Nouvelle-Zélande-France 1999 : la première période

Un essai de chaque côté mais sept points d’avance pour les Blacks à la mi-temps : l’affaire semble mal embarquée pour les Français. Mais ils gardent foi en eux : dans l’ombre, ils ont attaqué leur entreprise de déstabilisation…

Trois minutes après le coup d’envoi, ce sont les Français qui scorent les premiers par une pénalité de Lamaison. « Je passe le premier but, se rappelle l’ouvreur. Il est vital. Nous ne voulons pas rester avec un zéro au score. Marquer, c’est se libérer. »

« Kelleher avait été un peu merdeux. Il avait essayé de me brancher, des coups d’épaule, des petits sourires narquois, de la provocation verbale »

Les Français sont bien entrés dans leur match. Les Néo-Zélandais ne vont pas tarder à les y rejoindre. Galthié : « Je me rappelle que le demi de mêlée Kelleher avait été un peu merdeux. Il avait essayé de me brancher, des coups d’épaule, des petits sourires narquois, de la provocation verbale. Je me suis pas laisser aspirer mais je me suis dit : « C’est pas bien, t’as pas le droit de brancher comme ça. Et s’il y a une justice, tu vas le payer… ». »

Par deux fois, les joueurs français se mettent à la faute. Par deux fois, impitoybalement, Mehrtens les sanctionne, redonnant l’avantage aux Blacks (6-3). Mais le XV de France étonne. Il tient plutôt bien face à ces Blacks. A la 20ème minute, sur une action enclenchée par un coup de pied par-dessus de Lamaison, Christophe Dominici transperce le premier rideau néo-zélandais et slalome dans la défense des Blacks avant de se faire reprendre à quelques mètres de l’en-but. L’action rebondit et le ballon revient dans les bras de Lamaison qui s’en va marquer entre les poteaux. Avec la transformation, la France repasse devant : 6-10.

« Trois jours avant, Villepreux nous avait fait travailler cet aspect tactique pendant vingt minutes. Il savait »

« Quand Titou Lamaison tape un petit coup de pied par-dessus et qu’il y a essai au bout, ce n’est pas seulement de l’intuition, explique Dourthe. Trois jours avant, Villepreux nous avait fait travailler cet aspect tactique pendant vingt minutes. Il savait. » Galthié confirme : « On avait décelé plusieurs points faibles. On avait remarqué que Lomu n’aimait pas qu’on lui tape des coups de pied dans le dos. Plus il courait, moins il était efficace. On avait aussi vu que lorsque l’arrière Jeff Wilson s’intercalait en attaque, personne ne le remplaçait en couverture défensive. Ça pouvait servir… »

Les Français font mieux que tenir tête aux Blacks. Ils les bousculent. « Les vingt premières minutes c’est très violent, confie Brouzet. Physiquement, on résiste. Peut-être même un peu mieux. Cédric Soulette met des coups de casque à vingt centimètres du sol et les Blacks ne comprennent pas qu’on s’accroche. En face, certains regards commençaient à se flouter. » Soulette, le pilier, abat effectivement un boulot monstre.

« Au premier regroupement, il a voulu gratter un ballon et, là, il y a une ampoule qui a éclaté dans ma tête. Alors oui… j’ai fracassé Kronfeld »

« Vous savez, dans un regroupement, il y a toujours une demi-seconde qui échappe aux règles, explique-t-il. Cette demi-seconde, contre les Blacks, j’ai eu la chance de l’avoir. C’est tout. Si, si je vous assure, c’est tout. Oui, bon, d’accord… J’avais une sorte de mission. « On » m’avait demandé de viser Kronfeld. Alors durant cette demi-seconde, j’ai pensé à tous mes amis qui m’avaient confié cet objectif. C’est tout. Enfin, je veux dire… Au premier regroupement, il a voulu gratter un ballon et, là, il y a une ampoule qui a éclaté dans ma tête. Alors oui… j’ai fracassé Kronfeld. Mais vous savez, à l’époque, on me surnommait « le piège à loup ». »

« Dans le déroulement de la demi-finale, Cédric Soulette et Marc Liévremont ont été déterminants, souligne Galthié. Parce que sur les premiers rucks, ils ont été tellement virulents que petit à petit les Blacks, et notamment Kronfeld, sont venus moins gratter nos ballons, et on a ralenti leurs sorties de balles. »

Mais pour le moment, les Blacks, même ébranlés, sont encore en place. Ils reviennent au score à la 23ème avec une pénalité de Mehrtens (9-10). Et sur le renvoi, ils font donner Jonah Lomu. « Le mouvement avait démarré avec Josh Kronfeld, puis Christian Cullen l’a fait un bijou de petite passe et j’ai foncé, explique l’ailier néo-zélandais. Mon vis-à-vis, Philippe Bernat-Salles, était monté très haut sur moi, et quand je l’ai effacé, plus rien ne pouvait m’arrêter. »

« Mes jambes n’arrêtaient pas de me propulser, tout d’un coup je savais où était la ligne et j’ai plongé dans l’en-but »

« Sauf que j’ai tout de suite réalisé qu’il y avait un barrage routier au milieu de la route, en la personne d’Abdel benazzi. Et tout ce que je savais, était : « OK, il faut que je reste très bas, parce que si je suis trop haut, je vais me retrouver sur le cul ». Abdel m’a mis un gros tampon, mais j’ai rebondi sur lui. J’ai rebondi et j’ai fait une pirouette. Je savais que si j’allais tourner sur moi-même, il fallait le faire sur 360 degrés, pour ne pas perdre de vue la ligne de but. Je me disais : « OK, continue de pomper avec tes jambes, mais reste très bas ». J’avais remarqué que les défenseurs français sont souvent restés trop haut, donc malgré la force de leurs impacts, j’ai pu garder mon équilibre parce que je suis resté très bas. Et c’est ça qui m’a permis d’avancer. Mes jambes n’arrêtaient pas de me propulser, tout d’un coup je savais où était la ligne et j’ai plongé dans l’en-but ».

Les Blacks ont repris l’avantage. Ils vont l’accentuer juste avant la mi-temps sur une quatrième pénalité de Mehrtens : 17-10. En fait, les Blacks se sentent plutôt bien, encore confiants : « En première mi-temps, nous avons produit peut-être notre meilleur rugby depuis le début du mondial. » confiera Jonah Lomu.

Dans le vestiaire français, la prestation des Blacks n’impressionne pas « A la mi-temps, on n’était menés que 17-10, contre le vent, se rappelle Dominici. C’était bien » Ugo Mola confirme : « Je suis remplaçant et, à la mi-temps, j’ai le sentiment de n’avoir rien à faire là. Les mecs sont comme électrisés, invulnérables. On est menés 17-10 mais ils sont dans un état d’esprit rarement atteint dans une carrière. Même le stade dégage une impression étrange. Comme une transe. »

« Ce qui m’a le plus surpris, c’est qu’Abdel s’exprime, alors qu’il n’avait pas dit un mot pendant les deux derniers mois »

Histoire de rester dans le match, les discours se succèdent : « Raphaël prend la parole, puis les entraîneurs. Fabien Galthié aussi, raconte Lamaison. Mais ce qui m’a le plus surpris, c’est qu’Abdel s’exprime, alors qu’il n’avait pas dit un mot pendant les deux derniers mois. Il nous demande de croire en nous. »

A PROPOS DE CE NOUVELLE-ZELANDE-FRANCE  1999

SUR LA COUPE DU MONDE 1999

SOURCES

  • « French flair meets All Black might » : bbc, 29 octobre 1999
  • « Marshall axed by All Blacks » : bbc, 29 octobre 1999
  • Chris Laidlaw, « We must not write the French off » : New Zealand herald, 30 octobre 1999
  • « Loss to France does not bear contemplation » : New Zealand herald, 30 octobre 1999
  • « Le XV de France et la coupe du monde » : L’Equipe Saga, numéro 4août 2011
  • « Le match le plus renversant » : L’Equipe magazine, 25 août 2007
  • Christophe Lamaison, « les paroles de Raphaël Ibanez » : Midi Olympique, le guide de la coupe du monde 2007
  • « Spécial coupe du monde 2007 » : Sud Ouest, juin 2011
  • Cédric Beaudou, Lionel Chamoulaud, « Paroles de capitaines » : Mango Sport, 2006
  • Richard Escot, « Les exploits du XV de France » : Solar, 2003
  • Ian Borthwick, « France-All Blacks : 100 ans de rencontres » : Au vent des îles, 2006
  • « Après la déconfiture, les kiwis sont verts » : Libération, 4 novembre 1999
  • « Le plus grand match de l’après-guerre » : L’humanité, 2 novembre 1999
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