés seuls dans la savane pour y passer la nuit en disposant seulement d’une allumette et d’un œuf, avec consigne de le cuisiner. Ceux qui refusaient les exercices ou essayaient d’y échapper, comme le capitaine de l’équipe, Corne Krige, étaient forcés de s’exécuter, sous la menace d’armes à feu. » C’est le début de l’affaire dite « Kamp Staaldraad » (camp de barbelés).

Ajoutée aux piètres résultats enregistrés depuis sa prise de fonction (12 défaites pour 13 victoires), elle aura raison de Rudoplh Straeuli. Il démissionne de son poste de sélectionneur en décembre. Jake White sera nommé en février pour le remplacer. Au même moment, une autre affaire surgit dans la presse à propos de l’équipe alors dirigée par Straeuli. Fin août, en pleine préparation pour la coupe du monde, un joueur blanc, Geo Cronje, a été exclu du camp d’entraînement des Springboks pour avoir prétendument refusé de faire chambre et toilettes communes avec un coéquipier noir, Quinton Davids. La Fédération sud-africaine de rugby (SARFU) avait initialement annoncé le lancement d’une enquête interne, mais celle-ci  a finalement été annulée.

Le ministère des Sports sud-africain ne veut pas en rester là et annonce la mise en place d’un « comité spécial » pour enquêter sur la présence supposée de racisme au sein du rugby sud-africain. Cela débouchera sur une forme de politique des quotas face à laquelle Jake White ne sera jamais à l’aise tout au long de son mandat.

A PROPOS DE LA COUPE DU MONDE 2003
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A LIRE AUSSI
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SOURCES
« La cote des Springboks remonte » : Le Parisien, 20 octobre 2003
« Les Springboks y croient » : lequipe.fr, 4 novembre 2003
« NZL-AFS : duel de géants » : lequipe.fr, 7 novembre 2003
« Entraînés à la pointe du fusil » : Courrier international, 19 novembre 2003

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