Irlande 1987 : « Nous ne nous sommes pas faits honneur »

L’Irish Times a donné la parole à Hugo MacNeill (arrière – 37 sélections de 1981 à 1988) et Trevor Ringland (ailier – 34 sélections de 1981 à 1988), membre du squad irlandais en 1987. Ils reviennent sur leurs souvenirs de cette première coupe du monde

La préparation
C’est le portrait d’une coupe du monde mal préparée, aussi bien au niveau du tournoi que de l’équipe nationale irlandaise, que nous font les deux Irlandais. Pour eux, le simple fait que le tournoi, organisé avec le plus grand amateurisme, ait pu avoir lieu tient du miracle.

Quant à la préparation du XV irlandais, elle fut des plus symboliques se limitant à un match de préparation entre les Bleus et les Blancs au terme duquel Mick Doyle sélectionna son groupe pour le tournoi. En clair, les Irlandais n’étaient guère impliqués ce que confirme MacNeill : « notre seul objectif cette année-là était de gagner le Grand Chelem. La coupe du monde n’a été ajoutée à notre programme qu’après. Pour un joueur professionnel aujourd’hui, une année de coupe du monde est une année complétement différente des autres, mais à l’époque, les choses étaient différentes. »

« A la fin du Tournoi, on nous a demandé d’arrêter de jouer un moment pour que nous ne soyons pas trop fatigués pour la coupe du monde. Nous étions donc complétement rouillés lors de notre premier match »

« Avec le recul, il y a plein de choses que nous ferions différemment, se rappelle Ringland. Pour moi, l’un des principaux problèmes tient au fait que nous n’ayons disputé aucun match préparatoire. Même, à la fin du Tournoi, on nous a demandé d’arrêter de jouer un moment pour que nous ne soyons pas trop fatigués pour la coupe du monde. Nous étions donc complétement rouillés lors de notre premier match. Mais je ne peux pas critiquer l’encadrement pour cela. Nous étions dans une phase d’apprentissage. »

Arrivés en Nouvelle-Zélande, les Irlandais n’observent pas de repos pour se remettre du décalage horaire mais décident de s’entraîner directement, un entraînement au terme duquel leur entraîneur Mick Doyle est victime d’une crise cardiaque. « Il s’occupait des trois-quarts et il était très impliqué, témoigne MacNeill. Pour être honnête, lorsqu’elle s’est produite, nous ne savions pas si c’était sérieux. »

C’est Syd Millar qui a repris le poste en charge pour les deux premiers matchs de l’Irlande, le temps que Doyle se remette sur pied. Pour MacNeill, l’absence de Doyle ne doit cependant pas servir d’excuse au parcours de son équipe : « Je ne pense que ça a eu un impact sur notre tournoi. Avant cela, les choses n’allaient pas très bien au sein du groupe. Nous étions inquiets à son sujet, bien sûr, mais de toute façon, nous n’étions pas à notre niveau. »

Une ambiance de tournée
Sur place, l’ambiance est proche de celle d’une tournée. « On a l’impression aujourd’hui qu’en ces temps amateurs, on buvait tous les jours, se rappelle Ringland. Mais lorsque nous étions en tournée, nous nous entraînions tous les jours. La coupe du monde ne fut pas différente, même si nous avions un sentiment un peu différent que celui que nous éprouvions lors des autres tournées. »

« On a l’impression aujourd’hui qu’en ces temps amateurs, on buvait tous les jours. Mais lorsque nous étions en tournée, nous nous entraînions tous les jours. La coupe du monde ne fut pas différente »

Il poursuit : « Quand nous allions en Nouvelle-Zélande, par exemple, et que nous voyagions à travers le pays pour jouer des match contre des équipes provinciales, dans chaque ville où nous séjournions, les gens voulaient s’assurer que nous disposions des meilleures conditions d’accueil. Et je ne parle pas de nous offrir un verre. Cela ne s’est pas produit lors de cette coupe du monde, et ça ne pouvait évidemment pas se produire parce qu’il n’y avait pas une seule équipe sur place, mais plusieurs. Mais je crois que cette coupe du monde a marqué un changement dans le jeu. »

« Il y a eu des rapprochements entre joueurs, confirme MacNeill. Nous étions proches de plusieurs joueurs gallois comme Jonathan Davies ou Ieuan Evans et nous avons appris à bien connaître les joueurs australiens. »

Le parcours des Irlandais
Pour son match d’ouverture, l’Irlande est battue 13-6 par le Pays de Galles dans un match que beaucoup décrivent comme un « rugby horror show ». « Ça a sans doute été un des pires matchs de tous les temps », confirme MacNeill.

« Ça a sans doute été un des pires matchs de tous les temps »

La première mi-temps du match contre le Canada ne fut pas meilleure mais une nette amélioration fut perceptible en seconde période avec au final une victoire 46-19 pour le XV du Trèfle. Pour le dernier match contre les Tonga, Doyle était de retour pour entraîner son équipe. Elle l’emporta 32-9, gagnant son billet pour un quart de finale contre l’Australie à Sydney. Les Wallabies furent incontestablement au-dessus, l’emportant 33-15 et faisant sentir aux Irlandais que le rugby était en train de basculer dans une nouvelle ère.

Changement d’ère
« Je ne pense pas que les équipes de l’hémisphère nord avaient vraiment la tête à cette coupe du monde, explique MacNeill,  alors que les Australiens et les Néo-Zélandais s’étaient donnés un objectif et ils faisaient tout pour l’atteindre. »

« C’était le début de l’ère professionnelle, incontestablement »

« C’était le début de l’ère professionnelle, incontestablement, appuie Ringland. On pouvait le voir à travers cette équipe d’Australie qui nous a battues ou celle de Nouvelle-Zélande. Je ne prétends pas qu’ils étaient payés mais ils ont pu obtenir des congés auprès de leurs employeurs pour se préparer comme le feraient des professionnels. J’ai fait partie de la tournée des Lions en Nouvelle-Zélande en 1983 et j’ai pu m’entraîner comme un professionnel pendant dix semaines. A la fin, j’étais en forme, affuté et athlétique. L’Australie et la Nouvelle-Zélande ont semblé avoir cet avantage lors de la première coupe du monde »

Les Irlandais en étaient apparemment loin puisque des journalistes présents sur place rappellent avoir vu Doyle, assis en conférence de presse, une canette de bière à la main, grignotant un paquet de chips et se disant satisfait que son équipe ait atteint la deuxième partie de la compétition. Ce n’est pas vraiment l’avis de MacNeill : « Nous ne nous sommes pas fait honneur. Nous avions des joueurs qui avaient remporté le Tournoi et la Triple couronne ou qui étaient partis en tournée avec les Lions. Je regrette que nous n’ayons jamais pu évoluer dans les meilleures conditions comme l’ont fait la Nouvelle-Zélande et l’Australie. »

Le groupe irlandais
Avants: W Anderson, P Collins, Fitzgerald D, N-François, J Glennon, T Kingston, J Langbroek, D Lenihan (capt), P Matthews, J MacDonald, J McCoy, D McGrath, P Orr, S Smith, B Spillane.
Arrières: M Bradley, K Crossan, P Dean, T Doyle, D Irwin, M Kiernan, H MacNeill, B Mullin, P Rainey, T Ringland, T Ward

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SOURCE
« We didn’t do ourselves justice at all » : Irish Times, 3 septembre 2011

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