Coupe du monde 1999 : le parcours des Français

Ennuyeuse à mourir tout au long du premier tour, déchirée par des luttes internes, la France va se remettre en marche avant en crevant les abcès, en s’exilant et en s’en remettant à Galthié, le banni de l’été.

Le XV de France entame la coupe du monde par une victoire contre le Canada à Béziers (33-20) avant de servir une bouillie de rugby une semaine plus tard à Bordeaux face à la Namibie (47-13). « Je me souviens de mes mots dans les vestiaires à la mi-temps, témoigne Raphaël Ibanez : « On a fait une semaine de merde à l’entraînement, et maintenant, voilà, on fait un match de merde ! »

«François Pienaar et Michael Lynagh m’ont dit être effarés par le jeu de l’équipe de France. Pour eux, c’est n’importe quoi »

La France n’est que l’ombre d’elle-même comme l’explique Thierry Lacroix, alors aux Harlequins : « François Pienaar et Michael Lynagh m’ont dit être effarés par le jeu de l’équipe de France. Pour eux, c’est n’importe quoi. Même dans mon club, les joueurs viennent me voir en rigolant. C’est dur quand on connait le potentiel du rugby français et ça nous laisse un goût amer car on nous prend vraiment pour des billes. »

Le retour du banni
Maladroite sur le terrain, l’équipe de France joue aussi de malchance en perdant plusieurs joueurs lors de ces deux premières semaines. Entre le Canada et la Namibie, c’est d’abord son ouvreur Thomas Castaignède qui doit déclarer forfait pour la suite de la compétition. Puis c’est au tour de Pierre Mignoni de quitter le groupe. Cette fois, les sélectionneurs se résignent à rappeler Galthié.

« J’ai hésité à répondre à la convocation car j’avais été touché et vexé dans mon égo de ne pas avoir été retenu dès le départ de l’aventure »

« J’ai finalement été appelé pour disputer la Coupe du monde en remplacement de Pierre Mignoni, blessé. Pour moi, ce fut une surprise. J’ai hésité à répondre à la convocation car j’avais été touché et vexé dans mon égo de ne pas avoir été retenu dès le départ de l’aventure. Finalement, j’y suis allé » En coulisse, il se murmure que le Columérin a imposé ses conditions au staff : être titulaire et participer à l’élaboration des entraînements. Ce serait désormais lui le grand patron du XV de France.

France-Fidji
Le déclic ne se produira qu’en fin de match contre les Fidji avec son entrée en jeu. Auparavant, le XV de France est malmené par des Fidjiens qui, sans être aussi brillants que leurs prédécesseurs, mènent à l’heure de jeu 19-13. « Je me suis vu jouer le match de barrage à Twickenham, contre l’Angleterre, et ça, je ne pouvais pas l’accepter » confie Franck Tournaire. Les Français ne durent leur salut qu’à une grosse mêlée. Ils l’emportent 29-19 mais n’ont toujours pas convaincu.

« Sérieusement, les Tricolores nous ont fait une jolie frousse »

Dans L’Equipe, Pierre Michel Bonnot écrit : « Bousculés en touche, inefficaces dans le mouvement, les Tricolores ont pu compter sur leur mêlée au moment crucial pour dompter des Fidjiens sans inspiration ». Il voit pourtant quelques signes encourageants : « Sérieusement, les Tricolores nous ont fait une jolie frousse. Le paradoxe d’ailleurs, c’est que, pour la première fois, la France donna l’impression de s’appuyer sur un plan de jeu aussi moderne que précis et d’avancer en bon ordre, dans le sillage d’un Lamaison impressionnant de lucidité »

Le déclic ?
Cette victoire contre les Fidji va néanmoins servir de déclic pour le XV de France, un déclic dont plusieurs personnes s’attribuent le mérite, signe de dissensions encore bien présentes au sein du groupe. « Il y a eu un déclic après le match contre les Fidji à Toulouse, raconte Lamaison. Raphaël Ibanez avait pris l’initiative de nous parler. Pour nous dire que nous étions tous dans le même bateau. Que nous devions être une équipe de club et qu’il fallait crever les derniers abcès qui pouvaient  parasiter notre évolution collective. Enfin, le déclic s’est affirmé quand nous avons traversé la Manche quelques jours avant France-Argentine. »

« Le groupe était en phase d’implosion. Il y avait des clans, des non-dits »

Pour Pierre Villepreux, c’est l’intervention d’un psychologue qui a permis de dénouer les tensions : « Ça s’est passé avant le quart contre l’Argentine. Le groupe était en phase d’implosion. Il y avait des clans, des non-dits. J’ai fait venir un copain, psychologue en entreprise, spécialiste des gestions de crise. Il s’est enfermé pendant deux heures avec les joueurs. Ils ont crevé tous les abcès. C’était reparti. » Première conséquence visible pour les journalistes : plus aucun joueur ne s’exprimera à leur micro sans la présence d’un autre membre du groupe.

France-Argentine
Si les relations se sont quelque peu apaisées au sein du groupe, le XV de France n’aborde pourtant pas son quart contre l’Argentine dans les meilleures conditions. Deux joueurs, et non des moindre, sont suspendus après le match contre les Fidji : Fabien Pelous écope de deux semaines de suspension pour avoir marché sur un joueur fidjien ; Christian Califano, coupable d’un coup de tête, doit rentrer chez lui.

« Nous laissons enfin derrière nous tout cet entourage pesant qui nous empêchait de trouver une unité au sein du groupe »

Mais l’Argentine, qui a joué son match de barrage cinq jours plus tôt, ne fait pas le poids. La France l’emporte 47-26. « En quittant la France, nous nous retrouvons réellement seuls, entre nous, et je suis certain que c’est un élément qui a joué sur ce match, se réjouit Ibanez. Nous laissons enfin derrière nous tout cet entourage pesant qui nous empêchait de trouver une unité au sein du groupe. »

Sans briller, la France a atteint les demi-finales de la coupe du monde et a rempli son contrat. « Ce soir-là, nous avons aussi un peu le sentiment de sauver notre coupe du monde, confesse Ibanez. Nous avons franchi un palier, l’étape minimum pour pouvoir rentrer chez nous la tête haute. »

Bilan
La suite c’est un match de légende contre les Blacks sur lesquels nous revenons dans le détail et une finale trop déséquilibrée contre l’Australie. Dans L’Equipe, au lendemain de cette finale, on peut lire : « En dépit d’une défense au cœur énorme, le quinze de France n’a rien pu face au mur d’intelligence et de dynamisme wallaby. Les mieux préparés ont gagné, mais l’aventure fut belle. »

« J’y ai appris que le rugby est de plus en plus physique, de plus en plus tactique »

Avant de revenir en club et de retrouver les pelouses du championnat de France, Fabien Pelous dresse le bilan de cette coupe du monde : « J’y ai appris que le rugby est de plus en plus physique, de plus en plus tactique. Je m’en doutais un peu mais on a constaté cette fois que la tactique était prépondérante, comme elle l’est dans le XIII et le football américain. Et ça n’empêche pas ce jeu de produire une aussi formidable émotion que notre match contre la Nouvelle-Zélande. »

SUR CETTE EQUIPE DE FRANCE

TOUT SUR LA COUPE DU MONDE 1999

LA FRANCE EN COUPE DU MONDE

SOURCES

  • « Le XV de France et la coupe du monde » : L’Equipe Saga, numéro 4août 2011
  • Philippe Bernat-Salles, « Une demie exceptionnelle » : rugbyrama, 16 août 2011
  • Christophe Lamaison, « les paroles de Raphaël Ibanez » : Midi Olympique, le guide de la coupe du monde 2007
  • « 100 ans de XV de France » : Midi Olympique Editions, 2006
  • Jacques Verdier, « Chroniques ovales » : Midi Olympiques éditions, 2006
  • Cédric Beaudou, Lionel Chamoulaud, « Paroles de capitaines » : Mango Sport, 2006
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