France / Argentine 2007 : ce soir, ils dînent en enfer

Un pays qui n’attend qu’une chose, revivre les émotions de 1998, un stade plein et joyeux, quinze joueurs sûrs de leur force…. Tout était réuni pour faire de ce France-Argentine une belle fête. On n’avait oublié qu’il y avait les Pumas en face…

 
« Les Français ont eu tout faux dans les secteurs clés: jeu au pied défaillant, fautes de main à répétition, piètre utilisation du ballon, indiscipline chronique… La pauvreté technique l’a disputé à l’indigence tactique. » Au lendemain du match d’ouverture de la coupe du monde, rugbyrama a la dent dure. Toute la presse française aussi. Et dans le monde, le XV de France est la risée du rugby mondial. Pouvait-on imaginer entame plus catastroaphique ?

Avant le match, la confiance régnait pourtant côté français. « On a toutes les cartes en main pour être champions, affirmait Bernard Laporte. Sincèrement, cette équipe est taillée pour aller loin. On va être champions du monde. » Champion du monde, c’était d’ailleurs l’objectif clairement proclamé dans les journaux.

« Sincèrement, cette équipe est taillée pour aller loin. On va être champions du monde »

Sur lequipe.fr, on pouvait ainsi lire : « Après quatre ans d’attente, depuis l’annonce de l’organisation de la Coupe du monde par la France, le rugby tricolore ne pense qu’à ça. Le XV de France reçoit chez lui l’élite du rugby mondial avec l’ambition légitime de remporter enfin le titre (…) Il est évident que tout autre résultat que la victoire serait une déception. »

Alors à l’heure d’affronter l’Argentine, il n’était question que de victoire. Mais on n’oubliait pas non plus la réalité des statistiques : en cinq confrontations depuis la coupe du monde 1999, les Français n’avaient battu les Pumas qu’en une seule occasion. Par chance, la victoire était venue lors de leur dernière opposition, en novembre 2006. Après avoir largement pris leurs distances, les Français avaient vu fondre sur eux des Pumas toujours affamés, des Pumas qui vinrent mourir à un petit point (27-26) et qui auraient très bien pu passer devant au coup de sifflet final.

« C’est un sentiment un peu étrange, expliquait alors Raphael Ibanez. Les Argentins nous ont poussés dans nos retranchements dans les 20 dernières minutes, mais sur l’ensemble du match, on maîtrise la partie. Nous avons été un peu fébriles en fin de match. » « Il fallait gagner, se satisfaisait Bernard Laporte. C’est bien d’avoir battu notre bête noire qui restait sur quatre victoires contre nous. »

« Ils sont pénibles, ils se battent sur tous les ballons comme des morts de faim »

Ce succès ne faisait pas oublier la série d’échecs et les Pumas gardaient cette image de bête noire du XV de France, une bête bien embarrassante. Pour Ibanez, « Ils luttent en permanence pour exister ». « Ils sont pénibles, poursuit Szarzewski. Ils se battent sur tous les ballons comme des morts de faim » La bête était d’autant plus embarrassante qu’elle s’appuyait aussi sur des joueurs pouvant faire la différence à tout instant comme Hernandez, « le genre de joueur qui peut renverser le cours d’un match » selon Cédric Heymans.

Généralement arrière, c’est à l’ouverture que Marcelo Loffreda décidait de le titulariser. Il reconstituait ainsi une charnière Pichot-Hernandez que l’on avait pu voir à l’œuvre sous les couleurs du Stade Français. Felipe Contepomi, l’habituel titulaire du poste d’ouvreur, était replacé au centre aux côtés de son frère Manuel.

Côté français, la composition de l’équipe soulignait la volonté de Laporte de relevait le combat d’avants. « Nous avons choisi de retenir cinq avants sur le banc des remplaçants, expliquait le sélectionneur. A partir de ce moment-là, Cédric Heymans était automatiquement arrière car Clément Poitrenaud ne couvre pas d’autre poste. En plus, il a fait un bon match au pays de Galles » Laporte du aussi s’expliquer sur la titularisation de Remi Martin en 3ème ligne : « Avec Serge Betsen, Rémy Martin a été notre meilleur plaqueur sur les matches de préparation. Par rapport à ce que l’on pense que l’Argentine va nous opposer, il nous a semblé en pleine forme et être l’homme de la situation »

« Avec Serge Betsen, Rémy Martin a été notre meilleur plaqueur sur les matches de préparation. Il nous a semblé être l’homme de la situation »

La confiance affichée dans le jour précédent le match va vite disparaître. Le coup d’envoi n’est pas donné, les hymnes n’ont pas encore retentit, qu’un doute s’empare des supporters français en voyant leurs favoris entrer sur la pelouse du Stade de France. Les joueurs du XV de France sont blêmes : l’enjeu du match les a déjà dépassés.

Les Argentins ne tardent pas à inscrire les premiers points sur une pénalité de Felipe Contepomi à la 5ème minute. Skrela réplique deux minutes plus tard avant que Contempomi ne porte l’avantage argentin à 9-6 à la 24ème minute. « Les vingt-cinq premières minutes se résumaient à un duel de buteurs, écrivait 20minutes.fr dans son compte-rendu (…)  Les Français, eux, sont tendus. Comme tétanisés par l’événement, ils subissent la furia des Pumas. Orchestrés de main de maître par un Agustin Pichot toujours aussi filou et par un Juan Martin Hernandez au pied magique, les offensives argentines font mal. »

Elles allaient faire encore plus mal quelques minutes plus tard, à la 29ème pour être précis. Sur l’un des rares mouvements des Français, une passe de Remy Martin est interceptée. L’offrande arrive dans les bras de d’Ignacio Corleto qui traverse le terrain pour aplatir dans l’en-but français. L’écart est fait (3-14). Les français ne remontèrent que de trois points à la mi-temps (9-17).

« On n’a pas vu Olivier Milloud, mais c’est plutôt une qualité pour un pilier gauche. Sauf là… ».

La seconde période ne fut qu’un long calvaire pour le XV de France. Il revenait sur la pelouse avec d’autres intentions, des intentions nettement plus offensives. Mais à court d’imagination, engoncés dans un jeu trop stéréotypé, les Français butaient sur une défense argentine courageuse. Même l’entrée sur la pelouse des impact players (Chabal, Szarzewski, Michalak) ne parvint pas à infléchir le court du match. Les Pumas s’imposaient logiquement (12-17).

Au soir de ce fiasco, aucun des joueurs français ne fut épargné par la presse. A propose d’Olivier Milloud, noté 4 dans 20 minutes, on pouvait lire : « On ne l’a pas vu, mais c’est plutôt une qualité pour un pilier gauche. Sauf là… ». Jérôme Thion, noté 4,5, fut jugé « bon en touche et précieux dans les impacts au départ, il a peu à peu déjoué jetant des parpaings au moment de passer la balle et plongeant comme un minime dans les regroupements ». Avec un 2,5, Cédric Heymans héritait de la plus mauvaise note : « Le match sans par excellence. En difficulté sur quasiment toutes les chandelles, autant que sur ses coups de pied. Emprunté au moment de s’intercaler dans la ligne d’arrière, il a vite souffert de l’impact argentin. »

« Il faut arrêter de se voiler la face. On s’est pris pour les meilleurs, mais on n’est pas les meilleurs. »

Les joueurs eux-mêmes n’étaient pas dupes de leur performance.  « Il faut arrêter de se voiler la face, estimait Frédéric Michalak. On s’est pris pour les meilleurs, mais on n’est pas les meilleurs. »  La qualification pour les quarts de finale était en effet loin d’être acquise. Les Français devaient désormais battre l’Irlande et engranger des points de bonus face à la Namibie et à la Géorgie. Si les Irlandais venaient à battre les Pumas, la première place redeviendrait envisageable. Mais au soir du 7 septembre, il était préférable de se préparer à un déplacement à Cardiff pour affronter les All Blacks.

 

A LIRE AUSSI
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Les coupes du monde de Raphael Ibanez : 2007
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Coupe du monde 2007 : les chiffres

SOURCES
« Cinq raisons de craindre les Pumas » : Le Parisien, 24 novembre 2006
« Un XV de France de combat contre l’Argentine » : Le Figaro, 4 septembre 2007
« La sélection argentine face à la France » : rfi.fr, 5 septembre 2007
« La grande aventure du XV de France » : L’équipe.fr, 6 septembre 2007
« Les Bleus tombent de haut » : 20minutes.fr, 7 septembre 2007
« Et maintenant ? » : rugbyrama, 9 septembre 2007

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